Il est officiellement dit que 7 000 familles sont en situation de précarité. Ces chiffres qui circulent depuis cinq ans maintenant, seraient erronés. Ils sont loin de refléter la réalité, car ils comprendraient aussi des familles bien loties. Par ailleurs, si la NEF a depuis un an entrepris le recensement des foyers pauvres, voire extrêmement pauvres, toutefois, elle se réfère actuellement à une base de données incomplète pour dispenser de ses services aux plus vulnérables. En effet, lorsque l’an dernier, elle initie une enquête sur le terrain pour quantifier les familles économiquement et socialement exclues, la NEF fait appel aux ressources du Central Statistics Office. Toutefois, les enquêteurs du CSO auraient négligé certaines régions touchées par la pauvreté. Cette négligence n’a pas été sans conséquences. Actuellement il y a de nombreuses familles pauvres qui ne sont toujours pas listées parmi les bénéficiaires des services de la NEF.
Christelle, 27 ans, a accouché de son sixième enfant il y a un mois. L’aînée, 9 ans, est scolarisée mais ne va pas régulièrement à l’école, tout comme son frère de 8 ans. A 5 ans, le cadet des enfants de la jeune mère de famille, n’a jamais mis les pieds dans une école. Il passe ses journées à la maison avec ses soeurs de 3 ans et un an et demi respectivement. Christelle habite une maison composée d’une chambre et d’une cuisine, dans une cité où de nombreuses familles vivent dans des conditions de pauvreté. La jeune femme ne travaille pas. Et cela fait plusieurs mois qu’elle n’a pas payé la location de sa maison. Le logement précaire, sans confort, qu’elle occupe depuis le début de l’année, lui coûte Rs 2 000 par mois. Pour s’acquitter de sa location, elle puisait dans l’aide sociale de Rs 2 800 qu’elle perçoit depuis l’incarcération de son mari pour vol. Mais, comme elle ne règle plus le loyer, elle a été sommée de quitter sa maison au plus vite. Christelle, qui ne compte que sur le soutien de son voisinage, de ses proches et d’associations caritatives, fait partie de ces nombreuses familles mauriciennes vivant sous le seuil de la pauvreté. Et qui ne sont pas bénéficiaires d’aides proposées par les différents services de la National Empowerment Foundation (NEF). L’organisme qui opère sous la tutelle du ministère de l’Intégration Sociale, ne vient en aide qu’aux familles, les plus nécessiteuses, figurant sur une liste longue de 7 000 foyers. Toutefois, selon nos informations, cette liste est bien loin de refléter la réalité. Non seulement, il y aurait plus de 7 000 familles en situation de vulnérabilité économique et sociale, mais il y aurait de nombreux foyers listés qui ne tombent pas sous la catégorie pauvres. Ces familles bien loties, scolarisent leurs enfants, ont accès à l’électricité, l’eau potable et autres besoins basiques.
Chiffres erronés
A ce jour, il y aurait, officiellement, 7 000 familles touchées par la pauvreté et qui disposerait d’un revenu inférieur à Rs 5 000. Le nombre de 7 000 relève d’une enquête menée par le Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Groups d’alors et le Social Register of Mauritius. Ainsi, il y a cinq ans, cette étude avait révélé que ces familles vivaient dans 229 poches de pauvreté à travers l’île. Depuis, ces chiffres n’ont pas été remis à jour. Une réactualisation des données, entreprise par la NEF il y a un an, devrait aboutir à de nouvelles statistiques. L’enquête, qui avait mobilisé une équipe de la NEF, de même que des ressources du Central Statistic Office, allait livrer des résultats vers septembre 2010. C’est ce qu’avait été annoncé à l’époque. Toutefois, force est de constater qu’un an après que des field workers ont été dépêchés sur le terrain, la NEF n’est toujours pas en mesure de présenter de nouvelles données quantitatives sur la situation de la pauvreté à Maurice. Pourtant, en février dernier, soit avant le remaniement ministériel, un des porte-parole d’alors, de la NEF, avait affirmé à Week-End que les données, réactualisées, étaient déjà prêtes. Nous écrivions alors : « Les nouvelles données : quantitatives et qualificatives sur la pauvreté, faisant suite à un recensement commandité par la National Empowerment Foundation et le ministère de l’Intégration Sociale sont disponibles depuis quelques mois déjà, c’est ce que nous a confirmé le porte-parole du ministère. Ces données, selon nos informations, font actuellement l’objet d’analyse et d’une étude comparative (avec les données existantes) avant d’être compilées et informatisées. » Il se trouve que la NEF est, en effet, en possession de nouvelles informations, mais celles-ci ne seraient pas complètes.
Aux dires de certaines sources à la NEF, le recensement mené l’an dernier n’aurait pas été effectué de manière minutieuse. Certaines régions auraient été négligées par des enquêteurs. « Les enquêteurs du CSO ont effectivement, dans un premier temps, fait le travail de recensement », explique-t-on, à la NEF. Mais l’enquête initiée étant peu approfondie, la NEF a dû étendre celle-ci avec une équipe renforcée. C’est toujours du côté de la NEF que nous apprenons que, jusqu’à récemment, les bases de données qui servaient de référence pour la distribution de donations étaient erronées ! « Les données que nous utilisions comprenaient des cas qui ne correspondaient pas aux critères requis pour être éligibles à une aide. Nous travaillons alors avec la collaboration du ministère de la Sécurité sociale. C’est dommage qu’à ce moment-là, ces officiers, eux-mêmes, ne connaissaient pas les critères d’éligibilité ! « , regrette une source à la NEF.