Le leader du MMM, Paul Bérenger, qui rencontrait la presse à la mi-journée, a fait clairement comprendre que le week-end prochain sera « crucial » en ce qui concerne les discussions en vue de la conclusion d’une éventuelle alliance avec le Ptr. Il a annoncé que la question sera tranchée lundi lors d’une réunion du bureau politique du MMM et d’une réunion spéciale du comité central de son parti, prévue le même jour. Il s’attend à ce que tous les problèmes concernant une éventuelle alliance soient réglés durant le week-end « dans un climat de confiance ». Aucune rencontre entre le leader du Ptr et lui n’est prévue, mais il se dit néanmoins prêt, « si le besoin se fait sentir », de rencontrer Navin Ramgoolam, même durant la journée de dimanche.
Paul Bérenger a reconnu avoir « tiqué » sur trois points contenus dans le document comprenant tous les éléments d’un accord électoral que lui a remis Navin Ramgoolam mercredi soir. Le premier point porte sur la question de la création d’un panel composé d’experts constitutionnels, locaux et internationaux, pour revoir la IIe République et les pouvoirs entre le Président et le Premier ministre après les élections. « Nous étions tombés d’accord sur quelque chose de bien différent, à savoir que la loi sur la IIe République doit être préparée avant les élections générales et adoptée le plus vite possible après le scrutin. Nous ne sommes pas contre le fait qu’après avoir préparé la loi sur la IIe République, le texte soit examiné par des experts, etc. Mais nous ne sommes pas en faveur de la nomination d’un panel après les élections et qui commencerait donc à faire son travail après les élections. »
Le deuxième point porte sur la nécessité de trouver un « bon équilibre » entre le rôle et le pouvoir du Premier ministre et ceux du Président de la République sur le plan diplomatique. Le troisième point, lui, porte sur des propositions contenues dans le document, et qui entraînent un déséquilibre en faveur du Président. « Nous souhaitons que l’équilibre entre les pouvoirs du Président de la République et celui du Premier ministre soit rétabli », a expliqué Paul Bérenger.
Le leader du MMM a commencé sa conférence de presse en insistant sur les points fondamentaux sur lesquels le MMM se dit « attaché », à savoir « faire de Maurice un modèle de démocratie dans la diversité », mais aussi « un modèle en matière de combat contre la corruption et qui préconise un développement tenant compte du respect de l’environnement et de la justice sociale ». Il a aussi insisté sur la nécessité de prendre de nouvelles initiatives afin de récupérer les Chagos et Tromelin. La conclusion d’une alliance éventuelle doit tenir tout cela en ligne de compte, dit-il encore. Et de faire rapidement référence à des événements « négatifs » qui ont joué contre une éventuelle alliance entre les deux partis, de la récente publication des photos à la déclaration d’Ashok Jugnauth.
Paul Bérenger a souligné la nécessité de prendre aussi en compte « les intérêts supérieurs du pays ». Il a estimé que l’économie du pays « se trouve dans une situation  difficile et dangereuse ». Il dit par ailleurs appréhender « la présentation d’un budget irresponsable » dans l’éventualité où une alliance n’est pas conclue et que « le pays dégringole ». Le pays, dit-il, « passera dans une situation difficile dans l’éventualité où une alliance ne serait pas conclue ».
Il a aussi expliqué que le MMM se prépare également à se rendre seul aux élections dans l’éventualité où une alliance ne serait pas conclue, se disant certain de remporter le scrutin. A l’heure des questions, Paul Bérenger a expliqué que l’accord écrit entre le MMM et le Ptr en préparation n’a pas de valeur légale, mais a une valeur « morale et politique ». Il explique : « Nous avons travaillé avec beaucoup de sérieux. Pour la première fois à Maurice, nous avons un texte détaillé. » Et de faire également comprendre que les discussions entre le MMM et le Ptr font l’objet de « plaisanteries » mais que, pour lui, les deux plus grands partis de Maurice « sont en train de parler du destin du pays ». Le Ptr et le MMM, estime-t-il, « ont une responsabilité devant l’histoire ».
Concernant les « limites à ne pas dépasser » dans le cadre des discussions avec le Ptr, Paul Bérenger a cité en exemple le fait que si le MMM devait préconiser un Président de la République sans pouvoir, il est certain que le Ptr  aurait dit « Vous dépassez les limites », ajoutant que si le Ptr avait proposé une situation où le Premier ministre n’aurait plus le rôle qu’il détient actuellement, « ce serait également dépasser les limites ».  
Invité à dire si l’accord est « balancé », Paul Bérenger a fait comprendre que ce serait le cas si un accord est trouvé sur les questions qui seront discutées durant le week-end. « De notre point de vue, il avait été débalancé avec le texte que nous avions reçu mercredi. Nous nous efforçons de le rééquilibrer dans le respect mutuel. Nous ne sommes pas intéressés à marquer des points. Nous voulons arriver, dans le respect mutuel, à un accord sérieux et bien travaillé. Ce qui est à la portée de main durant le week-end », a-t-il jugé.
Invité à dire s’il est « convaincu de la bonne foi » du Ptr, le leader mauve estime que « la bonne foi n’est pas la question », poursuivant : « Nous voulons les conditions pour le succès d’une alliance, c’est cela que nous espérons pouvoir dégager d’ici lundi ». Il continue : « De par sa personnalité, chacun a vécu ces dernières années et ces derniers jours à sa façon. Pour le moment, il faut trouver un accord qui donne la garantie aux deux côtés qu’il tiendra la route et que l’accord est équitable vis-à-vis de tout le monde. » Paul Bérenger a aussi fait comprendre que s’il y a une alliance, « elle devra démarrer dans le respect mutuel ».
Invité à commenter les propos d’Ashok Jugnauth, Paul Bérenger accepte qu’un parti politique fasse « le maximum pour ses militants et militantes lorsqu’il arrive au pouvoir ». Exercice qui, selon lui, « doit être fait dans le respect de la loi et le respect de ce qui est acceptable, et non pas dans le cadre d’une politique de petits copains à outrance ». Il ajoute : « Par sa façon de parler, Ashok Jugnauth a fait comprendre que tout est permis. Nous ne sommes pas d’accord. »
En réponse à d’autres questions, le leader du MMM a affirmé que l’agenda de travail, dans l’éventualité d’un accord, a déjà été discuté entre le Premier ministre et lui, mais il n’a pas donné plus de détails. Mais le MMM dispose également d’un agenda dans l’éventualité où il n’y aurait pas d’accord, a-t-il fait comprendre.
Le leader du MMM a finalement présenté ses sympathies à la famille Malherbes à la suite du décès de l’ancien ministre et député de Curepipe Midlands, Clarel Malherbes. Il a par ailleurs présenté ses meilleurs voeux aux Mauriciens de culture Marathi, qui célébreront demain Ganesh Chaturthi. Et de préconiser enfin une enquête conjointe entre Maurice et les Seychelles à la suite du décès de Harmon Chellem, avant d’affirmer avoir évoqué la question avec le Premier ministre. Nous reviendrons sur les autres aspects de sa conférence de presse demain.