M. A. C. Kalla, l’auteur de l’essai “The Negro Education Grant (1835-1845): Its Inception in England and Working in Mauritius”, une oeuvre produite dans les années 1990, est Associate Professor au MIE et s’intéresse, de par sa formation pédagogique, à l’histoire de l’éducation. L’essai, qui sera publié sous peu dans The History of Education Journal, à Londres, explore l’introduction et le fonctionnement du Negro Education Grant (NEG) à Maurice. L’auteur montre comment l’octroi de subventions à Maurice a soulevé un certain nombre de problèmes d’ordre politique pour le gouvernement britannique, et comment ce système fonctionnait dans le contexte socio-economique mauricien. Enfin, A. C. Kalla évalue l’impact que le NEG a eu sur la scolarisation de l’ancienne population esclave.
Le gouvernement britannique a inclus, dans la législation relative à l’abolition de l’esclavage (Abolition of Slavery Act) votée par la Chambre des Communes, le 14 mai 1833, une importante clause faisant provision pour l’éducation religieuse et morale des affranchis dans les colonies britanniques. II semble que cette clause ait été introduite dans le même esprit que la législation initiée la même année en faveur de la scolarisation des enfants de la classe ouvrière en Grande-Bretagne: à savoir, offrir une parade à l’anarchie. En Angleterre, le gouvernement a été amené à adopter cette politique de culture scolaire pour contrer la tendance au sein de la classe ouvrière à endommager les outils de production, les machines et les usines. Dans les colonies, la scolarisation se voulait une parade à un éventuel soulèvement susceptible de mettre en danger les intérêts de la classe possédante. “In both cases, education was seen as a form of inculcating values which should lead towards a more stable society”.
Conformément à la clause portant sur la scolarisation des affranchis dans les colonies, le gouvernement britannique a travaillé sur un programme de financement pour la mise sur pied des infrastructures requises et l’embauche d’un personnel. Le montant de l’allocation (que l’on a dénommée Negro Education Grant) tournait autour de £25 000, annuellement, pour les dix premières années de fonctionnement (1835-1845) pour atteindre un chiffre total final de £23 500, applicable à l’ensemble des colonies britanniques concernées par l’abolition de l’esclavage. L’île Maurice était impliquée dans ce programme. Toutefois, l’octroi de subsides aux colonies n’était pas une mince affaire, car les critères adoptés pour la canalisation de cette aide étaient tributaires de la géopolitique westminsterienne, dépendant de son libéralisme (Stanley) ou de son conservatisme excessif (Gladstone).