De Paris à New York, en passant par Istanbul, elle accumule les énergies positives pour les transmettre sur ses tableaux. Nés Rodriguez, c’est une artiste peintre, une globe-trotteuse. Il y a quelques semaines, elle s’est produite au Backstage du Hennessy Park Hotel. Pour la énième fois, elle pose ses bagages le temps d’une soirée pour peindre sa moitié métissée, Philomène. Rencontrée, la blonde de 40 ans dévoile sa forte personnalité, son amour pour Maurice et son univers artistique manga/street art.
Ce soir-là au Backstage, Nés Rodriguez porte une robe faite de voile au motif abstrait et des talons hauts. Sa démarche est sexy. Pour elle, être féminine lorsqu’elle expose signifie se sentir elle-même, une femme bien dans sa peau, qui ne mâche pas ses mots. “Je suis une femme moderne”.
Sur un tableau blanc, elle peint. Une fille aux yeux bandés, aux cheveux noirs. Une métisse de Maurice. Cette demoiselle s’appelle Philomène. Personnage central de ses oeuvres à Maurice et exposées à la galerie 3A The Excellence of Art, Philomène représente l’attachement que porte Nés Rodriguez à Maurice. Depuis trois ans, l’artiste expose en priorité à Maurice.
“Maurice, c’est mon monde. Je m’y sens bien car j’y capte beaucoup d’énergies positives. J’ai fait le tour du monde et je confirme que cette convivialité mauricienne, on ne la retrouve dans aucun autre pays”, confie la Parisienne, d’origine espagnole.
Effrontée et féministe.
Cette blonde est une grande gueule, qui clame haut et fort ce que les autres pensent tout bas. Nés Rodriguez est une féministe qui a milité pour que la voix des femmes soit entendue. Pinceaux en bouche, elle clame ses messages à travers sa métisse.
Philomène était le prénom d’une des tantes espagnoles de l’artiste, avec les mêmes traits de caractère qu’elle. Effrontée et féministe.
“Philomène a les yeux bandés parce qu’il y a trop d’injustice dans le monde. Les gens ont des préjugés et pour ne pas voir ce regard que les autres portent sur elle, Philomène bande les siens. Ce qui ne l’empêche pas de parler. Pour moi, la voix des femmes a besoin d’être entendue et c’est à travers cette belle métisse que je fais entendre la mienne”, explique notre interlocutrice.
Dans un monde parallèle, Nés sera Philomène. Une femme indépendante, portant les cicatrices des tumultes de la vie. Une femme au regard métissé, qui ne craint pas les hommes. Une femme qui peint à l’acrylique que tous, nous sommes sur le même pied d’égalité.
“Les hommes ont peur de moi.”
Si Nés peut aujourd’hui clamer être une femme forte, c’est grâce aux conseils de son père lorsqu’elle était gamine. “Il m’a appris à ne pas juger les gens. Et partir de là, j’ai eu un regard plus ouvert sur le monde”.
Lorsqu’elle évoque les événements qui ont marqué sa vie, la belle blonde de 40 ans parle d’amour. Un sentiment qu’elle a connu jusqu’au jour où il a porté la main sur elle. Un coup de trop, qui l’amène à réaliser qu’elle n’a pas besoin d’un homme pour vivre. “Je crois que je fais peur aux hommes”, rigole-t-elle. Sa forte personnalité l’amène également à réaliser que dans ses relations, l’homme se sent souvent écrasé à force de vouloir l’égalité. Bien qu’elle soit souffrante d’une sclérose en plaque, qui touche le système nerveux central, en particulier le cerveau, les nerfs optiques et la moelle épinière, l’artiste souligne qu’elle considère sa maladie comme étant un atout, qui l’aide à repousser ses limites.
Nés parle aussi de ses deux plus grandes fiertés, ses fils. “Je suis tombée enceinte à 15 ans. Ce n’était pas voulu, mais cet enfant ne m’a jamais déçue. J’en suis fière. Idem pour le plus petit. 16 ans plus tard, je suis de nouveau tombée enceinte et lui, c’est l’équilibre de ma vie.”
Grande gueule au grand coeur.
Pour la deuxième fois, présente sur la scène du Backstage, Nés s’amuse aussi à faire le portrait de Martin Luther King. Un homme qui représente l’égalité des hommes. La musique de fond, le léger bruit des bombes du graffeur Resko, les gens qui parlent aident Nés à se sentir à l’aise pour peindre. Le noir, le rouge et le bleu sont ses alliés de la soirée. “Bien que je considère que les couleurs sont le symbole de la vie, je peins  toujours en noir. Par contre à Maurice, je me sens baignée de bleu, entourée par cette mer aux différents tons.”
Outre les couleurs, ce sont également ses voyages et ses rencontres qui l’inspirent à coucher sur la toile ses expériences et ses pensées. En ce temps marqué par la culture pop primitive, Nés Rodriguez parle de l’Asie comme étant le plus beau lieu artistique qu’elle ait eu la chance de découvrir. Dans quelques jours, elle s’envolera vers l’Afrique. Pas pour peindre, mais pour venir en aide aux enfants réfugiés. “Ce voyage est important pour moi. J’ai certes une grande gueule, mais j’ai également un grand coeur. Depuis quelques années, je m’investis dans l’humanitaire. Je pense qu’il faut savoir partager et donner un peu de soi aux autres.”