Dans son 37e rapport rendu public jeudi, intitulé « Employment of Persons with Disabilities », le National Economic and Social Council (NESC) déplore que peu de progrès ont été réalisés en 15 ans à Maurice par rapport à l’employabilité des handicapés. Le Conseil affirme que le quota obligatoire de 3 % de handicapés parmi le personnel d’une entreprise de plus de 35 employés n’est pas réalisable et en réclame la baisse. Le NESC propose par ailleurs que le Training and Employment of Disabled Person’s Board (TEDPB) s’emploie à trouver du travail pour les handicapés dans les entreprises et aider les employeurs, à travers des « accompagnateurs », à faciliter l’intégration des personnes avec handicap dans leur entreprise.
« C’est à travers un emploi qu’une personne avec un handicap affirme son identité, atteint l’estime de soi et trouve sa dignité. Malheureusement, les personnes handicapées constituent un groupe désavantagé de la société mauricienne en ce qui concerne l’emploi », a déploré Radhakrishna Sadien, président du National Economic and Social Council (NESC), jeudi lors de la présentation du rapport « Employment of Persons with Disabilities » au siège du conseil au 10e étage de la Victoria House, Port-Louis. Il était entouré du vice-président du Conseil, Shameer Mohuddy, du Commissaire aux Affaires sociales et au Développement des ressources humaines, Jonathan Ravat, et d’autres membres du Conseil, entre autres. « À la recherche d’un emploi, les handicapés font face à d’énormes obstacles en voulant accéder au monde du travail », a poursuivi Radhakrishna Sadien.
En effet, selon le rapport du NESC, malgré les louables initiatives étalées sur les 15 dernières années, peu de progrès ont été notés chez les employeurs qui offrent du travail aux personnes ayant un handicap. « Sur les quelque 1 260 employeurs ayant plus de 35 employés, moins de 200 emploient des personnes handicapées », fustige le rapport. La Training and Employment of Disabled Persons Act, qui fait obligation à tout employeur ayant un personnel de plus de 35 travailleurs de donner de l’emploi à des handicapés et qui a institué le Training and Employment of Disabled Person’s Board (TEDPB), a été votée en 1996. « De très nombreux employeurs ignorent cette obligation légale », souligne le rapport.
Le NESC regrette par ailleurs que le registre des personnes handicapées et celui des employeurs au TEDPB ne sont ni à jour, ni complet. Le rapport propose en outre des structures et des instruments par lesquels l’application de la loi peut être « considérablement » améliorée.
Le Conseil propose dans ce contexte que le TEDPD joue « un rôle proactif » dans la promotion de l’emploi des handicapés. « Que le TEDPD soit une One-Stop-Shop. Outre sa fonction d’enregistrement des handicapés, que, d’une part, il recherche du travail pour les handicapés et d’autre part il aide les employeurs, grâce à des “accompagnateurs”, à faciliter l’intégration des handicapés dans leur entreprise », note le rapport.
Concernant le système du quota obligatoire de 3 %, le NESC estime, suite à des calculs élaborés, que ce pourcentage est trop élevé et « n’est pas réalisable à Maurice » par rapport au nombre de personnes handicapées et par rapport aux types de handicaps dont elles souffrent. « Selon le “Housing and Population Census 2011”, il y a à Maurice 57 756 personnes avec un handicap. Ce chiffre représente 4,8 % de la population mauricienne », a affirmé pour sa part Radhakrishna Sadien. « Par rapport à ce nombre, certains employeurs même désireux d’employer des handicapés en fonction de la structure de leur entreprise, éprouvent d’énormes difficultés à trouver les personnes avec un handicap susceptibles de leur faire respecter leur obligation légale de 3 % », a expliqué pour sa part le Commissaire aux Affaires sociales et au Développement des ressources humaines, Jonathan Ravat, qui élaborait sur les recommandations du rapport (voir encadré).
Outre, les barrières à l’employabilité des handicapés, le rapport du NESC, aborde également la question du support organisationnel, le manque d’information des partenaires, la question d’éducation et de formation, les mauvaises perceptions de l’emploi des personnes avec un handicap, le problème de leur inaccessibilité dans le transport en commun et celui de l’absence d’infrastructures sociales appropriées pour elles dans la ville et sur leur lieu de travail.
Le NESC propose aussi des alternatives à l’emploi obligatoire des handicapés, à considérer par un employeur, incapable, pour des raisons évidentes, d’employer une personne handicapée. Le rapport cite notamment, la sous-traitance à des centres de travail adaptés, le travail à domicile, une contribution monétaire au TEDPB qui l’utilisera pour promouvoir l’employabilité et l’intégration professionnelle des handicapés.
« Les personnes handicapées doivent être considérées comme membres à part entière de notre société. Grâce à un emploi, ils atteignent l’inclusion sociale, participant pleinement à la vie sociale et contribuent activement au développement économique de leur famille et de Maurice », conclut le président du NESC.
Radhakrishna Sadien a annoncé la publication, fin juillet, d’une étude du NESC sur la crise alimentaire. Le NESC prépare également un rapport sur l’emploi des jeunes qui sortira en septembre.
Ce rapport, « Employment of Persons with Disabilities », est déjà disponible sur le site internet du NESC : www.nesc.mu