Le National Economic and Social Council publiera bientôt un rapport sur la réforme électorale, a annoncé son président Marc Hein à la suite d’une réunion du conseil jeudi dernier. La réunion était consacrée à la réforme électorale et la stabilité sociale. Objectif : discuter des tenants et des aboutissants de cette réforme, en s’attardant sur le rapport soumis récemment par Rama Sithanen sur « l’initiative citoyenne pour une réforme électorale réalisable à Maurice ».
Rama Sithanen, Yousouf Mohamed,  Pierre Dinan, Jagdish Manrakhan, Claude Ricaud et d’autres membres de la société civile étaient présents pour partager leurs avis sur les réformes constitutionnelles et électorales.
Cette rencontre a donné lieu à un échange d’idées, même si tous les participants n’étaient pas sur la même longueur d’onde. Parlant de cette réforme électorale, Rama Sithanen estime que le Best Loser System doit être conçu autrement tout en conservant les 62 élus du système First-past-the-post. Il a préconisé une meilleure représentativité proportionnelle pour un équilibre plus adéquat au niveau du Parlement, de même qu’il a recommandé une meilleure représentativité féminine à l’Assemblée nationale. À cet effet, il propose qu’un parti ne puisse aligner plus de deux candidats du même sexe dans une circonscription. En ce qu’il s’agit du Best Loser System, Rama Sithanen soutient que le but n’est pas d’abolir ce système, mais de trouver un nouveau mécanisme. Il suggère l’allocation de 20 sièges additionnels au Parlement à partir d’une liste fermée où aucun changement dans le classement des candidats n’est possible.
Par ailleurs, l’économiste Pierre Dinan est pour une réforme profonde qui introduirait une dose de députés élus à la proportionnelle. Évoquant les propositions qu’il a faites dans un document publié conjointement avec Sir Marc David, il a rappelé que tous deux avaient parlé de l’abolition des sièges de Best Loser. Il estime que l’heure est arrivée de se défaire de ce système « qui a fait son temps ».
Yousouf Mohamed défend cependant le maintien du Best Loser System et confirme que, depuis son introduction, le pays a connu une harmonie communautaire et sociale. Il maintient que le Best Loser System assure une représentation adéquate de chaque communauté au Parlement, notamment des créoles, des musulmans, des sino-mauriciens et des autres minorités. L’octroi de huit sièges additionnels dans la Constitution était une condition imposée par Sir Abdool Razack Mohamed et il continuera à se battre pour le maintenir. Pour Yousouf Mohamed, le débat sur une abolition du Best Loser System reste un sujet sensible pour la communauté musulmane. Et il espère que Maurice sera un jour une « vraie nation mauricienne où un créole, un franco-mauricien, un musulman ou un sino-mauricien » pourra occuper le poste de Premier ministre, de Commissaire de Police ou de gouverneur de la Banque de Maurice, voire de diriger d’autres institutions publiques.
Le président du NESC Marc Hein souhaite, lui, une réforme constitutionnelle et électorale, qu’il qualifie « d’essentielle ».
« Le Best Loser System doit être revu car il aide à perpétuer les clivages ethniques au lieu de nous unir. Les différentes appellations inscrites dans notre Constitution – notamment l’hindou, le musulman, le sino-mauricien –, et la population générale existent uniquement pour la nomination des Best Losers et devraient disparaître. » D’autres membres du NESC se sont également exprimés, à l’instar de Radakrishna Sadien, Mahmood Cheeroo et Toolsyraj Benydin, membres du Comité exécutif du NESC.
Parmi les points évoqués lors de cette rencontre, on retiendra l’annulation des appellations communales dans notre Constitution afin de promouvoir l’esprit mauricien et l’unité nationale. La Constitution doit toutefois garantir une alternative qui pourra affirmer la présence d’une opposition au Parlement. À Singapour, par exemple, sur une population de 3,8 millions d’habitants, 90 membres au Parlement sont présents. On se demande donc si la proposition d’allouer 20 sièges additionnels au Parlement est justifiée à Maurice. La proposition de compter des représentants syndicaux au Parlement, par exemple, pourrait être étudiée afin d’enrichir le débat lorsque les lois y seront introduites. Le concept de démocratie participative dans des institutions comme la NESC ainsi que les avis des représentants de la société civile devraient aussi être considérés au Parlement, selon les participants au débat.
Le financement des partis politiques, l’indépendance du « Speaker » de l’assemblée et les prestations de retraites offertes aux ex-parlementaires après leurs deux mandats, sont d’autres questions qui doivent être abordées.
La NESC publiera prochainement un rapport sur le délicat sujet de la réforme électorale.