Depuis la sortie en règle de Showkutally Soodhun  contre les abus au complexe NHDC de Trou-aux-Biches, des habitants de ce village sont remontés. Ils se demandent comment on peut aujourd’hui venir parler de « scandale » alors que cette situation « remonte à 2005 ». Ils rappellent qu’un scandale similaire avait eu lieu au complexe NHDC Le Corsaire à Mon-Choisy et qu’une enquête avait incriminé plusieurs cadres de la compagnie.   
« Le complexe de Trou-aux-Biches est indissociable de celui de Mon-Choisy. Les deux remontent à la même période, soit 2004-05, et avaient le même objectif : satisfaire une clientèle plus aisée que celle qui achète généralement les maisons de la NHDC. Nous avions protesté contre cette situation », dit un habitant de Trou-aux-Biches, qui a suivi ce dossier de près. Ce dernier va même plus loin en citant les noms de la secrétaire d’un ancien ministre de l’époque et du directeur actuel d’un organisme parapublic, fraîchement nommé, comme bénéficiaires de duplex à Trou-aux-Biches. « Le gouvernement élu en 2005 a sans doute privilégié certains proches dans l’allocation de ces duplex, mais ceux qui étaient là avant eux en avaient fait de même », poursuit-il.
Jacky Alexandre, conseiller du village – qui a lui aussi dénoncé cette situation par le passé –, abonde dans le même sens. « Nous avons toujours demandé que l’on construise des maisons pour ceux qui n’en ont pas, et non pour d’autres, qui ont converti leur logement en campement ou qui ont fait des spéculations. Showkutally Soodhun était au gouvernement à cette époque, il devait être au courant de ce projet. »
Sollicité sur la question, Joe Lesjongard, qui occupait le portefeuille du logement en 2005, avance : « Ce complexe résidentiel à Trou-aux-Biches faisait partie du projet “cross subsidisation” de la NHDC. C’est-à-dire que nous avions fait ces duplex, vendus à un prix un peu plus élevé et destinés à la classe moyenne, afin de financer des logements sociaux dans d’autres régions. Le problème, c’est que, par la suite, les gens qui étaient à la NHDC les ont vendus à des proches. Mais le but initial de ce type de maisons était de financer les logements sociaux. »
Une source au ministère confirme les dires de Joe Lesjongard. « Initialement, on devait construire des maisons “low cost” sur ce site. Mais comme la NHDC avait besoin de fonds à cette époque, on a fait des duplex ouverts à tous, sans barème salarial. Le seul critère en jeu était que les bénéficiaires ne soient pas déjà propriétaires. C’est pour cela que certains ont acheté au nom de leurs enfants. Le vrai enjeu de cette affaire est de savoir comment la NHDC a pu vendre des logements à des mineurs… » Notre source ne veut toutefois confirmer aucun nom avancé parmi les bénéficiaires. « Une enquête est en cours pour déterminer comment ils ont eu ces maisons », nous fait-on simplement comprendre.
Par ailleurs, la question des mineurs propriétaires de maisons de la NHDC n’est pas nouvelle. Le Fact Finding Committee mis en place pour enquêter sur le complexe Le Corsaire, à Mon-Choisy, avait en effet déjà attiré l’attention sur cette pratique. Denis Vellien, qui a présidé ce comité, confirme : « Si je ne me trompe, il y avait encore plus de mineurs bénéficiaires à Mon-Choisy. » Ce dernier rappelle que de hauts cadres de la NHDC avaient été mis en cause et avaient fait l’objet d’enquêtes de l’ICAC.
Les archives démontrent que l’ancien directeur égratigné dans ce rapport a émigré. Un autre haut cadre est, lui, entre-temps décédé, tandis que les poursuites contre un troisième ont été abandonnées sur des points techniques.