Nicolas Ritter, directeur de Prévention, Information et Lutte contre le Sida (PILS) et premier Mauricien à avoir déclaré publiquement vivre avec le virus, se dit « satisfait que, dans nos prisons également, les détenus ne sont pas privés de leur droit d’accès au traitement ». Il affirme toutefois que « nous pouvons encore améliorer nos prestations ! » Reconnaissant que « le partenariat entre les ONG et l’État fonctionne bien et a vu quelques résultats concrets et notables », il appelle qu’il ne faut pas pour autant « négliger les autres mesures de Réduction des risques (RdR) que sont l’usage de seringues propres et la disponibilité des préservatifs ».
Le directeur de PILS reconnaît qu’« en termes de coopération, la société civile, via les ONG, et l’État entretiennent des relations très satisfaisantes ». « On peut même avancer que nous sommes l’un des rares pays où cette collaboration est quasiment exemplaire ; avec les résultats probants et concrets qui se sont fait ressentir ces dernières années. Ceci étant dit, nous ne sommes pas dans une situation où nous nous contentons de hocher la tête et d’acquiescer à chaque fois. Quand il faut gueuler, nous le faisons. Et il faut bien remarquer que ce type de relation nous permet à tous d’avancer, de progresser, de réaliser les avancées que nous savons », soutient Nicolas Ritter.
Ceci étant dit, même si la méthadone est désormais accessible aux détenus, Nicolas Ritter rappelle qu’il y a d’autres mesures de RdR qui demeurent. « Je pense ici surtout à la disponibilité des seringues propres, avec tout le kit qui va avec. Sans oublier l’accessibilité à des préservatifs, qui est tout aussi important. »
Sur ce point, le directeur de PILS est catégorique : « Nous sommes conscients que c’est uniquement parce que la sodomie est un délit, dans nos lois, que l’on est encore un peu tatillon sur la question. Pourtant, il va là d’une question de protection de la santé des détenus. Donc, une question de santé publique ! »
Nicolas Ritter continue : « Nous sommes dans un État laïc, où autant les officiers que les autorités reconnaissent que les relations sexuelles non-protégées en prison sont très souvent vecteurs de maladies diverses. Le VIH, tout comme l’hépatite B et l’hépatite C en sont également des corollaires. Or, sur le simple principe de respect des droits humains, il va de soi que le détenu doit bénéficier des mêmes prestations à l’intérieur comme à l’extérieur des prisons. User d’arguments comme la religion ou autre pour justifier que l’on ne puisse donner des préservatifs aux détenus afin qu’ils se protègent est une énorme hypocrisie ! »
Selon le directeur de PILS, « s’il s’avère qu’un détenu découvre qu’il a contracté le virus du Sida lors d’une relation non-protégée à l’intérieur de la prison, il peut poursuivre l’État pour négligence et non respect de ses droits ! » Bien entendu, soutient M. Ritter, « cela ne devrait pas se produire. Il faut tout mettre en oeuvre pour pallier cela ! Nous avons besoin d’une réponse qui soit à la hauteur du problème ».
Notre interlocuteur fonde ses arguments sur le fait que « 28 % des détenus sont séropositifs. Il y a, selon les chiffres que nous avons, plus de 700 détenus qui vivent avec le virus. Cela représente un nombre important, surtout quand on sait qu’un grand pourcentage de détenus font des allers-retours quasi réguliers dans nos prisons. C’est donc prendre un risque important que de ne pas mettre les préservatifs à la disposition des prisonniers ». « L’usage de préservatifs, dans ce contexte précis, est un moyen de se prémunir contre la transmission des virus via les relations sexuelles. Ce n’est pas un encouragement à la débauche ou autre. »
Selon des études qu’a mené PILS, « nombre de détenus nous ont confié que, dans l’absence de préservatifs, pour se protéger, ils font usage de “gants” ! Nous sommes quand même en 2013, et il faudrait être un peu plus réaliste… » D’autant, reconnaît Nicolas Ritter, que « comme nous sommes les rares, sinon les seuls en Afrique, actuellement, à offrir des mesures de RdR aux détenus, autant dispenser des soins adéquats et complets. »
Le préservatif, poursuit le directeur de PILS, « ne représente qu’une partie de la solution. Outre la méthadone, déjà disponible, il faudrait aussi que le détenu qui ne veut pas arrêter de se shooter, par exemple, puisse le faire avec un matériel propre. D’où l’importance d’un “clean kit” comprenant seringue personnelle, eau de javel, coton et autre matériel nécessaire ». En ce faisant, rappelle Nicolas Ritter, « on n’encourage pas le détenu toxicomane à se droguer. Mais il le fait en respectant des conditions d’hygiène et de ce fait, réduit les risques de contaminations des autres détenus. »
Dans le même souci, le directeur de PILS préconise « une approche intégrée à la question, car il s’agit aussi d’identifier et de traiter les maladies comme les hépatites B et C et la tuberculose. »