La question des droits de la femme est incontournable. En tant qu’ancienne ministre et actuel membre du Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, est-ce que le combat est le même qu’il était il y a 20 ans ?

Le combat n’est pas le même. Nous sommes dans un monde qui connaît une mutation profonde. Nous sommes d’ailleurs sur une démarche je dirai à la fois globale et locale. Maurice connaît aussi une transition politique, économique et tout à fait positive. Mais Maurice fait face aussi à des défis qui n’existaient pas il y a dix ans, comme le climat ou l’alimentation. Ce qui m’importe, c’est que nous puissions croiser les axes à la fois du développement durable avec les droits des femmes. Nous l’avons fait au comité CEDAW en intégrant la logique des objectifs de développement durable, mais aujourd’hui, nous pensons qu’il faut aller plus loin et faire en sorte que les droits des femmes deviennent un axe stratégique positif dans la construction d’une croissance inclusive et qui soit juste. C’est quelque chose d’éminemment positif. Je dirais presque d’enthousiasmant parce que nous ne sommes pas dans la contrainte, mais dans l’investissement sur le potentiel humain, dans le respect de la personne humaine au service d’un développement général. Je pense que Maurice a les moyens d’être avant-gardiste sur ces sujets. C’est ce que je suis venue dire. C’est un message d’espoir et une promesse d’avenir. Nous ne sommes pas là pour juger ou critiquer, mais pour soutenir, comme le font l’Union européenne et la France, sur ces sujets importants, mais dans un esprit constructif. Je suis très fière de l’engagement de Maurice à la fois au niveau international et sur le terrain sur ce sujet.

Quel est le constat à travers le monde de la parité homme/femme ?

Les progrès sont réels. Ils sont liés à la volonté des États d’avoir consolidé leur approche législative sur la discrimination et d’avoir permis aux femmes d’entrer au Parlement. Ce qui n’est pas encore suffisant ici. Et aussi d’avoir fait de sorte que les femmes soient plus autonomes, c’est-à-dire en mettant l’accent sur les responsabilités économiques. Cela veut dire qu’il faut qu’il y ait une approche globale sur ce sujet. La loi ne suffit pas si elle n’est pas bien appliquée. Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle décennie et je propose d’en faire la décennie de l’égalité. Il faut vraiment accélérer et faire en sorte que nous ne restions pas sur des progrès mineurs, mais que nous changions une manière systémique la place des femmes dans les sociétés contemporaines.

Plusieurs luttes ont été menées pour que la femme ait ses droits. Peut-on toujours parler de sexe faible ?

Je ne crois pas. Je suis pour que nous passions du concept de victime à celui de leader pour les femmes, mais cela veut dire qu’il faut faciliter leur accès à la décision vis-à-vis de leur propre corps, de leur propre vie, de leur propre mariage, de leur vie professionnelle, y compris des enjeux, par exemple relatif à la planète ou à la paix. Il est très important que nous donnions aux femmes les moyens d’exprimer ce potentiel dont je parle. Mais ce potentiel est long par évidence. Je rencontre les femmes dans le monde d’une force inouïe. Je dirais même qu’elles sont les actrices principales du changement.

Les problèmes auxquels font face les femmes sont-ils les mêmes dans les pays développés que dans les pays en développement ?

Il y a une universalité des droits et une universalité des défis. La discrimination est malheureusement universelle. Dans le même temps, les réponses doivent être adaptées à chaque pays. Par exemple, nous disons qu’il faut être “country specific” et respecter les pays complètement dans leur diversité, dans leurs religions et leurs traditions. Mais le socle fondamental des droits contenus dans la convention CEDWA est parfaitement compatible avec l’ensemble des héritages culturels ou religieux. C’est à chaque pays de trouver la méthodologie. Ce que nous souhaitons, c’est qu’il y ait une démarche qui soit basée sur les objectifs du résultat dans le temps avec cette mise en perspective qui est essentielle. Les droits des femmes ne sont pas une finalité en soi, mais c’est au service d’une cause qui est vraiment universelle et qui est le développement et la paix.

Quelles sont vos attentes de Maurice ?

J’attends que la volonté politique que je ressens se consolide et soit un aspect de transformation positif et, surtout, de croissance positive pour Maurice. J’attends de Maurice qu’elle soit, non seulement un exemple dans la région, mais aussi pour le reste du monde.