Le parc national de Yankari fait la fierté du Nigeria. Pourtant, ce sanctuaire naturel commence à perdre de son cachet, notamment en raison de la disparition des lions. Selon les experts, si rien n’est fait, le roi des animaux pourrait même y avoir totalement disparu d’ici dix ans.
Bien après minuit, sous un ciel sans étoiles, Martial Kiki parcourt inlassablement les chemins tortueux du parc national de Yankari, dans le nord-est du Nigeria, à l’arrière d’un pick-up, à la recherche des derniers lions du pays. Ce chercheur béninois de 31 ans émet le cri des bébés buffles en détresse à l’aide d’un magnétophone relié à un mégaphone. En théorie, le cri de ces proies faciles attire les lions alléchés, sur lesquels M. Kiki braque ensuite sa lampe torche pour les compter et les recenser.
Mais cela fait 29 heures, au total, que le mégaphone émet ce cri de désespoir. M. Kiki a parcouru 150 km à travers le parc. Et pas un lion à l’horizon, ni même une empreinte de lion au sol. “J’espérais voir plus que cela”, avoue-t-il en parcourant la savane, dans ce parc surnommé “la plus grande oasis de faune et de flore” du pays, qui fait la taille du Luxembourg.
“La situation a empiré” et “d’ici dix ans, les lions pourraient avoir totalement disparu du Nigeria”, s’inquiète ce jeune homme, casquette beige vissée sur la tête. “Dorénavant, où qu’on aille, on trouve des traces de hyènes.”