Un journaliste arrêté cette semaine après avoir publié un document confidentiel et refusé de dévoiler ses sources, a été traduit devant la justice à Abuja, ont affirmé jeudi ses employeurs et la police nigeriane.

Samuel Ogundipe, journaliste pour le site d’information en ligne Premium Times, a été arrêté avec deux de ses collègues mardi dans la capitale fédérale, en lien avec la prise de contrôle temporaire du Parlement par des agents de sécurité la semaine dernière.

Ses deux collègues ont depuis été relâchés, tandis que M. Ogundipe est resté en détention, accusé d’avoir publié un rapport signé du chef de la police, Ibrahim Idris, et envoyé au vice-président Yemi Osinbajo le 7 août.

Ce rapport pointait la responsabilité dans cette opération de Lawal Musa Daura, chef de l’agence nationale de renseignement intérieur (DSS), qui a été limogé par la présidence dans la foulée.

Selon Premium Times, M. Ogundipe a été présenté mercredi devant une cour de justice d’Abuja, sans que son avocat ait été averti.

« Ils m’ont présenté devant un tribunal d’instance (…) Le magistrat a dit qu’ils me garderaient en détention pendant cinq jours », a-t-il déclaré au téléphone à son rédacteur en chef.

« Ils m’ont accusé d’intrusion criminelle. Ils ont dit que j’avais volé des documents secrets (…) Je n’ai pas été autorisé à contacter mes avocats », a-t-il poursuivi.

« Ils ne m’ont pas non plus permis d’appeler qui que ce soit jusqu’à ce que le magistrat leur ordonne de me laisser passer un appel », a ajouté le journaliste.

Le porte-parole de la police nationale, Jimoh Moshood, a confirmé à l’AFP la comparution de Samuel Ogundipe, précisant qu’il resterait en détention provisoire jusqu’à la prochaine audience prévue le 20 août.

Le 7 août, des hommes armés et cagoulés de la police et de la DSS avaient bloqué pendant plusieurs heures l’accès du Parlement à Abuja, empêchant parlementaires, employés et journalistes de rentrer.

Personne ne sait aujourd’hui sous les ordres de qui s’est déroulée cette opération, mais elle est survenue alors que le président du sénat Bukola Saraki et le chef de l’Etat Muhammadu Buhari sont engagés dans un bras de fer politique, à six mois de la prochaine élection présidentielle.

Les journalistes sont régulièrement menacés ou arrêtés dans l’exercice de leur travail au Nigeria, qui fut gouverné pendant près de trente ans par des juntes militaires autoritaires, jusqu’à la fin des années 90.

Jones Abiri, un autre journaliste, a été détenu pendant deux ans sans procès pour ses liens présumés avec des rebelles du delta du Niger, région pétrolière du sud-est du pays.

Suite à une vaste campagne médiatique en sa faveur, il a finalement été présenté devant un juge mercredi, et libéré dans la foulée. L’affaire suit cependant son cours, et il devra se présenter au tribunal vendredi pour une nouvelle audience.