Annoncé comme « non-core subject » pour le nouvel examen de fin de cycle primaire l’année prochaine, le “Communication Skills” demeure à ce jour un sujet flou. Alors que le deuxième trimestre tire à sa fin, les maîtres d’école et enseignants n’ont en effet aucune idée sur la manière dont les enfants seront évalués et encore moins sur la préparation à faire. Tant et si bien qu’on se demande si le ministère ira de l’avant avec ce projet pour 2017.
Le “Communication Skills” est l’une des innovations du projet de Nine Year Continuous Basic Education, dont le premier examen aura lieu en 2017. Selon le document publié par le Mauritius Examination Syndicate (MES) sur le Primary School Achievement Certificate (PSAC), qui remplacera le Certificate of Primary Education (CPE), le but de cette matière, classée « non-core », est d’évaluer les capacités des élèves à communiquer. L’évaluation se fera en anglais, en français et dans l’une des langues optionnelles, si le candidat en a.
Pour préparer les élèves à cet exercice, les enseignants s’attendaient à des informations, voire à une formation. Surtout s’ils sont appelés à faire ces évaluations eux-mêmes. Mais à ce jour, rien n’a été communiqué aux écoles. « Comme tout le monde, nous avons appris l’introduction de cette matière dans le cadre du “Nine-Year Schooling”, mais nous n’avons reçu aucun détail de la part du ministère », confie un maître d’école. Celui-ci est d’avis que la préparation aurait dû commencer en janvier de cette année, car un délai de deux ans est nécessaire pour tout examen.
Sollicité sur la question, le Dr Om Varma, directeur du MIE, qui travaille sur le programme d’études, indique que les manuels des langues, pour le Std V, comprennent déjà des exercices pour le “Communication Skills”. « Le livret de l’enseignant comprend des instructions sur la manière de réaliser les exercices ainsi que l’objectif visé. Pour ce qui est de l’évaluation, elle se fera au niveau des écoles sous la supervision du MES. »
Or, c’est justement là le problème, soulignent les enseignants. Aucune communication sur les critères à appliquer pour ces évaluations n’a été faite. « Si on veut que les enfants passent une évaluation, il faut au moins qu’ils soient préparés, qu’ils aient l’occasion de pratiquer l’exercice dans les conditions qui s’appliquent. Mais comment faire si on ne nous communique rien ? » se demande une enseignante.
Pour ce qui est des exercices contenus dans les manuels de langues, dont l’anglais et le français, elle précise qu’il n’y a rien de nouveau. « Dans l’ancien programme, il y avait déjà des exercices de “Speaking” et “Listening”. Si c’est ça le “Communication Skills”, il n’y a donc rien de nouveau. »
Dans le manuel d’anglais de Std V, par exemple, l’un des exercices invite les enfants à s’exprimer en suivant les aventures d’un jeune garçon en Afrique. La note d’introduction aux enseignants conseille de voir la vidéo du film Le Roi Lion. Les enfants répondent ensuite, oralement, aux questions suivantes : « Do you know the name of the film ?/ Do you know where the story takes place ?/ Where is Kenya found ?/ In Kenya, tourists like to go on safari. What do you think they do? »
Lors du même exercice, une série de mots sont introduits pour enrichir le vocabulaire. Mais selon des enseignants interrogés, tout cela demeure théorique. « Dans une classe de 35 enfants, il est difficile de les laisser s’exprimer chacun individuellement. Surtout que pour certains, il est difficile de trouver les mots pour dire ce qu’il souhaite exprimer. Sans compter qu’il faut en même temps gérer les plus excités. À mon avis, ce genre d’exercice devrait se faire en petits groupes. »
Le document du MES mentionne bien : « There will be a series of tasks in Grade 5 and 6 assessing Speaking and Listening. » Pour l’examen de 2017, les élèves en Grade 5 ont déjà réalisé plus de la moitié de leur année scolaire. Le deuxième trimestre s’achève le 15 juillet et le troisième trimestre ne comprend que deux mois. « Au cours du troisième trimestre, on complète le programme et on commence les révisions. On n’a pas le temps d’introduire de nouveaux programmes », disent les enseignants.
Pourtant, les objectifs visés avec le “Communication Skills” sont louables : « Encourager les apprenants à communiquer efficacement; développer l’art de la parole et de l’écoute; acquérir les aptitudes linguistiques nécessaires pour communiquer efficacement en société. » C’est dans la mise en pratique que se pose le problème.
Selon les indications fournies par le MES, l’évaluation en “Communication Skills” comprendra deux parties, soit “Listening” et “Speaking”. Pour le premier élément, l’enfant écoutera un texte. Il sera appelé à identifier le message principal et certains détails, ou encore à s’exprimer sur le sentiment dégagé par rapport au ton utilisé, entre autres. Dans la partie “Speaking”, le candidat devra parler clairement et correctement; prononcer et articuler bien, avec la bonne intonation. Le candidat sera aussi appelé à engager une conversation et à s’exprimer sur un sujet. Un des aspects suscite toutefois l’inquiétude des enseignants : « Il est précisé dans la partie “Speaking” que l’enfant sera appelé à exprimer son opinion, émettre des idées et ses sentiments. Certains enfants pourraient avoir des problèmes pour cet aspect-là, car ils n’y sont pas habitués. D’où la nécessité d’une bonne préparation. »
Selon le document du MES, la partie “Speaking” comptera pour 40% des points et “Listening”, 60%. Des points ne seront pas attribués pour autant. Trois indications, soit Proficient, Intermediate et Basic indiqueront le niveau de l’enfant. Selon les informations données par le ministère de l’Education lors de la présentation du projet, les évaluations se feront au niveau des écoles, sous la supervision du MES. Pour ce qui est des candidats privés, il est prévu que le MES organise un « external assessment ».
L’absence de communication et de réaction sur ce sujet suscite également des interrogations chez les enseignants. « On se demande si on va maintenir les “Communication Skills” pour 2017. »