La commission de l’Éducation du MMM l’attendait, mais la ministre de tutelle, Leela Devi Dookun Luchoomun, n’a pas répondu présent à son invitation au forum-débat sur le Nine-Year Schooling, vendredi dernier. Dans un contexte où les questions les plus pertinentes sur la réforme restent toujours sans réponses, le débat, sans aucun interlocuteur de l’Éducation, a davantage suscité des réflexions, voire des a priori sur un projet éducatif qui reste encore flou pour plusieurs partenaires du secteur. Lors de son intervention, Armoogum Parsuramen, ancien ministre de l’Éducation, a rappelé l’importance de la communication dans le cadre d’une réforme.
Face à une assistance composée de syndicalistes de l’éducation, d’enseignants, de députés et membres du MMM, entre autres, les intervenants Teeluck Bhuwanee, Sheila Bunwaree, Philippe A. Forget, Armoogum Parsuramen et Steve Obeegadoo ont, tour à tour, partagé leurs points de vue et leurs inquiétudes sur les manquements du projet de réforme. Ancien responsable du secondaire et de la formation pour la région Afrique, Teeluck Bhuwanee a regretté l’approche “clinique” de la structure de la réforme telle qu’elle a été présentée par le ministère de l’Éducation. “On ne peut mettre l’éducation dans des boîtes carrées”, a-t-il  expliqué en laissant comprendre qu’une telle approche donne le ton à une vision restreinte de l’éducation. Ainsi, la réforme ne peut s’adresser aux changements économiques et sociaux appelés à transformer le pays. Teeluck Bhuwanee a aussi pointé du doigt la compartimentation délibérée de la formation technique /prévocationnelle, un secteur qui, dit-il, est présenté comme un 3e recours pour des apprenants en situation d’échec. Cette filière, laisse-t-il entendre, se doit aussi d’accorder une place importante à la formation académique afin de mieux préparer des techniciens qui seront appelés à travailler dans des projets du type Métro Express.
De son côté, Armoogum Parsuramen a déploré l’absence de projets pour les enfants handicapés et regrette que les autorités de l’éducation n’aient pas fait appel à des organisations internationales pour s’inspirer de leurs expériences avant de définir les grandes lignes de la réforme. Comme les autres intervenants, Philippe A. Forget a pointé du doigt les leçons particulières. La réforme, a-t-il dit, encouragera cette pratique puisque le Nine Year Continuous Basic Education est un cycle interrompu par un examen de sélection après la sixième année et un examen national au bout de neuf ans. Démontrant que le critère géographique pour l’attribution d’une place en secondaire ne sera pas appliqué dans tous les cas, des intervenants ont émis des doutes sur le traitement équitable auquel chaque enfant a droit.
Convaincue que le Nine-Year Schooling, tel qu’il est présenté, “ne répond pas aux besoins de la société”, l’universitaire Sheila Bunwaree se dit inquiète de la qualité de l’éducation. “Il est malheureux de dire que la majorité des étudiants qui arrivent à l’université ne parvient pas à écrire un paragraphe sans fautes d’orthographe. La plupart de ceux qui optent pour les sciences sociales ont décroché leur Higher School Certificate de justesse!”, fait-elle ressortir. Et de constater que les enseignants n’embrassent plus la profession par vocation. Sheila Bunwaree s’interroge aussi sur une réforme qui préconise la préparation d’une élite, nécessaire certes, mais qui ne se met pas toujours au service du pays.
De son côté, Steve Obeegadoo, ancien ministre de l’Éducation et président de la commission de l’éducation au MMM, a réitéré ses craintes sur l’absence de planification de la réforme. Il a aussi rappelé que le Primary School Achievement Certificate est l’équivalent du Certificate of Primary Education, l’admission en Grade 7 se fera par un exercice de sélection des candidats…
À l’heure des réactions dans l’assistance, l’on retiendra la déception d’une jeune femme formée sous le Youth Empowerment Programme pendant près d’une année pour assurer les cours en Holistic Education Development. Lesquels ont été laissés sur la touche alors qu’il est actuellement question de recrutement par la Public Service Commission.