Le syndicat des maîtres d’école a soumis hier son mémoire sur le Nine-Year Continuous Basic Education au ministère concerné. La Mauritius Head Teachers Association (MHTA) fait d’emblée ressortir que le système comprend de nombreuses failles qu’il faut impérativement régler avant tout projet de réforme. « Il nous faut bâtir sur le roc et non sur le sable », précise Jaganarden Sunassee, le président.
Revoir le programme d’étude, le pupil/teacher ratio, donner les moyens aux écoles, la promotion automatique, les mesures qui se sont révélées être des éléphants blancs, ainsi que le fonctionnement des PTA et de l’inspectorat… Autant d’aspects qui demandent à être revus dans le primaire avant l’application de tout projet de réforme. La MHTA l’a fait comprendre au ministère de l’Éducation dans le mémoire soumis hier. Le syndicat des maîtres d’école se dit en faveur d’un changement dans le fond et non dans la forme.
Se disant d’abord conscients que « l’éducation est un secteur en perpétuelle ébullition » et que « dans l’ère des nouvelles technologies il faut s’adapter aux changements », les maîtres d’école appellent toutefois à bien réfléchir sur la question. La réforme, ajoutent-ils, nécessite « un consensus national. »
La MHTA invite également à faire attention à ne pas négliger l’élite. « Dans tous les débats de ces dernières années, la nécessité de préserver l’élite a été le souci de beaucoup de personnes. » Il soutient ainsi que le pays aura toujours besoin de cette élite qui lui permettra de répondre aux exigences du développement. Toutefois, regrette le syndicat, « avec le Nine-Year Schooling, la reconnaissance de l’élite arrivera plus tardivement, soit à partir de la Form III. » La MHTA se demande donc s’il ne sera pas trop tard à cette période, eu égard au développement intellectuel de l’enfant. « Faut-il attendre que l’enfant ait 15 ans pour reconnaître ses talents intellectuels ? » fait ressortir Jaganarden Sunassee en invitant à consulter les recherches à ce sujet.
Par ailleurs, le syndicat des maîtres d’école note avec inquiétude l’accroissement des écoles privées proposant le cursus primaire. Il se demande si les parents ne font plus confiance aux écoles publiques. « En 2008, il y avait 27 écoles primaires privées, en 2010, il y en avait 30 et en 2013, il y avait 44… » Pour le syndicat, « il faut urgemment donner les moyens pour rehausser le niveau de l’école publique, car les Mauriciens craignent que cette situation ne s’aggrave avec le changement proposé. »
La MHTA estime qu’il faut considérer tous ces points avant de s’embarquer dans n’importe quel projet de réforme « avec sérénité. » Elle souligne également que toutes les « policy decisions » passent par l’administration de l’école avant d’entrer dans la classe. « Si l’administration n’est pas prise en considération, c’est la volonté même du changement qui se trouve anéantie. »
Finalement, la MHTA se demande si « les personnes qui dirigent le ministère » et qui ont « orienté le système du CPE avec Ranking A + et autres » peuvent à présent piloter le Nine-Year Schooling. « Est-ce qu’ils sont vraiment convaincus eux-mêmes de tels changements majeurs ? » se demande le syndicat.