La mort du Certificate of Primary Education en 2017 n’entraînera pas celle de la compétition féroce qui existe depuis des décennies au primaire. Les collèges régionaux n’étant pas tous du même niveau, l’accès dans les meilleurs établissements restera déterminé par la performance académique de l’enfant.
À 11 ans, l’enfant aura à passer les épreuves du Primary School Achievement Certificate, non sans pression, pour décrocher une place au mieux dans un collège réputé de sa zone. Dès son admission en Grade 7 (l’équivalent de la Form I), il aura à se préparer pour mettre toutes les chances de son côté lorsqu’il participera aux examens de fin d’année en Grade 9 (l’équivalent de la Form III) pour accéder à une des 11 Académies (les collèges nationaux) où il pourrait finir ses études. Sinon, il aura à se contenter d’un collège régional.
D’autres diront qu’avec la réforme — en chantier — la compétition débutera dès le Grade I (l’équivalent de Std I) puisque dès son entrée en primaire, l’enfant sera sujet à une évaluation qui vise à déterminer son potentiel académique ! Le Nine-Year Schooling allégera-t-il réellement le fardeau des écoliers ? C’est unanimement que Gilberte Cheung, du BEC, et les syndicalistes Vinod Seegum et Suttyhudeo Tengur concèdent que la compétition au primaire sera bel et bien inévitable.
Si le Nine-Year Schooling est implémenté en 2017, comme le prévoit le ministère de l’Éducation, le Certificate of Primary Education (CPE) sera éliminé. Mais pas la compétition. Le Primary School Achievement Certificate (PSAC), l’examen qui a été envisagé pour remplacer celui du CPE, sera tout autant une source de stress pour les enfants. Pour cause, le PSAC sera déterminant pour l’accès en secondaire.
Même si à ce jour il n’y a pas eu d’explications claires de la MITD House sur le mécanisme qui régira l’obtention d’une place au collège en janvier 2018, il est permis de penser que la compétition sera omniprésente dans le système éducatif. La réforme qui est en chantier n’envisagerait pas encore le nivelage des collèges régionaux. Car si, comme l’a laissé entendre la ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, dans une déclaration à la presse, le PSAC est un examen obligatoire pour la transition en secondaire, les candidats auront donc intérêt à se distinguer par leurs notes pour obtenir une place dans les meilleurs établissements de leur zone.
Si au moment où le Nine-Year Schooling était annoncé comme une refonte avec pour finalité l’allègement du fardeau des écoliers, force est de constater qu’actuellement la réforme — telle qu’elle a été présentée (par le biais de diapositives) aux partenaires de l’Éducation — n’a pas pour autant été dépouillée de l’aspect compétitif.
Par ailleurs, si on sait qu’au PSAC, l’évaluation continue (40%) comptera, en revanche, on ne connaît pas encore le pass mark qui sera appliqué aux examens et encore moins ce qu’il adviendra aux enfants en situation d’échec, d’autant que le prévocationnel est appelé à disparaître.
Le rapport du BEC publié très bientôt
De son côté, sans donner de précision sur la date de publication de son rapport sur le Nine-Year Schooling, le Bureau de l’Éducation Catholique (BEC) annonce néanmoins que celle-ci est pour très bientôt. Ce rapport livrera alors les positions — notamment sur les Académies, le secteur prévocationnel et la mixité — et propositions du BEC en marge de la réforme attendue dans le secteur éducatif.
En attendant la présentation du rapport, la directrice, Gilberte Cheung, reconnaît que la compétition au primaire risque de perdurer avec la réforme et que « le plus grand danger pourrait venir des enseignants et des parents ».
Avec l’introduction du Modular System pour des matières comme l’Histoire et la Géographie, les points recueillis par l’élève en Std V dans celles-ci aux examens seront conservés pour être ensuite comptabilisés dans le sillage du PSAC en Std VI, lequel sera remplacé par le Grade 6.
Dans cette optique, parents et enseignants, mesurant la pertinence des points en Histoire/Géographie en Std V, les enfants n’échapperont pas à leur pression. « Pour moi, la réforme ne va pas éliminer la compétition. Le projet ne mentionne pas la promotion automatique au secondaire », déclare d’emblée Suttyhudeo Tengur, président de la Government Hindi Teachers’ Union.
Compétition régionale
À la lumière de ce qui a été jusqu’ici dévoilé sur le projet, d’aucun ayant assisté à la présentation PowerPoint à la MITD avancent que « tout indique que la réforme n’est pas prête pour assurer la promotion automatique. Cela prendra du temps avant d’arriver jusque-là. La réforme de Kadress Pillay envisageait la création de middle schools et là il était claire qu’il n’y avait pas lieu de concourir à un examen pour l’accès dans ces écoles ! »
Pourtant, dans l’esprit des parents et du public, explique encore Suttyhudeo Tengur, la réforme a été présentée comme étant un départ pour un système qui mettra les enfants sur le même pied d’égalité. De plus, l’élimination de la compétition féroce à 11 ans faisait l’unanimité auprès de tous les acteurs de l’éducation.
Dans sa conférence de presse jeudi dernier, le président de la commission de l’éducation du MMM et ancien ministre de l’Éducation, Steve Obeegadoo, rappelait que dans son programme électoral, le présent gouvernement proposait une réforme qui redonnerait leur enfance aux enfants.
« La compétition ne sera plus nationale ! Mais, régionale ! » note pour sa part Vinod Seegum, président de la Government Teachers’ Union. En effet, les collèges nationaux transformés en Académies avec des « areas of specialisation », les collèges régionaux seront les seuls établissements du secondaire à admettre les élèves de la septième année.
Par ailleurs, selon le plan présenté aux syndicats et partenaires du ministère de l’Éducation, trois critères seront pris en compte pour accéder au Grade 7 : le choix du collège par les parents, la note globale obtenue par le candidat au PSAC et la proximité de la résidence de celui-ci et le collège.
Bons et mauvais collèges
Les rencontres entre la ministre de l’Éducation et les acteurs clés du secteur autour du Nine-Year Schooling se sont succédé. Mais, pour l’heure, ces derniers ont surtout pris connaissance des grandes lignes du projet. Des propositions et contre-propositions n’ont pas été nombreuses. Toutefois, dans l’ensemble, l’idée d’une refonte globale ainsi que des composants du projet sont favorablement accueillis par les parties concernés dans l’éducation, y compris la commission de l’éducation du MMM, mais à quelques notes près.
« Le MSM a la chance extraordinaire que moi je n’ai pas eue lorsque j’étais ministre de l’Education. Même le principal parti de l’opposition lui demande de foncer avec la réforme ! » déclarait Steve Obeegadoo. Et de relever : « Ce projet est un pas en avant. » Mais cela dit, ce dernier note néanmoins que le projet comprend des flous qui devraient être vite dissipés pour permettre une meilleure compréhension du Nine-Year Schooling.
Pour lui, un débat national serait le bienvenu. « L’éducation ne se limite pas aux enseignants. Elle est l’affaire de tous ». L’admission en Grade 7 n’est pas le seul élément à clarifier, dit-il. Il se demande aussi « si tous les enfants accèdent au secondaire avec le même programme, quelle est la pertinence d’un examen ? » Il relève par ailleurs l’introduction d’une évaluation dès le Grade I pour canaliser les enfants vers des Remedial Teachers.
Autres points sur lequel le MMM n’est pas d’accord, les examens de Form III — lesquels risquent de créer une frénésie pour les cours privés — visant d’une part à répartir les enfants dans une des 11 Académies et d’autre part dans les collèges régionaux. Le MMM se dit contre la catégorisation des collèges selon une « sélection à la Gokhool ! » créant « la perception de bons et mauvais collèges ».