Les débats sur le Nine-Year Schooling gagnent en intensité. Lors de la présentation officielle de ce projet aux stakeholders de l’éducation à Rodrigues, hier après-midi, la ministre de l’Éducation et ses proches collaborateurs dans l’île n’ont pas eu la partie facile avec les multiples réactions de l’assistance. Une réunion dense, très animée et qui a duré plus de deux heures. Les Rodriguais accueillent favorablement la démarche du gouvernement d’améliorer le système éducatif, mais sont mécontents de la mise à l’écart d’une participation rodriguaise dans l’élaboration de ce plan.
Leela-Devi Dookun a promis d’inclure dorénavant des cadres rodriguais dans les working groups qui travaillent sur les différents aspects du projet et a également annoncé que le gouvernement fera appel aux experts étrangers pour aider à la mise en oeuvre du Nine-Year Schooling.
Durant la matinée d’hier, la ministre de l’Education a présenté le plan “Nine-Year Schooling” à Serge Clair, le chef commissaire de l’Assemblée régionale rodriguaise. Et dans l’après-midi, Leela Devi Dookun et des cadres de son ministère avaient eu une session interactive avec les stakeholders de l’Education et des représentants des forces vives de l’île sur ce projet de réforme. Environ 150 personnes ont participé à cette réunion, qui s’est déroulée au centre culturel de Mon-Plaisir.
« Nous avons enfin pris connaissance officiellement hier du contenu de ce projet de “Nine-Year Schooling”. On se fiait avant sur les articles de presse pour savoir ce qu’il en est. Maintenant que nous avons un document officiel et que la ministre est venue nous présenter elle-même le projet, nous pouvons lancer les débats dans la population sur ce qui est faisable dans l’île et ce qui sera dans l’intérêt de l’enfant rodriguais », a dit un participant à la réunion d’hier. Des personnes présentes à cette rencontre, et que Le Mauricien a interrogées, estiment qu’il y a « certains éléments positifs » dans le plan proposé, mais que concernant la mise en pratique de l’ensemble du projet, il reste beaucoup de questions. « La présentation faite hier était très claire et nous avons compris l’idée générale du gouvernement. Mais il y a trop de questions en suspens concernant la mise en pratique. Nous sommes restés sur notre faim par rapport aux réponses données par la ministre », témoigne un enseignant du secondaire. Selon ce dernier, une des préoccupations principales des parents concerne la régionalisation de l’admission en Form I, qui figure dans ce plan, et que cette question est revenue plus d’une fois lors de la réunion d’hier. « Peut-on régionaliser dans le contexte rodriguais ? On a essayé de le faire en 2003 et cela n’a pas marché parce qu’il y a une forte résistance dans la population sur cette question », ajoute un chef d’établissement a ce sujet. « Il y a six collèges à Rodrigues et certaines personnes se demandent s’il y a nécessité de casser la structure actuelle pour en faire des collèges Form I-III et des académies. Je vois difficilement le Rodrigues College, par exemple, qui est très demandé par les parents, renoncer à la continuité Form I-VI. Il faut définitivement un débat dans la population avant de prendre une telle décision », lance un enseignant de cet établissement.
Un des points forts de cette réunion, et sur lequel se sont appesantis plusieurs intervenants, concerne la non-participation de Rodrigues dans l’élaboration de ce document officiel. La délégation mauricienne a pris la mesure du mécontentement général dans l’assistance à ce sujet. « On a fait comprendre au ministre qu’elle est venue avec un projet déjà prêt et que la Commission de l’Education de la Regional Rodrigues Assembly n’a pas eu son mot à dire dans l’élaboration du plan », raconte une participante. La ministre a essayé de tempérer cette colère en disant qu’elle est venue justement dans l’île pour discuter avec les Rodriguais. Mais certains pédagogues trouvent qu’il aurait fallu impliquer les cadres rodriguais dès les premières discussions pendant la préparation du plan, de manière à ce que la spécificité rodriguaise soit respectée. En outre, disent-ils, il y a certaines expériences concluantes dans les écoles rodriguaises qui auraient pu être incluses dans ce document de “Nine-Year Schooling” afin d’en faire profiter d’autres enfants de Maurice. D’autres intervenants ont suggéré qu’à l’avenir, des cadres rodriguais soient parties prenantes dans les discussions, et ce sur n’importe quel projet d’envergure et qui concerne l’ensemble de la République de Maurice. La ministre a alors promis que les cadres de l’Éducation à Rodrigues feront partie des huit Working Groups impliqués dans les préparatifs pour la mise en oeuvre du projet.
Les autres questions de l’assistance ont porté entre autres sur le curriculum, le système de contrôle continu au primaire qui sera appliqué, les conditions de travail des enseignants du secondaire et la formation du personnel enseignant, notamment. « On n’est pas satisfait des réponses que nous avons reçues. Il y a encore beaucoup de flou sur de nombreux détails », affirment certains participants. Leela Devi Dookhun a promis aux stakeholders de l’éducation à Rodrigues qu’elle reviendra dans l’île pour apporter des éclaircissements si cela s’avère nécessaire, avant d’annoncer aussi que le gouvernement fera appel à l’expertise étrangère pour l’aider à bien mener ce projet.