Avec la fin de l’examen des dotations budgétaires 2017/28 au niveau du Committee of Supply, intervenant jeudi à l’Assemblée nationale, il faudra s’attendre à voir le député et leader du Reform Party, Roshi Bhadain, soumettre sa démission à la Speaker, Maya Hanoomanjee. C’est ce qu’on avait craint en privé dans les rangs de la majorité gouvernementale, en l’occurrence une élection partielle à Belle-Rose/Quatre-Bornes (No 18), sous forme de test politique à mi-mandat, a été confirmé, vendredi soir, lors des débats budgétaires en attendant que cette décision soit actionnée en fin de semaine. Dans la conjoncture, Roshi Bhadain peut difficilement faire marche arrière. Dès la fin de l’étape de l’examen en comité des dotations budgétaires, jeudi, le compte à rebours pour une élection partielle dans cette circonscription urbaine, qui a toujours eu valeur de symbole de par sa composition socio-économique et politique, sera enclenché. Toutefois, bien avant le dépouillement des votes, deux conséquences sont à tirer : soit ce qu’il adviendra de l’appel solennel du leader du Reform Party pour un « front uni de l’opposition » lors de cette joute électorale soit l’éclipse des préoccupations économiques et budgétaires par les échos de campagne au No 18.
Avec la conclusion à son intervention lors des débats du budget, dans la soirée de vendredi, Roshi Bhadain a été catégorique : « I have (also) said that if the government is going to go ahead with the Métro Express in Quatre-Bornes, then I will resign my seat. The people of Belle-Rose/Quatre-Bornes will have an opportunity to vote as a referendum on the project of Métro Express which is a fallacy. » Il précisera que sa démission sera effective dès la fin du Committee of Supply sur le budget en donnant une indication d’un des dossiers de la prochaine campagne électorale. « Allez dire au Premier ministre que les détails de l’enquête du Serious Fraud Office de Grande-Bretagne sur lui seront révélés pendant la campagne », devait-il s’exclamer en substance.
Une aile au sein de l’opposition parlementaire s’était évertuée à tempérer les ardeurs du leader du Reform Party jusqu’à la dernière minute dans la soirée de vendredi. « Nous sommes d’accord pour le principe de cette démarche sur le plan politique. Mais le Timing de la mise à exécution méritait d’être raffiné. Il fallait dégager un consensus, car nous sommes tous concernés par ce développement. Le contrat pour le Métro Express n’a pas encore été signé officiellement. Si, demain, le gouvernement décide de revoir sa position sur ce projet, que se passera-t-il avec cette démission ? C’est pourquoi le leader de l’opposition avait proposé que toute cette stratégie ne soit peaufinée qu’à la lumière des détails obtenus du gouvernement avec une prochaine Private Notice Question sur le Métro Express. En principe, la date de la démission ne devait pas être précisée vendredi. Maintenant, la balle est déjà partie, ou si vous voulez le vin est tiré », fait-on comprendre dans ces mêmes milieux politiques.
« Very remote »
Poursuivant, Roshi Bhadain a lancé un appel en faveur d’une opposition unie pour contrer le gouvernement sur le Métro Express et également en vue de la partielle provoquée. « I have said it before that the whole opposition will have to be united. The Métro Express is not a small project. It is a project which is going to bankrupt our country. The Metro Express is a fallacy. It comes out of political ego that we can’t afford. I ask the opposition to be united to stop the project », souligne-t-il avant d’ajouter avec force que « we have to show to this government that it’s time for them to go. It’s time for this government to give to the people of the country their right to vote. It’s time for this abusive government to go ».
Mais au lendemain de cette déclaration en faveur d’une stratégie commune de l’opposition et en prélude aux grandes manoeuvres électorales sur le terrain, il est plus qu’évident que les chances de réaliser une telle stratégie, selon les voeux du leader du Reform Party, sont considérées comme étant « very remote » avec la théorie de « bef dan disab, sakène guette so lizie » privilégiée. Principalement en raison d’un foisonnement éventuel de candidats sous le signe de l’opposition au gouvernement MSM/Muvman Liberater. Et pour cause ! Le MMM a déjà signifié son intention de présenter un candidat à cette partielle. Le choix des mauves pourrait se porter sur Vijay Makhan, candidat battu aux dernières élections générales, et systématiquement présent dans la circonscription.
Le Parti travailliste ne devrait pas rechigner à l’idée d’évaluer son poids politique sur le terrain deux ans et demi après sa déconvenue aux élections générales du 10 décembre 2014. Très vite, le nom d’Arvin Boolell est cité comme susceptible de bénéficier de l’investiture du Labour. Mais ce n’est pas partie gagnée et si sûr que cela compte tenu du « jockeying for position » à la tête du parti. Navin Ramgoolam, qui n’a pas encore dit ni son premier ni son dernier mot par rapport à la partielle, pourrait réfléchir deux fois avant d’offrir une « plate-forme en or » à Arvin Boolell en cas d’élection à l’Assemblée nationale. La certitude de l’heure demeure que le Labour sera en lice pour contester le siège laissé vacant par la démission de l’ancien ministre des Services financiers, celui considéré comme ayant mené la chasse aux « protégés de l’ancien gouvernement ».
Dans les rangs du PMSD, perçu comme ayant apporté jusqu’ici un soutien critique à Roshi Bhadain, l’on fait preuve de prudence devant la nouvelle stratégie relevant de « a bit of a lone shark at the moment » de ce dernier. « Nous sommes en mode d’attente. D’abord de l’exécution de la démission. Le leader du Reform Party n’a pas encore démissionné. Ensuite, nous avons à prendre note de la réaction politique du gouvernement. Sera-t-il tenté par l’appel de Snap General Elections avant de procéder à la signature du contrat Métro Express? La partielle sera-t-elle fixée à brève échéance? Ou le gouvernement fera-t-il durer le suspense ? Autant de questions cruciales sans réponse à ce jour. Nous pensons qu’il est encore trop tôt pour se prononcer », soutient dans l’entourage du leader du PMSD après le show Bhadain de vendredi soir même si le nom de Roshan Seetohul, le trésorier du parti, est donné pour une éventuelle investiture des bleus.
Toujours au sein de l’opposition, il faudra aussi s’attendre à des candidatures venant de Rezistans & Alternativ, ou même du Muvma Premye Me à la partielle du No 18. Le Muvman Patriotik se donne un temps de réflexion. Par contre, la remarque à l’emporte-pièce du ministre des Administrations régionales, Mahen Jhugroo, à l’Assemblée nationale, vendredi soir, à l’effet que « nou pou manz pistas, nou guette sinema », est diversement commentée. Mais, sur le plan politique, il est considéré que cette analyse, visant à laisser les partis d’opposition s’entre-déchirer à Belle-Rose/Quatre-Bornes, pourrait ne pas résumer fidèlement la position du MSM. Se déclaré forfait à cette joute électorale équivaudrait à un aveu de défaite au préalable de la part du gouvernement, démarche qui ne ferait qu’accentuer les pressions pour des élections anticipées.
Toutefois, l’on est encore loin de cette étape, car avec la démission de Roshi Bhadain de l’Assemblée nationale probablement jeudi, les dispositions sous les National Assembly By-Election-Representation of the People Regulations, 1987, stipulent les différentes échéances, soit que le délai le plus court pour une partielle est de 30 jours, vers le 22 juillet et au cas où le gouvernement veut faire durer le suspense, il peut aller jusqu’à un maximum de 240 jours, soit en février de l’année prochaine.
Les étapes à respecter
Les étapes à respecter sont les suivantes :
— La Speaker de l’Assemblée nationale, Maya Hanoomanjee, dispose d’un délai maximal de 15 jours pour transmettre la lettre de démission à la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim.
— La présidente de la République est tenue à émettre le Writ of Election dans un maximum de 90 jours « of the occurrence of the vacancy ».
— Le Nomination Day doit se dérouler dans un délai minimal de 15 jours et d’un maximum de 60 jours de la publication du Writ of Election.
— Le Poll Day (jour du scrutin) entre 15 et 90 jours du Nomination Day.
Le choix du scénario est entre les mains du Premier ministre, Pravind Jugnauth, absent de l’hémicycle, vendredi soir, qui détient les cartes constitutionnelles pour la partielle avec les bulletins de vote entre les mains des quelque 23 000 électeurs du No 18. Avec une élection, organisée selon toute probabilité après le 15 août prochain, ce sont les nouveaux registres d’électeurs, actuellement en voie de compilations par la Commission électorale, qui seront en vigueur.
Dans l’immédiat, le calendrier des travaux de l’Assemblée nationale ne devra pas être bousculé avec les prochaines vacances intervenant à la troisième semaine de juillet. Mais au préalable, les parlementaires devront avaliser le Finance Bill, dont les débats pourront être échelonnés sur deux séances à la mi-juillet. Après le vote en troisième lecture du Budget 2017/18, vendredi, l’Assemblée nationale sera ajournée pour une dizaine de jours.
Néanmoins, cette ambiance de campagne électorale pèsera de tout son poids sur l’économie, reléguée au second plan. Qui osera dire le contraire de ces Compounding Effects sur la mise à exécution de projets avec des membres du gouvernement se jetant dans la bataille électorale ? D’ailleurs, à quelques heures de la déclaration d’intention de Roshi Bhadain, le MCBGroup a révisé à la baisse ses prévisions de croissance économique à 3,8% pour 2017. La raison principale derrière cette décision demeure les délais accumulés pour la mise en chantier de projets.
« These projections represent a downgrade of 20 basis points for the former and 10 basis points in the latter case, which can be mainly explained by incurrence of more pronounced delays that have been witnessed lately in relation to the initiation and deployment of infrastructure projects that have been assigned in the Public Sector Investment Programme », soutient Gilbert Gnany, le Chief Strategy Officer du MCBGroup, qui rappelle que « conspicuously, several key infrastructure-upgrading ventures are only likely to be comprehensively put into train during the final quarter of the year and, especially, onto 2018 », dont le Métro Express avec Rs 20,9 milliards d’investissement à partir de septembre, période qui coïncidera avec la campagne pour l’élection partielle en vue à Belle-Rose/Quatre-Bornes avec en toile de fond ce même projet de Métro Express…