En 74 ans, depuis 1941 donc, la SHIM a produit en 64 fascicules un dictionnaire de biographie mauricienne qui, en comptant les addenda et l’index, va aux 3 000 pages. Alors qu’il était président de la SHIM, Maurice Paturau me confi a un jour : « C’est un monument ». On venait d’y inscrire la notice biographique de l’un de ses compagnons d’armes et il en était sans doute ému. Un monument, certes, et qui contient toute l’île Maurice, hollandaise, française, anglaise, mauricienne, enfi n, avec toutes ses composantes venues des quatre coins du monde. La SHIM a décidé de marquer un temps d’arrêt et de réfl échir quant à l’avenir de ce dictionnaire. Avec 13 addenda et mutanda, sa consultation en devient trop compliquée. Nos aînés ont eu de graves problèmes d’encre et de papier pendant les années 40, au moment précisément où ils en avaient le plus besoin pour les grands personnages qu’ils s’empressaient d’inclure dès les premières pages. Abercromby, le premier, se trouva resserré en quelques lignes. Il faut reprendre quelques-unes de ces notices et les refaire entièrement, en incluant les ajouts dont elles ont bénéficié.
Une seconde édition avec des notices remaniées
Au cours des années, nous avons cédé à la tentation de refaire l’une ou l’autre, comme si la première n’existait pas, et alors l’index indique deux notices pour la même personne. Par exemple, le no 64 nous donne une seconde notice pour Claude Antoine, dit le baron d’Unienville, et P.G.X. de Coriolis : deux marins qui ont participé à la guerre de l’Indépendance américaine, mais dont la carrière subséquente à l’Isle de France/île Maurice, notamment à l’Assemblée coloniale, fut considérable. En comparant cette seconde notice à la première, vous constateriez à quel point l’augmentation du texte était nécessaire.
Dans le même sens, Marie- Hélène Oliver nous offre une reprise de la notice d’André Maure : la nouvelle notice reprend celle de Toussaint mais ajoute d’importants détails sur l’état de Maure, et au déroulement de sa carrière en précisant notamment son rôle après l’incendie de 1816, et en 1838, lorsqu’il se trouve parmi les fondateurs de la MCB. A la suite du décès de Maure, d’autres détails apparaissent : l’envoi du coeur du défunt à l’église paroissiale de sa naissance ; et la descendance de Maure dont la petite-fi lle épousa Charles Meldrum. Mais cette formule du double n’est pas la bonne : et tout de suite, se présente l’idée d’une seconde édition qui permettrait de tout revoir dans un nouveau contexte : travail de longue haleine qui demande la mobilisation de nombreux collaborateurs, et, à supposer que l’on réussisse, un « marketing » international, suivi d’un tour de force à l’imprimerie située en Asie (Inde, Chine ou Singapour), là où cela coûte moins cher. Voilà où nous en sommes.
Edile, homme de guerre, fi gure pieuse et épouses d’amiraux
En attendant, voyons le no. 64. Goolam Atchia est un retardataire, diffi cile à cerner à moins de grands travaux de recherche mais maintenant aisément repérable grâce aux volumes III à V du grand ouvrage de Rivaltz Quenette sur la municipalité, et dont les index dépouillent le sujet rapidement. Le professeur Cader Kalla et Ally Orjoon s’y sont mis et nous ont présenté ce musulman à l’ancienne, toujours coiffé d’un fez, grand patron des écoles et politicien infatigable. Port-Louis lui doit le « Pleasure Ground » en ses dimensions actuelles. Raoul Avrillon prend place, accompagné de ses frères, en cette année centenaire de la Grande Guerre où il se distingua tandis que son frère Gaston y laissa la vie. « Poilu » de retour au foyer, il se consacra à Constance-La Gaieté qu’il administra, et agrandit — un de ces « barkasaheb » de managers comme on n’en fait plus et que la Commission Hooper saluait comme épine dorsale de l’industrie sucrière des années 30.
Les lecteurs catholiques du dictionnaire auront entendu parler de Guy de Fongalland, et tout près de nous de la presque bienheureuse Anne de Guignée, de La Réunion, enfants dont la piété prodigieuse impressionne et qui quittent ce monde très jeunes et en odeur de sainteté. Nous avons eu le même phénomène ici en la personne de la touchante petite Simone Bruneau, décédée à cinq ans et qui édifi a même Pie X, comme le souligne Alain Mathieu. Anne-Marie Chatelain nous revient avec les épouses de deux amiraux, Suzanne Victorine Cailleau, marquise de Sercey et sa tante Renée Françoise Guymont. Anne-Marie a remplacé Harold Adolphe dans l’exposé minutieux de l’existence à la fin du xviiie siècle qui fait le charme de ses notices. Ce sont de vraies tranches de vie et, pour une fois, nous suivons le destin de ces deux familles qui, pour rester françaises, réalisent comme elles peuvent leurs biens et reprennent le chemin de la métropole sur le cartel Lord Minto qui les déposent à Morlaix. La jeune épouse de l’amiral de Sercey — ainsi que nous l’apprend la correspondance de Malartic – avait accompagné son époux à Batavia sur la Preneuse qui, revenant avec le Brûle-Gueule, se heurta à la division Losack et se réfugia à la Rivière-Noire (mai 1799). Ce sera « le 20 floréal au matin » de Marcelle Lagesse, mais il faut encore s’efforcer d’imaginer la mise à l’abri, grâce sans doute aux pirogues des marins pêcheurs accourus, de la jeune marquise aventurée, avant que ne tombent les premiers boulets. Au moment du départ de 1811, tous les hommes de la famille sont décédés, sauf l’amiral de Sercey, l’amiral Magon de Médine à Trafalgar en 1805. Regagner la France dans ces circonstances paraît quand même un peu triste.
Quatre héros de l’aviation de la Grande Guerre
Une fois de plus, en cette année anniversaire, reparaissent quatre héros de l’aviation : Philippe Cadet de Fontenay, Philippe Ducler, Philippe Suzor et Mico Hardy. Fontenay a été l’un des « As » de la Grande Guerre, pilote de chasse, il poursuivit sa carrière de pilote dans la RAF jusqu’en 1926, période terminée comme instructeur. C’est à ce titre qu’il reprend du service avec les FAFL en fin 1940 et assistera le capitaine Pinot, (ancien mécano de Guynemer) à l’entraînement des pilotes de la France Libre, et recevra la DFC en 1942. Les deux autres Philippe, Ducler et Suzor, gagnent l’Angleterre ensemble mais s’engagent séparément. Le premier, désavantagé par son âge (il n’a pourtant que 28 ans !) va servir pendant plus de quatre ans dans le Transport Command, tandis que le second, doué en maths, sera navigateur dans le Bomber Command : après de nombreuses missions, dont le bombardement punitif de Hambourg, son avion est abattu le 3 octobre 1943, près de Kassel. Il put sauter en parachute et resta prisonnier en Allemagne jusqu’en avril 1945.
Destins parallèles des deux Philippe, Ducler regagnant les fonctions de secrétaire et devenant, au fil des années, le pilier de la MSPA tandis que Suzor reprend son poste aux Bois et Forêts, chargé de toute la partie sud : la rue Suzor en face de son bureau à la route du Jardin, garde le souvenir de l’ancien combattant. Mico Hardy m’avait aidé plusieurs fois à décrypter les états de services d’anciens camarades qui prenaient place au DBM. Puis, son tour vint. Dans le civil, il enseignait les mathématiques au Collège du St Esprit – très reconnaissable dans une photo de groupe de 1939. A l’appel de volontaires pour la RAF, il fi t partie du groupe de 38 qui quittèrent Port-Louis sur le Pierre Loti en juillet 1941. Reçu pilote dans le Bomber Command après un entraînement aux Etats-Unis, il partit pour le front dans la North West African Air Forces, commandant un Halifax dont le radio est son compatriote Cyril Blackburn. Il se bat à partir de novembre 1943 et accomplit 40 missions de bombardement dans les Balkans. En juin 1944, il est transféré au QG méditer- ranéen de l’Allied Air Force puis exerça comme instructeur en Palestine jusqu’à la fi n des hostilités. Il sert jusqu’en octobre 1946. Après son mariage, il repart pour Londres comme étudiant et entame une carrière de comptable à Maurice et en Afrique du Sud.
La guerre occupe décidément beaucoup de place dans ce no. 64. Edward Duyker nous donne France Slaweski, Mauricien de naissance, engagé en Australie et qui prit part à la désastreuse campagne de Gallipoli. Pendant la Seconde Guerre, il se trouvait en France où il devint le beau-père de Loys Masson par le mariage de sa fi lle Paula.
Alfred & Suzanne Leclézio et André Decotter
Viennent ensuite deux Leclézio, Alfred et sa nièce Suzanne. Ingénieur, Alfred Leclézio servit ici-même dans la milice et pendant la paix il fi t carrière aux Forges Tardieu. La guerre le rattrapa en la personne de son fi ls Alfred qui, ingénieur aussi, et engagé volontaire dans la RAF, fut victime d’un accident causé par le brouillard. Comme son frère Sir Jules, Alfred Leclézio donnait un fi ls à la cause des Alliés. Leur nièce Suzanne s’était fi xée en France et prit part sans hésiter à la Résistance. Il suffi t de citer l’exposé de ses services, de son dossier de la Légion d’honneur : « Grande résistante, mademoiselle Leclézio a déployé une intense activité pour la libération du territoire. Sa valeureuse attitude lui a valu d’être arrêtée par la Gestapo, incarcérée à Fresne puis déportée à Ravensbru?ck et à Cassel jusqu’en mai 1945. »
Pour conclure la liste des anciens combattants, notre cher et regretté Rivaltz Quenette nous donne Georges André Decotter : cet intellectuel de grand mérite, enrôlé dans le 1er bataillon du Mauritius Regiment, se trouva confronté, avec les autres offi ciers mauriciens, à la mutinerie de Diego Suarez. Bien des années après, il donna son témoignage à l’historien Ashley Jackson : les soldats envoyés à Madagascar pour entraînement avaient été prévenus qu’ils seraient ensuite dirigés contre les Japonais. Or, ils considéraient n’avoir jamais voulu faire autre chose que défendre leurs familles et leur pays. Et on avait mis des Africains à leur place à Maurice ! Tel était le motif profond de leur désobéissance. Rendu à la vie civile, Decotter va consacrer une bonne partie de son temps à l’Ex-servicemen Welfare Fund et à la Royal Pioneer Corps Association. Renouant avec le fonctionnariat, il se joignit à l’administration du Conseil urbain de Beau-Bassin/Rose-Hill, ce qui le conduisit au secrétariat de la ville lors de sa création ; devenu citoyen d’honneur, il se retira du service en 1971. Il devint alors recteur et professeur de français à l’établissement Orian à Rose-Hill. Président de l’Alliance française, il reçut le titre de chevalier de la Légion d’honneur en 1958, celui d’offi cier et OBE en 1986. Ses publications s’étendirent sur de nombreux domaines et complétèrent son activité de chroniqueur assidu du Mauricien et de l’Express.
Joseph Huron, René Lincoln &  Adrien Sauzier
Tiennent compagnie à André Decotter dans les domaines de l’écriture et du journalisme, Joseph Huron, René Lincoln et Adrien Sauzier. Le premier, secrétaire de rédaction au Mauricien et collaborateur de l’Essor et du Radical, entretient une correspondance assidue sur la chasse, la pêche et la nature, notamment avec La Chasse Illustrée et le Chasseur Français, sources de son livre « Chasses et Pêches de l’Ile Maurice » (1920), et surtout de l’impérissable «  Carnet d’un Coureur des Bois » (1927). Joseph Huron reste l’unique chantre de la nature mauricienne, occupant ainsi une place spéciale dans notre littérature.
René Lincoln, ancien du Collège Royal et du collège St John’s de Cambridge, chimiste du département de l’Agriculture à ses débuts, il se chargea également pendant longtemps, des cours de chimie agricole au collège d’Agriculture. Pendant la guerre, il prit charge de la production alimentaire dans les districts de Plaines-Wilhems et Rivière-Noire, puis du contrôle des fertilisants, activité qu’il prolongea après la guerre. Il remplaça Gilbert Bodkin comme directeur du département en 1945 (avec siège de « nominee » au Conseil législatif) puis Norman Craig comme directeur adjoint en 1947. Il avait représenté la colonie au congrès agricole international à Oxford en 1935, et fit de même à Amsterdam en 1950. Très recherché par les sociétés savantes, il occupa de nombreuses présidences dont celle de la Société Royale et de la Société des Chimistes.
Membre de la Société de l’Histoire dès 1938, René Lincoln prit une part active à la rédaction du DBM. Sa passion pour le Turf s’exerça de 1942 à 1946 au poste de commissaire du Jockey Club qu’il présida en 1946 et 1952, et il écrivit l’introduction du livre du centcinquantenaire du MTC en 1962. Passionné d’héraldique, il s’occupa, auprès du College of Arms de Londres, de procurer des armoiries à la Chambre d’Agriculture. Il devint sous l’égide de Gaston Sarré, un généalogiste de talent, participa à plusieurs congrès en Europe, et contribua à l’Intermédiaire des Chercheurs et Curieux.
Adrien Sauzier collabora au Cernéen, sous le pseudonyme transparent de Un Patriote, comme analyste des questions sociales, économiques et politiques, et publia « Notes pour servir à l’Histoire de l’Industrie Sucrière de l’île Maurice de 1929 à 1939 », refl et des années de crise suivant le « crash » de Wall Street. En 1943, il fi t paraître, avec Pierre de Sornay, « La Situation de l’Industrie Sucrière », et en 1944, « Combattre ou Mourir  ». A partir de cette date, il mena avec Sornay et Georges Koenig, un vigoureux combat contre les prix du sucre pratiqués par l’Angleterre, et poussa à l’adoption d’urgence d’une politique « créative, militante et courageuse ». Son ultime point de vue sur notre économie publié en 1949 : « Pour la défense de notre économie ». Son fi ls, Sir Guy Sauzier, prit la relève au poste de représentant de la Chambre et du Syndicat à Londres.
Le légiste M. B. Oh San et alimentation au menu
Le légiste Marie Barthelemy Oh San, est le père de notre vice-présidente et grand-père de notre Master de la Cour suprême. Né à Mahébourg, éduqué au Collège Royal de Curepipe, lauréat en 1930, avocat du Middle Temple en 1935. Dès son retour, membre du Parti travailliste du Dr Curé où il joue un important rôle de secrétaire en rédigeant les statuts du parti et son premier manifeste, en établissant le contact avec Londres, et informant la métropole de la nécessité, reconnue par le Parti travailliste local, de la représentation ouvrière au Conseil, la formation de syndicats et l’amélioration des conditions de travail. En cour, on le voit avec Jules Koenig plaidant la cause de la Société de Bienfaisance locale. Battu aux élections municipales de décembre 1943, il se tourna vers la magistrature en 1945, et présidait la Cour industrielle au moment de son décès en 1952.
L’Histoire se répète en la personne de Philippe de Ravel destiné à jeter les bases de la fabrication moderne de notre pain quotidien — son ancêtre Claude François (1745-1810), autorité dont dépendait la fabrication du pain dans son quartier de Flacq en 1790 dut intervenir pour redresser les manquements des fournisseurs du « pain de munition » à la troupe de Poste de Flacq. Philippe, en qualité de président de la Commission d’enquête chargée d’examiner tous les aspects de la fabrication, la distribution et la vente du pain à Maurice, s’efforça lui aussi de redresser le laisser-aller qui envahissait les boulangeries dans toute l’île — simple parenthèse qui jalonne sa carrière d’avocat et de juge, carrière qui se termine à Durban en 1998.
Ernest Wiehe, apiculteur avant tout, s’intéressa sous l’égide paternelle à fabriquer du miel à Labourdonnais, puis à Ferret où le Rucher du Nord établit ses assises. Par son action et ses écrits, il infl uença la promotion et la consommation du miel à Maurice. Ses collègues de ce milieu très particulier le fi rent président d’honneur de la Société apicole. Planteur de surcroît à Sottise, il devint également membre actif du Breeders’Club et collabora au Breeders’News.
Deux éducateurs et un catéchiste émérites
Marie Mazérieux est l’âme qui animait le « Cours Jeanne d’Arc » : école modèle située à Curepipe-Road, école forcément anglaise mais où « priorité était donnée à la langue française ». Détruite par le cyclone Carol (1960) et rétablie avec l’aide de l’équipage de « la Jeanne » venue à notre secours, Marie poursuivit sa tâche jusqu’à son décès en 1981, âgée de 87 ans. Elle eut parmi ses élèves le jeune Robert d’Unienville, âgé de 5 ans, en qui elle détecta une intelligence hors du commun. Robert entra au Collège Royal et en sortit lauréat (côté moderne) en 1945. Il est alors admis au Magdalen College à Oxford en 1947, d’où il sortira avec un First class Honours en maths en 1950.
Dans cet intervalle, Robert d’Unienville avait découvert le bridge où il excella tant que Allan Truscott, un des meilleurs bridgeurs de son temps, l’invita à entrer comme son partenaire dans l’équipe d’Angleterre au cours de plusieurs tournois internationaux, dont celui de Venise en 1951. Refusant le poste de « Don » à Oxford, il revint enseigner au Collège Royal où il deviendra recteur. Il alla ensuite enseigner au Collège du Saint-Esprit. Par ailleurs, cofondateur de l’alpha Bridge Club, il y enseigna le bridge. Remarquable professeur, apprécié de tous ses élèves, à l’écoute de tous, il en aidera plusieurs en leur donnant gratuitement des leçons particulières. Décédé en 1996. La salle polyvalente du Collège Royal de Curepipe porte son nom et ses anciens élèves ne cessent de parler de lui en des termes qui lui composent une belle aura.
Emilien Pierre a été, au dire du père Joseph Michel, le plus grand, le plus effi cace et sans doute le plus saint de tous les catéchistes mauriciens. Choisi par le père Laval, ce tailleur de profession devait parcourir l’île en accompagnant non seulement le saint missionnaire, mais plusieurs autres, sans compter son propre apostolat qui le conduisait à recruter d’autres catéchistes. Sa réputation était si grande que les missionnaires recherchèrent son appui. Il devint de la sorte le premier catéchiste de la mission indienne. Il devait mourir deux ans après le père Laval. Son histoire est une vraie saga chrétienne.
Une étoile du travail et de la religion
L’on trouve une autre étoile du travail et de la religion en la personne de Veerapin Paratian. Fils unique de l’immigrant Paratian et de Nagamah il reçut le nom de Veerapin et resta ici lorsque son père décida de regagner l’Inde en 1887. Il n’avait que sept ans. Essentiellement Curepipien, il grandit chez sa tante à Camp Caval à Curepipe, en plein essor avec l’arrivée des « impaludés », et qui, prenant graduellement cet aspect de grands terrains limités par des haies de bambous, permettra à Clément Charoux de l’appeler « Bambouville ». Dans ce contexte, le jeune Veerapin apprit « sur le tas » le métier de paysagiste avec la spécialité du gazon, des allées asphaltées et des courts de tennis. Il devint expert en ce domaine et se créa une clientèle non seulement chez les particuliers, mais également autour des bâtiments offi ciels : hôtel de ville et Collège Royal sans doute. Le « job contractor » ne tarda pas à devenir propriétaire foncier, achetant des terrains à Curepipe, mais également à Chebel, Petite-Rivière et Gros Cailloux.
Le train de vie du « job contractor » augmenta au milieu d’une famille de 14 enfants nés de ses épouses successives, Lutchimee et Cathaye Coolen, basés dans une grande maison construite à Camp Caval. Il roulait en auto comme les membres de l’oligarchie, ses clients. De surcroît, il devint planteur comme eux. Parallèlement, il pourvut aux besoins religieux de sa communauté : sur son terrain de Camp Cavalil bâtit, en 1930, le Kovil Kaliammen où vint offi cier le pandit Atmaram Vishwanath lors des fêtes et des mariages. Il avait commencé dès 1928 comme cofondateur du Shanda Counananda Shabay tamoul de Vacoas, et poursuivit son action en 1931, associé à l’offi cier de police Ram Singh pour la construction d’un second temple à Camp Caval. En 1934 et 1936, il étendit ses plantations sucrières notamment à La Confi ance et Chebel. Et lorsqu’il mourut en janvier 1937, on l’inhuma au cimetière de Bigara, au milieu des dernières demeures de ses clients et amis qui le tutoyaient.
Ainsi se termine ce 64e fascicule du DBM que la SHIM veut remettre sur la cimaise pour une édition nouvelle, illustrée, et à jour grâce aux 13 addenda et mutanda qui le jalonnent.