Curtis Appavou, aveugle, et Karen, malvoyante, se sont dit « oui » devant Dieu à l’église au mois d’août de l’année 2008 et leurs cinq premières années de mariage se sont déroulées sans rien de très particulier. Puis la bonne nouvelle est tombée l’an dernier : Karen est enceinte. Leur premier enfant, une adorable petite fille, est venue au monde il y a cinq mois. C’est avec une joie évidente que les deux époux, serrant avec tendresse dans leurs bras la petite Loren, se préparent à vivre cette année le plus beau Noël de leur vie commune.
Le jeune couple évolue dans un environnement familial caractérisé par une solidarité remarquable entre ses membres. Et l’arrivée de Loren le 4 juillet dernier a provoqué une explosion de joie et suscité un engouement pour encadrer davantage ces nouveaux parents dans leurs nouvelles responsabilités. « Depuis longtemps Karen attendait ce moment de devenir maman et la nouvelle de sa grossesse a été une immense joie pour tout le monde. Ils se sont bien préparés pour l’arrivée de cette enfant. Nous sommes à leur côtés mais nous les laissons mener une vie normale. Karen ne transige pas sur cette question d’autonomie », dit Georges Bellombre, le grand-père maternel, qui est cadre à la Private Secondary School Authority. C’est ainsi que ce soutien familial n’est pas envahissant et il n’y pas d’ingérence non plus dans la vie du jeune couple. « Nous sommes autonomes à tous les niveaux », insiste avec un brin de fierté la jeune maman. Malgré ce handicap au niveau visuel, elle s’occupe seule et avec habilité de Loren — lui donner le bain, la changer et la mettre au berceau… C’est seulement pour la préparation du biberon qu’il y a toujours une personne à côté d’elle pour la guider concernant les mesures appropriées.
A la veille de la célébration de Noël, une grande excitation règne dans leur maison située à Camp-Levieux, Rose-Hill. Gazouillant dans le bras de sa maman, la petite Loren entend ses parents exprimer la joie particulière qui les étreint. Son nom revient sans cesse dans la bouche de sa maman. « Ayo, Pa kapav dekrir sa lazwa ki ena dan nou leker-la … » dit avec émotion la maman au Mauricien. Durant ces cinq dernières années, en deux occasions elle a eu la douleur de perdre l’enfant qu’elle portait. « Cela a été des épreuves très duress pour notre couple et ces mauvais souvenirs sont du passé. Loren est là et c’est ce qui compte le plus pour nous aujourd’hui. Sa naissance est la plus belle chose qui nous soit arrivée à Curtis et à moi. C’est vraiment extraordinaire pour nous de la célébrer avec notre enfant enfin dans nos bras après cinq années d’attente. Nous sommes heureux d’avoir partagé durant les années passées cette joie et cette espérance de Noël avec les autres enfants », témoigne avec une voix pleine de confiance Karen. C’est pour dire à quel point ils sont en train de vivre intensément ce pur moment de bonheur…
L’autre bonne nouvelle : contrairement à ses parents qui sont confrontés à des problèmes de la vue, la petite Loren voit normalement avec ses grands yeux clairs. Pour le jeune couple, la satisfaction est à son comble. « Notre petite Loren est une belle fleur dorée qui vient cimenter notre amour. Pour nous, ce Noël, c’est celui de l’espoir et du partage. Nous avons une pensée spéciale pour toutes les personnes qui, ce jour-là, seront dans la solitude. »
« Le plus beau cadeau… »
La Noël pour les enfants se résume aux cadeaux mais Loren étant encore un nourrisson, Karen et Curtis ne feront pas de folies. « Elle n’a que cinq mois et il ne faut pas exagérer », disent-ils sur un ton responsable. « Nous allons déposer dans ses petites mains quelque chose de très simple, une manière de la faire participer avec nous à cette joie de Noël. Mais le plus beau cadeau que nous allons lui offrir c’est notre amour et beaucoup de tendresse », dit la jeune maman. Et ce petit cadeau tout simple et symbolique sera placé au pied de l’arbre de Noël et ils vont y porter la petite Loren pour le lui faire découvrir au son de minuit…
Ayant vécu tous deux dans une famille profondément chrétienne, Curtis et Karen accordent beaucoup d’importance eux aussi à la nativité du Christ. Comme de nombreux chrétiens du monde entier, le couple ira assister à la messe le 25 décembre. « Nous emmènerons Loren avec nous pour la messe de 9 h à l’église Ste Odile qui est dans notre paroisse. Après, ce sera la fête en famille avec le traditionnel déjeuner de Noël et le partage des cadeaux. Grâce à Loren ce moment familial va être différent et je suis quelque peu excitée », confie la jeune maman
La merveilleuse histoire d’amour qui réunit un aveugle et une malvoyante a l’air d’être un beau conte de Noël. Elle a débuté lors d’une rencontre inopinée un beau matin de l’année 2005 au centre Lizie Dan Lamin à Curepipe. Ce jour-là, tout de suite, ils ont senti qu’il y avait quelque chose de particulier qui les rapprochait irrésistiblement l’un vers l’autre… Petit à petit, l’amour a fait son chemin dans leur coeur d’une manière réciproque. Puis ils se sont unis par le lien sacré du mariage avant de devenir, après cinq années d’attente, le père et la mère de la petite Loren.
Fils d’un receveur d’autobus, Curtis a fait ses classes primaires à l’école de Stanley avant d’intégrer, à douze ans, le centre Lizie dan Lamin où il recevra une formation professionnelle axée sur la menuiserie et les travaux d’artisanat. Le jeune père de famille gagne sa vie en tant que vannier dans ce centre spécialisé pour aveugles. Misant sur sa carrure athlétique et parallèlement à sa formation professionnelle, Curtis se lance avec succès dans le domaine du handisport au sein de l’équipe sportive de Lizie Dan Lamin, ses épreuves de prédilection étant les courses de vitesse et les lancers. Pendant une dizaine d’années il a participé régulièrement à des compétitions à Maurice, mais aussi à La Réunion et à Madagascar. Durant cette carrière sportive il a obtenu une belle moisson de médailles d’or, d’argent et de bronze.
Pour sa part, Karen était plutôt portée pour les études académiques malgré son handicap visuel. Après l’obtention de son CPE elle poursuit sa scolarité secondaire jusqu’au SC en fréquentant d’abord le BPS College et ensuite le St Andrew’s College. Après le collège ses problèmes de vue commencent à s’aggraver sérieusement. Après une opération en Inde, elle réorganise, avec courage et avec le soutien de ses parents, sa vie. A vingt ans elle intègre le centre Lizie Dan Lamin pour y étudier le braille en vue de l’obtention d’un certificat et elle atteindra son objectif. La formation de puéricultrice l’intéresse par la suite et elle s’y mettra avec conviction et réussit. Ses aptitudes sont un atout pour Lizie Dan Lamin où elle est employée depuis quelques années en tant qu’enseignante de braille.
Quand un champion de handisport rencontre une enseignante de braille, cela donne lieu à un beau conte de Noël…