À J-10 pour le scrutin et avec le Nomination Day déjà loin derrière, un premier bilan est possible. D’abord, les 739 candidats enregistrés pour le dépôt de candidatures de lundi dernier et même avec les 13 retraits, les élections générales du 10 décembre confirment un intérêt et constituent même un record. Et de loin, car la participation pour les trois dernières éditions s’établit comme suit : 535 candidats en septembre 2000, 634 en juillet 2005 et 529 en mai 2010. Il faut s’attendre à une moyenne de dix candidats par siège à pourvoir.
Pour la première fois dans les annales des législatives, le nombre de candidats dans une circonscription dépasse la barre de 40. C’est le cas avec les 69 candidats à Pamplemousses/Triolet (N°5) ou encore les 53 à Port-Louis Sud et Port-Louis Central (N°2) et les 42 à Flacq/Bon-Accueil. Face à une telle situation, la Commission électorale doit résoudre un véritable casse-tête, notamment la longueur du bulletin de vote avec les noms de tous ces candidats dans une seule et même colonne.
En fin de semaine, après consultations avec l’Electoral Supervisory Commission, des amendements ont été apportés aux regulations régissant les élections autorisant le commissaire électoral a scindé des bulletins de vote en deux parties en vue de les raccourcir, comme c’est le cas pour les élections municipales et villageoises. Tel devrait être le cas pour la première fois aux législatives dans les N°2, N°5 et N°9.
Une autre première avec le Nomination Day 2014 est la possibilité de la candidature citoyenne suite au combat multifront de Rezistans ek Alternativ. C’est sans surprise qu’au moins un candidat sur trois a choisi d’affirmer son mauricianisme sur le Nomination Form au lieu de privilégier sa communauté. Le leader du MSM, Pravind Jugnauth, candidat à Quartier-Militaire/Moka (N°8), s’est joint à ce mouvement. Michael Sik Yuen a préféré retourner à ses anciennes amours en se présentant comme un membre de la communauté sino-mauricienne au lieu de celle de la population générale du temps où il était un die-hard du PMSD.
Sur le plan de la représentation féminine, il y a du chemin à parcourir et des préjudices à éliminer pour que la fierté soit de mise. Pour le scrutin du 10 décembre, l’on recense une candidate sur six, soit 17,32%, alors que le minimum de la Southern Afican Development Community est de 30%. L’éventualité de la réforme électorale pourrait pallier cette grave lacune genderwise lors des législatives subséquentes
Port- Louis : 143 candidats pour les 12 sièges disponibles
Le phénomène dans les quatre circonscriptions de la capitale se situe à Port-Louis Sud/Port-Louis Central (N°2). Avec 53 candidats encore en lice, cette dernière circonscription enregistre le double comparativement aux deux précédentes éditions. Elle comporte le plus grand nombre de femmes par circonscription, soit 14. Elle se singularise également par la présence de l’ancien ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree, aujourd’hui leader du Muvman Travayis Militan (MTM), avec pour colistiers Siddick Chady et Hossen Atchia, un déçu de l’Alliance Lepep. À noter la candidature en indépendant de l’ancien ministre travailliste Sylvio Tang, poussant le Premier ministre, Navin Ramgoolam à lui demander de se désister.
Alors que les observateurs politiques l’attendaient à Mahébourg/Plaine-Magnien (N°12), Vasant Bunwaree affirme vouloir provoquer un déclin sur le plan communal avec cette candidature. Suite au départ à la retraite de Rashid Beebeejaun, le rôle de chef de file de l’Alliance PTr-MMM incombe à Reza Uteem, député sortant, pour emmener ses deux colistiers Razack Peeroo et Osman Mohamed en vue de contrer les velléités de l’Alliance Lepep représentée par Roubina Jaddoo, Anwar Abbasakoor et Mahmad Khodabaccus.
Des trois autres circonscriptions, où le nombre de candidats est dans la trentaine, Port-Louis Maritime/Port-Louis Est (N°3), avec les candidatures de Shakeel Mohamed, Adil Ameer Meea pour le PTr-MMM, Raouf Gulbul pour l’Alliance Lepep et de Cehl Meeah pour le FSM, devrait focaliser l’attention dans ces élections. La joute s’annonce chaude dans cette région.
Au Nord et au Sud de la capitale, la bataille se joue sur le terrain de la proximité avec l’électorat. Au N°1 avec 31 candidats, dont douze candidates, le trio Barbier-Baloomoody-Martin de l’Alliance PTr-MMM doit conjuguer avec Danielle Selvon du MSM, Alain Wong du PMSD sans oublier Eliezer François de MAM et Lindsey Collen de Lalit
À Port-Louis Nord/Montagne-Longue (N°4), avec 26 candidats, les deux principaux partis alignent quatre candidates sur un potentiel de six, en l’occurrence Arianne Navarre-Marie et Kalyanee Juggoo pour le PTr-MMM, et Aurore Perraud et Marie-Claire Monty pour l’Alliance Lepep. Sur les quatre députés qui avaient représenté le N°4 dans la dernière Assemblée nationale, trois étaient des femmes, Mireille Martin, Kalyanee Juggoo et Aurore Perraud
Nord : bataille de chefs sur fond de 127 candidats
Les trois circonscriptions du Nord se distinguent de par le calibre des personnalités politiques, avec pour conséquence une véritable bataille de chefs à distance. 127 candidats contesteront les neuf sièges à pourvoir. Le N°5 (Pamplemousses/Triolet) avec Navin Ramgoolam et le N°7 (Piton/Rivière-du-Rempart (N°7) avec sir Anerood Jugnauth se disputent l’attention pour le scrutin. À Pamplemousses/Triolet, le Premier ministre sortant vise la passe de six élections consécutives dans son fief. La multiplication de candidats par deux pour atteindre 69 et les deux autres Ramgoolam candidats intriguent plus d’un, alors que le nombre de candidates est de huit. Outre un nombre impressionnant de candidats indépendants, 13 partis politiques alignent des candidats pour ces élections.
Le cas de Dev Hurnam, qui avait été élu à l’Assemblée nationale sous la bannière du MMM aux élections de septembre 2000, mérite que l’y attarde. Depuis cette dernière députation, beaucoup d’eau a coulé sous le pont de cet homme politique. Il avait fait acte de candidature par proxy lundi. Mais dès le lendemain, il s’est empressé à soumettre une demande de désistement auprès de la Commission électorale. Bizarre, estiment les observateurs politiques.
À Piton/Rivière-du-Rempart (N°7), où les noms de 25 candidats figureront sur les bulletins de vote, le doyen des candidats et leader de l’Alliance de Lepep, sir Anerood Jugnauth, prêche le deuxième miracle économique, avec à ses côtés Vishnu Lutchmeenaraidoo dans sa tentative de reconquête de la circonscription.
L’Alliance PTr-MMM mise sur le renouvellement en proposant Mahen Gungaparsad, ancien recteur de collège d’État, et Raj Pentiah, ancien Senior Magistrate, aux côtés de Prakash Meenoowa pour une réédition de décembre 1995. Le Campaign Manager n’est autre qu’un ancien colistier et ancien ministre de sir Anerood Jugnauth d’avant 1995, Mahen Utchanah.
Coincée entres ces deux circonscriptions phare, Grand-Baie/Poudre d’Or (N°6) fait pâle figure. Mais la bagarre sur le terrain est assez épique, où le ministre de la Santé et député sortant de la circonscription, Lormus Bundhoo, aura pour colistiers Satish Faugoo et Vinay Sobrun qui tenteront d’atténuer au maximum l’effet de l’adversaire Ashit Gungah de l’Alliance Lepep. Un ancien ministre MMM, Sangeet Fowdar, revonverti au Muvman Liberater, et Soodesh Rughoobur, tenteront leurs chances dans les rangs de l’Alliance Lepep.
Hautes Plaines-Wilhems avec le plus petit nombre (87)
Curepipe/Midlands (N°17) sort du lot des trois circonscriptions des hautes Plaines-Wilhems avec 36 candidatures, dont huit femmes. Le benjamin de la bande, Akeelesh Paresaramdoo, agent de sécurité de son état, est âgé de 21 ans. Il est l’un des trois seuls candidats, avec Michel Chiffone de Rezistans ek Alternativ et Vijaya Camiah de MAM, à ne pas avoir fait de déclaration d’appartenance communale sur le Nomination Form. De son côté, Michael Sik Yuen de l’Alliance PTr-MMM s’est rappelé qu’il appartient à la communauté sino-mauricienne, alors que sous la bannière du PMSD en 2010 il s’était présenté comme membre de la population générale pour rafler le siège de Best Loser.
Les autres principaux noms figurant sur le bulletin de vote du N°17 sont Satish Boolell et Steve Obeegadoo pour l’Alliance PTr-MMM, Adrien Duval, Malini Seewocksing et Christophe Toussaint pour l’Alliance Lepep, Éric Guimbeau du MMSD, Rajni Lallah de Lalit.
Au N°15 (La-Caverne/Phoenix), deux candidates, Jozique Radegonde-Haines de l’Alliance PTr-MMM et Nirvana Nath-Varma de Rezistans ek Alternativ, sont parmi les 27 candidats pour le scrutin du 10 décembre.
Vacoas/Floréal (N°16) aura le plus petit nombre de candidats (24) à l’exception de Rodrigues. Parmi, cinq candidates, Sheila Bappoo, Lysie Ribot pour l’Alliance PTr-MMM, Marie Coonjoobeeharry et Corrinne Marrison pour les Verts-Fraternels, et Martine Mavisa pour Lalit.
Basses Plaines-Wilhems, ou le quasi équilibre du N°20
113 candidats contesteront les élections pour les 12 sièges dans les trois circonscriptions des régions basses des Plaines-Wilhems (N°18, N°19 et N°20). Un détail qui frappe est ce quasi équilibre noté dans la circonscription de Beau-Bassin/Petite-Rivière (N°20), où Rajesh Bhagwan a été élu successivement depuis 1983.
Sur les 39 candidats, treize sont des femmes, soit la barre des 30% de la représentation féminine, et un candidat sur deux n’a pas fait de déclaration communale sur le Nomination Form. Le doyen des candidats au N°20 est Mohammad Farouk Korimbocus, 75 ans, suivi de Jack Bizlall (68 ans).
Au N°19 (Rose-Hill/Stanley) avec le leader du MMM, Paul Bérenger, député de la circonscription depuis les élections de 1991, 28 ont fait acte de candidature. L’absence de Rama Valayden au Nomination Centre lundi dernier constitue un indicateur de la température politique dans ce bastion des mauves, où le leader du Muvman Liberater, Ivan Collendavelloo, s’évertue à se présenter en challenger.
À Belle-Rose/Quatre-Bornes (N°18), une trentaine de candidats indépendants, soit le double des candidats alignés par les partis, sont inscrits au même titre que le leader du PMSD, Xavier-Luc Duval, Roshi Bhadain et Coomaren Chetty pour l’Alliance Lepep, ou encore Kavi Ramano, Nita Deerpalsing et Patrick Assirvaden pour l’Alliance PTr-MMM. Parmi ces 46 candidats se trouvent sept femmes, alors que 13 candidats n’ont pas décliné leur appartenance respective.
Est : 109 candidats pour un duel familial au sommet
Flacq/Bon-Accueil (N°9) fait partie des circonscriptions casse-tête pour la Commission électorale vu le nombre de candidats, soit 42, dont une vingtaine d’indépendants, après les trois désistements de cette semaine. Anil Bachoo, vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, évolue sur son turf électoral, avec Dhiraj Khamajeet et Viranand Ramchurn complétant le trio.
En face de lui, l’ancien commissaire de police Raj Dayal, qui compte capitaliser sur un malaise latent au sein du Grass Root de la force policière, pour tenter de faire la différence. Le rappel des frasques de Raj Dayal en tant que commandant de la Special Mobile Force (SMF) et commissaire de police, notamment l’affaire de « kokin kas bondie dan Grand-Bassin », y est pour quelque chose dans la campagne.
Toutefois, dans cette partie de l’île, le duel familial au sommet entre Ashok Jugnauth pour l’Alliance PTr-MMM et Pravind Jugnauth, leader du MSM, passionne toujours. La lutte électorale se résumera-t-elle à un « baté randé » ? Pour le 10 décembre, Ashok Jugnauth peut compter sur la Bank Vote du PTr et du MMM. Pour les deux précédentes élections du leader du MSM au N°8, Pravind Jugnauth avait surfé sur le poids électoral des travaillistes pour devancer son oncle, qui avait le soutien du MMM.
Conscient de l’enjeu et des conditions sur le terrain, Pravind Jugnauth se déplace hors des limites de Quartier-Militaire/Moka que dans des conditions exceptionnelles, préférant se concentrer sur les contacts avec l’électorat du N°8.
Plus à l’Est, notamment à Montagne-Blanche/Grande-Rivière-Sud-Est (N°10), comparativement aux élections de 2000, le nombre de candidats enregistrés est en baisse. Lundi, 34 avaient fait acte de candidature pour les trois sièges à pourvoir contre 47 il y a 14 ans. En dépit de toutes les rumeurs de rebondissements, aucun des trois ministres sortants Rajesh Jeetah, Cader Sayed-Hossen et Jim Seetaram n’a bénéficié de l’investiture de l’Alliance PTr-MMM. Le choix de mener le combat sur le terrain revient au MMM Ajay Gunness, avec à ses côtés Indira Seeburn, repêchée à la dernière heure, et le dernier venu des rouges, Washil Maghoo. L’équipe de l’Alliance Lepep, menée par Sudhir Seesungkur et comprenant Sunil Bholah et Kalyan Tarolah, joue la carte de la proximité pour tenter de renverser la vapeur.
Sur les deux candidates femmes au N°10, l’une ne passe nullement inaperçue. Radhika Jagatsingh, fille du légendaire secrétaire général du Parti Travailliste sir Kher Jagatsingh, défendra les couleurs du MMSD, avec pour objectif de reprendre le flambeau politique de son illustre père.
SUD : 140 candidats pour les 12 sièges à pourvoir
Les quatre circonscriptions du Sud se retrouvent avec le deuxième plus grand nombre de candidats suite à un désistement à Rivière-des-Anguilles/Souillac (N°13). De pair avec Savanne/Rivière-Noire, le N°13 verra 37 candidats contester les trois sièges. La présence de Rama Sithanen, Shadow Finance Minister de l’Alliance PTr-MMM, vient rehausser l’intérêt de la campagne. Un débat idéologique sur l’économie initié à distance par la candidature d’Ashok Subron de Rezistans ek Alternativ agite des poches de pauvreté de la circonscription.
Au lendemain du Nomination Day, le leader de l’Alliance PTr-MMM, Navin Ramgoolam, a lancé une opération de blitz contre les candidats de l’Alliance Lepep à Rivière-des-Anguilles/Souillac (N°13), Bashir Jehangeer, Manesh Gobin et Menon Murday.
Plus au Nord-Est, soit à Rose-Belle/Vieux Grand-Port (N°11), où 32 candidats sont engagés dans la course, l’ancien colistier d’Arvin Boolell Mahen Seeruttun tente un coup de poker électoral. Chacune des deux alliances présente une candidate, Sundee Beedassy pour l’Alliance PTr-MMM et Sandya Boygah pour l’Alliance Lepep.
À Mahébourg/Plaine-Lagnien (N°12), la migration du père de la circonscription, Vasant Bunwaree, pour le N°2 à Port-Louis a atténué les ardeurs sur le terrain, où 34 candidats sont en lice.
À l’Ouest, soit à Savanne/Rivière-Noire (N°14), la plus importante circonscription, que ce soit en termes d’électeurs que de superficie, seules deux candidates sur 37 brigueront le suffrage. L’une des deux, Maya Hanoomanjee, de l’Alliance Lepep, est engagée dans une lutte épique avec Alan Ganoo, de l’Alliance PTr-MMM. L’autre candidate, Marie Malisson, est alignée par les Verts Fraternels de Sylvio Michel.