À Jour J-15 du scrutin pour les prochaines élections générales, la principale leçon du Nomination Day, qui s’est déroulé dans les 21 circonscriptions à Maurice et à Rodrigues, est cet intérêt. On note un nombre record de candidats inscrits, en l’occurrence 739, loin au-dessus du scrutin du 5 mai 2005 avec 676 le jour du dépôt de candidatures. Un signe que la révision à la hausse du montant de la caution de Rs 250 à Rs 1 500 n’a pas eu les effets dissuasifs escomptés. La circonscription de Pamplemousses/Triolet (N° 5), avec le Premier ministre et leader de l’Alliance PTr/MMM, Navin Ramgoolam, en tant que candidat, constitue un véritable cauchemar pour la Commission électorale. Il faudra prévoir un bulletin de vote d’une longueur exceptionnelle d’un mètre cinquante pour énumérer les noms des 71 candidats enregistrés à moins que durant les trois jours à venir, il y ait un nombre conséquent de désistements de candidats dans cette circonscription phare.
Toutefois, le caractère exceptionnel du Nomination Day pour le scrutin du 10 décembre concerne le choix constitutionnel offert aux candidats de choisir entre la déclaration ethnique pour se qualifier pour un éventuel siège de Best Loser et une candidature citoyenne. À ce titre, Rezistans ek Alternativ, qui a mené un combat de premier plan au cours de ces neuf dernières années pour éliminer le communalisme du système électoral, tire une énorme satisfaction à la clôture du dépôt de candidatures.
Nullement une mince affaire quand le constat démontre qu’au moins un candidat sur trois n’a pas déclaré son appartenance ethnique sur le Nomination Form, soit 217 sur les 739. Pour les 20 candidats de Rezistans ek Alternativ, la question ne se posait même pas au vu du combat mené. Mais il y a eu le cas des trois candidats de l’Alliance Lepep à Quartier-Militaire/Moka (N° 8), en l’occurrence le leader du MSM, Pravind Jugnauth, Leela Devi Dookun-Luchoomun et Yogesh Sawmynaden, qui n’ont pas déclaré leurs communautés.
L’exemple est encore venu de la circonscription de Beau-Bassin/Petite-Rivière (N° 20) où quasiment la moitié des candidats, nettement au-dessus de la moyenne nationale de 30 %, n’ont pas déclaré leur appartenance ethnique. La situation est sensiblement la même à Pamplemousses/Triolet (N° 5) avec 31 candidats sur les 71 inscrits emboîtant le pas aux militants de Rezistans ek Alternativ. Alors que dans les 20 circonscriptions, il y a eu des candidatures citoyennes, dont le plus petit nombre, trois, a été constaté à Curepipe/Midlands (N° 17), Rodrigues se démarque car les huit candidats ont décliné leur appartenance communale.
« Rezistans ek Alternativ doit être fier aujourd’hui d’avoir pu contribuer à créer un espace électoral non-communal dans l’avènement d’un pays non-communal. Avant-tout, le Nomination Day d’hier est historique dans l’Histoire de l’île Maurice post-indépendante. À cela, il faut ajouter 30 % de candidatures citoyennes. C’est un progrès immense, pour ne pas dire un pas de géant. Mais, il reste encore quinze jours pour que les citoyens mauriciens apportent leur contribution à ce combat. Le Nomination Day est la genèse d’une île Maurice nouvelle qui commence à émerger. Ce sont des forces alternatives, des idées alternatives et des initiatives alternatives qui pourront apporter la transformation de la société et non les partis politiques traditionnels », souligne Ashok Subron, cachant difficilement une satisfaction toute légitime.
Par contre, au tableau de la représentation féminine sur les Ballot Papers des 21 circonscriptions, le déficit à combler est encore énorme. Avec 17,32 % de candidates, soit 128 femmes contre 611 hommes, l’île Maurice est encore loin du compte à ce chapitre. La seule maigre consolation, si cela en pouvait être une, est venue de Beau-Bassin/Petite-Rivière (N° 20), l’une des rares circonscriptions à avoir atteint la barre des 30 % pour les candidates. Sur 39 candidats pour les trois sièges à pourvoir dans les régions basses des Plaines-Wilhems, treize sont des femmes.
Trois autres circonscriptions, soit Port-Louis Sud/Port-Louis central (N° 2) avec 15 candidates, Grande-Rivière-Nord-Ouest/Port-Louis Ouest (N° 1) avec 12 et Port-Louis Nord/Montagne-Longue (N° 4) avec 10 tirent leurs épingles du jeu en terme nominal. À l’autre bout du tableau se trouvent six circonscriptions avec seulement deux candidates chacune.
Le phénomène du nombre élevé de candidats avec 739 à la fin du Nomination Day contre 545 pour le scrutin du 5 mai 2010, 676 pour les élections générales de juillet 2005 et 568 pour celles de septembre 2000 est diversement commenté et l’une des raisons évoquée est que cette situation découle de la décision de la Commission électorale d’interdire la présence de Yard Agents. « Dans certains cas, ces candidats indépendants ou autres assumeront le rôle de ces agents pour les grands partis ou encore un moyen pour monnayer les désistements à venir », fait-on comprendre même si le double de candidats de la moyenne de ces trois dernières élections à Pamplemousses/Triolet (N° 5) continue à intriguer…