Le 15 octobre dernier, le monde observait la Journée mondiale de la Canne blanche, symbole de mobilité pour les non-voyants et malvoyants. Dans ce sillage, nous avons recueilli quelques témoignages pour mieux cerner les difficultés quotidiennes des personnes concernées à Maurice. Un changement de perception est vivement réclamé par nos interlocuteurs afin qu’ils puissent jouir des mêmes droits que les autres (voir hors-texte). Nous avons par ailleurs rencontré les présidents des deux principales organisations militant en faveur du bien-être des malvoyants dans le pays, en l’occurrence le centre Lizie dan la main, à Curepipe, et le centre Loïs Lagesse, à Beau-Bassin. Bien qu’il n’y ait pas de chiffres officiels, ces derniers estiment à environ 10 000 les personnes touchées à Maurice. Toutefois, des problèmes de transport empêchent parfois ceux habitant dans des régions reculées de fréquenter ces centres, d’où une démarche affichée de décentraliser de plus en plus. On relève aussi un nombre croissant de personnes devenant aveugles plus tard dans la vie, du fait notamment du diabète.
Fondé par Loïs Lagesse en 1946, le centre Loïs Lagesse opère sous l’égide du ministère de la Sécurité sociale. Située à Beau-Bassin et comptant une branche à Goodlands, l’organisation entend se décentraliser de plus en plus à l’avenir. En effet, faute de pouvoir récupérer les enfants, habitant par exemple à Mahébourg ou Tamarin, ceux-ci ne peuvent fréquenter l’organisation s’ils n’ont pas leurs propres moyens de transport, ce qui constitue alors un véritable casse-tête pour certains parents. Quant aux adultes, ils viennent soit à pied, soit en bus.
Denis Grandport, le Chairman, reconnaît qu’il y a là un problème : « Nous avons seulement trois vans  pour les enfants du préprimaire et du primaire. Nous ne pouvons desservir toute l’île. Nous essayons de regrouper les enfants d’une même région à travers nos véhicules. Et même si nous pouvions récupérer un enfant de Tamarin, il serait épuisé par ce long trajet. Mais nous avons un centre à Goodlands. Je suis en négociations pour ouvrir d’autres centres, un à Rose-Belle et un à Floréal. » Mais pourquoi Floréal, puisque le centre Lizie dan la main, à Curepipe, dessert déjà la région ? « Parce que nous avons reçu une offre d’une personne qui souhaiterait nous offrir sa maison pour y accueillir un nouveau centre. La décentralisation figure dans notre schéma pour le futur. Si nous pouvions avoir une école à Rivière-Noire et à Triolet, par exemple, cela allégerait aussi le problème. »
S’il n’existe pas de statistiques officielles, le centre Loïs Lagesse estime à environ 7 000 le nombre de malvoyants et non-voyants actifs au sein des Ong, sans compter des nouveaux cas d’adultes devenus aveugles, des suites de complications liées au diabète notamment. Le président de Lizie dan la main, Reynolds Permal, donne des chiffres comparables, estimant à quelque 10 000 les personnes touchées à Maurice. Denis Grandport tire la sonnette d’alarme quant aux cas tardifs de cécité : « Personne n’est à l’abri. Il y a quatre “late blinds” qu’on a accueillis au centre, âgés de 45, 48, 55 et 61 ans. Ce sont quatre ex-professionnels qui étaient pédagogues et restaurateur. Il nous faut de fait conscientiser la population concernant le diabète », alerte-t-il.
Le Centre Loïs Lagesse compte une école préprimaire et une école primaire. La semaine dernière, trois élèves du centre ont pris part aux examens du CPE. Après ces examens, ils sont canalisés vers un collège. « Ceux ne poursuivant pas leurs études au collège sont initiés à la vannerie et à la musique. Plus tard, nous leur offrirons possiblement des cours de massage pour qu’ils puissent offrir leur service au public. » Le principe du centre, selon son président, « est de rendre autonomes ses membres à travers l’éducation et la formation, ce qui fait d’eux des personnes aptes » à travailler. « D’autre part, leur permettre l’autonomie mobile en leur montrant comment se déplacer. Récemment, nous avons reçu la visite d’un médecin indien qui les a formés à l’orientation et à la mobilité, comment se déplacer sur la route. Par exemple, s’il y a un obstacle ou une rampe, comment s’y prendre. » Denis Grandport rappelle, par ailleurs, que l’organisation compte un « très bon orchestre ». Il en profite pour « demander au public de faire appel à cette équipe pour leurs activités de divertissements ».