JEAN-LUC MOOTOOSAMY JOURNALISTE

Du pain béni, un alignement d’étoiles, une occasion pour marquer les esprits à Maurice et à l’étranger, pour imposer la peur, pour exister. Les ingrédients qu’attendait ce groupe d’individus sont arrivés sur un plateau : l’annonce de la marche des Lesbiennes, Gay, Bisexuels et Transgenre (LGBT) – dont l’acceptation ne va pas de soi dans notre société dite « arc-en-ciel », une provocation idiote sur les réseaux sociaux, une classe politique sous anesthésie en période pré-électorale et enfin l’amalgame facile avec le Ramadan, temps où toute l’île Maurice, bienveillante, accompagne respectueusement ses filles et fils musulmans. Oui tout était là pour que, samedi dernier, ce groupe bien organisé trouve l’opportunité de passer à l’action.

La manifestation non-autorisée sur la Place d’Armes n’avait absolument rien de religieux. La religion est une stratégie pour dévier l’attention, brouiller les cartes. Non, c’était un geste politique, au cœur même de notre démocratie. C’était une claque non seulement à la Public Gathering Act mais à l’Hôtel du Gouvernement, sous le regard de tous ceux qui ont fait notre Histoire : Mahé de Labourdonnais, la Reine Victoria, sir John Pope Hennessy. C’était une gifle sonore à notre Constitution, un message clair à l’Etat, à quelques mètres seulement du Bâtiment du Trésor, de votre bureau, Monsieur le Premier ministre. Ce groupe vous disait, que vous et votre gouvernement ne lui faites pas peur, ainsi que les forces de l’ordre. Ces individus ont même osé une pancarte appelant à « met prop » ! L’inimaginable a pu se faire, sous nos yeux et les vôtres.

Je m’attendais, Monsieur le Premier ministre, à ce que vous ne perdiez pas une seconde, que vous preniez la parole samedi soir pour dire avec fermeté que le respect de notre Constitution, de l’Etat de Droit n’était pas négociable. Je m’attendais à ce que les membres de l’opposition parlementaire et extra-parlementaire fassent de même immédiatement. J’imaginais même la convocation de l’Assemblée nationale en séance extraordinaire – car, oui, l’heure est grave – pour souligner les fondamentaux de notre vivre-ensemble. J’imaginais cette prise de parole sans délais pour rassurer la population – Mauriciens et visiteurs, les chancelleries, tous ceux qui voient notre pays comme un modèle de coexistence pacifique – et mettre en garde ceux qui parrainent ce mouvement qui s’est vu pousser des ailes. Qu’avons-nous constaté à la place ? Une incapacité à prendre la mesure de ce qui se jouait. Une sorte de démission collective.

Je me permets de vous interpeller, Monsieur le Premier ministre et vous mesdames et messieurs les députés, parce que mes yeux ont vu le résultat de la banalisation d’actes semblables dans des zones de conflits. Mes oreilles ont entendu les cris de populations qui auraient tant voulu voir stopper ce type de cancer à sa naissance. Aujourd’hui, nous attendons que vous repreniez la main, que vous fassiez respecter la République, notre drapeau qui fête ses 50 ans, que vous soyez ce rempart face aux agendas de la frayeur. De grâce, laissez un instant vos additions d’électeurs pour l’essentiel, ce pour quoi vous avez été conduits à l’Assemblée nationale. Au nom de ce que nous sommes, posez des actes pour que nous puissions affirmer d’une voix et sans ambiguïté : AR NOU NON !