Bois-Marchand, situé dans le Nord à proximité d’Arsenal, est surtout connu pour son vieux cimetière où l’on peut trouver de nombreuses tombes datant du 19e siècle. L’autre signe distinctif de cette partie du pays est d’ordre social puisqu’elle s’est créée au fil du temps la réputation d’être un « quartier chaud ». Ce village fait aussi face à plusieurs problèmes comme la pauvreté et la drogue. Plusieurs personnes y oeuvrent cependant pour que Bois-Marchand devienne un endroit où il fait bon vivre…
Le cimetière de Bois-Marchand, auparavant connu comme « L’habitation Marchand », serait le plus grand de l’île. Ce cimetière privé appartenant à la famille Marchand a été acheté par l’État en 1866 au plus fort de l’épidémie de malaria qui ravageait alors le pays, apprend-on dans un manuel d’histoire. Marie-Anne Victoire, une habitante de Bois-Marchand, raconte que « la partie centrale du village est occupée par des maisonnettes de type CHA, construites suite au passage du violent cyclone Carol qui ravagea le pays en 1960. Ensuite, après le passage de cet autre violent cyclone que fût Gervaise, le gouvernement y fit construire d’autres maisonnettes du même type. Des personnes sont alors venues s’y installer. C’est comme cela que, petit à petit, l’endroit est devenu habitable, mais avec les habituels problèmes de société. »
En questionnant plusieurs habitants, l’on note que, dans certains quartiers, il y a des problèmes engendrés par les fléaux sociaux que sont la drogue et l’alcoolisme. De plus, la localité, desservie par des autobus dont le point de départ est la gare du Nord, n’a pas de gare routière. Une fois arrivés à destination, les autobus doivent se garer sur un terrain vague qui se trouve à l’entrée du village. Cet espace se transforme en zone marécageuse lorsqu’il pleut, déplorent des habitants.
De plus, la voie publique communément appelée « Chemin Passerelle » n’est pas asphaltée alors qu’elle est empruntée régulièrement par les habitants pour se rendre à l’église St. Joseph. Cette rue devient également boueuse en temps de pluie, causant ainsi plusieurs inconvénients aux usagers. Les habitants lancent un appel aux autorités afin de la mettre en état.
L’arrière-pays, lui, est constitué de terres de l’État sur lesquelles des personnes ont érigé des taudis afin d’avoir un toit sur la tête. Certaines d’entre elles détiennent des permis en règle pour occuper ces terres alors que d’autres sont des squatters qui n’ont pas accès ni à l’eau ni à l’électricité. Joanna Isnard, 21 ans, habite l’une de ces frêles demeures avec ses deux filles âgées de 6 ans et d’un an.
Son concubin l’ayant abandonné, elle élève seule ses enfants et, comme elle ne travaille pas, elle fait actuellement des démarches pour recevoir une aide sociale de l’État. Sa petite famille occupe une seule pièce. Elle peut néanmoins compter sur la solidarité de son père Louis Isnard, dont la cabane en bois et en tôle se trouve sur la même portion de terre. M. Isnard, qui occupe ces terres légalement, a pu recevoir une aide de la National Empowerment Foundation pour bâtir son habitation.
La famille Etty, elle, est composée d’Hervé, de Marie-Saville et de leurs quatre filles âgées de 4, 5, 8 et 10 ans. La cadette, qui souffre d’une infirmité mentale, reçoit une aide sociale du gouvernement. Cette famille vit illégalement sur un terrain à Bois-Marchand depuis sept ans. Elle n’a ainsi pas droit à un raccordement pour s’alimenter en eau ou en électricité. Ici, comme ailleurs dans le voisinage, la maisonnette n’a qu’une pièce. Dehors, se trouvent les toilettes. La famille n’a cependant pas de salle de bains. Le père de famille, âgé de 45 ans, est potier. Actuellement, il travaille pour un particulier car, pour diverses raisons, il ne peut se mettre à son compte. Il y a environ deux ans, le gouvernement lui avait offert un logement dans le complexe de logements sociaux à La Valette, à Bambous, mais, il a préféré décliner l’offre car pour s’y installer, il devait régler au préalable la dette de Rs 4 484 des locataires précédents.
Claude Jean-Louis, un collaborateur de Caritas, explique : « Comme partout dans l’île, ici aussi il y a du bon comme du moins bon. L’Église a mis en place une organisation sociale pour aider les habitants à s’en sortir. » Grâce au parrainage de la GML Fondation Joseph Lagesse, une formation en pâtisserie est proposée aux habitants par des religieuses au Complexe Éducatif Ste. Famille. Plusieurs personnes issues de cette école ont d’ailleurs réussi à trouver de l’emploi dans des hôtels et grandes surfaces. Le complexe abrite aussi une école de rattrapage pour les enfants qui échouent aux examens de CPE et une école maternelle. Bon nombre de jeunes habitant dans les maisonnettes situées sur les terres de l’État fréquentent ce lieu.
« Comme vous le voyez, beaucoup de choses sont mises en oeuvre ici pour que les plus faibles d’entre nous puissent faire face aux difficultés de la vie. Cependant, chacun doit prendre ses responsabilités et saisir la chance qui lui est offerte pour se créer un avenir meilleur », explique Claude Jean-Louis. De son côté Marie-Claude Chinan, élue au Conseil de Village de Bois-Marchand aux dernières élections villageoises, dirige une école maternelle privée qui a ouvert ses portes en 1996. Son établissement est fréquenté chaque année par une quarantaine d’enfants du village. « C’est à l’époque des dernières élections villageoises, au moment où je faisais du porte-à-porte dans toute la périphérie, que j’ai vraiment pris conscience des multiples problèmes de société qui affectent notre environnement social. Pour tout problème il y a une solution. Il est ainsi souhaitable que toutes les organisations sociales du village conjuguent leurs efforts pour trouver des solutions valables et durables à tous ces problèmes », explique-t-elle.
Marie-Claude Chinan ajoute que tous contribuent afin d’avoir une meilleure qualité de vie. La preuve : son école maternelle a vu le jour grâce à la collaboration de tous, surtout des parents du village qui lui font confiance chaque année pour l’éducation maternelle de leurs enfants. Parmi les premiers élèves qui ont suivi ses classes se trouvent quatre jeunes qui ont réussi aux derniers examens de HSC. Une source d’inspiration pour tous à Bois-Marchand…