Idéalement situé sur l’axe routier reliant Port-Louis au littoral du nord-ouest, Arsenal est un charmant petit village qui se trouve juste après Terre-Rouge en venant de la capitale. Fondamentalement, c’est un endroit tout indiqué pour la fabrication de poteries puisque son sol contient des couches d’argile, qui est la matière première indispensable pour ce genre de produit. Puis, étant donné que son lieu de situation en est un que l’on peut qualifier de « stratégique », il y a quelque temps, le village s’est vu doter d’une dizaine de lieux de commerce qui sont tributaires de notre industrie du tourisme. Reportage…
Arsenal est avant tout un lieu résidentiel comptant environ 3 000 habitants qui sont issus des diverses classes sociales de la société mauricienne.
Dans le livre d’histoire intitulé « An Invitation to the Charms of the Localities of Mauritius », dont les auteurs sont Bhurdwaz Mungur et Breejan Burrun, nous apprenons les faits historiques suivants au sujet de ladite localité : « Le village d’Arsenal a reçu son nom d’un arsenal construit à Baie aux Tortues par le gouverneur Labourdonnais. On y trouvait ateliers, fonderie, fabrique de poudre à canon. En 1774, une grande déflagration a provoqué de graves dégâts. C’est alors que le Moulin à Poudre a été créé à Pamplemousses et les ateliers ont été transférés à Port-Louis. »
La plus ancienne fabrique de poteries du village y existe depuis plus de cinquante ans et se situe à un bel emplacement à la Route Royale. Sa propriétaire, Rajawantee Ragoobar, une sexagénaire, accueille les visiteurs avec joie pour montrer fièrement sa gamme de poteries en tous genres et l’on peut y voir, par exemple, des petites lampes en forme de creuset, des vases à fleurs, des bougeoirs, des gargoulettes, des statuettes, etc.
Mme Ragoobar nous apprend qu’il y a des couches de terre d’argile à Arsenal, à Ste Croix et dans les endroits annexes et qu’elle en achète de divers propriétaires terriens pour confectionner ses poteries.
La terre d’argile, à l’état brut, doit impérativement passer, étape par étape, à travers une longue suite de transformations avant que l’on obtienne, au stade final, le produit fini avec lequel l’on confectionne les poteries. Tout d’abord, l’on tamise la terre pour en enlever les particules étrangères, ensuite l’on y ajoute de la cendre de pierre et, après quoi, le tout est mis dans un four pour une cuisson de longue durée ; après cette dernière étape, la pâte ainsi obtenue est placée sur une « tour » pour le modelage de la poterie.
Il s’agit, là, d’un travail artisanal dans la forme comme dans les faits malgré le fait que la « tour » est actionnée à l’électricité.
Notre interlocutrice indique qu’elle s’inspire des modèles qu’elle a achetés en Inde, lors de différents voyages effectués dans ce pays, pour confectionner ses propres ouvrages. Il n’y a pas d’autre façon de procéder, nous dit-elle et c’est ainsi qu’aujourd’hui elle est en mesure d’offrir au public une large gamme de poteries bien travaillées.
Une question fondamentale : est-ce qu’on peut remonter le cours du temps pour découvrir les circonstances qui ont été à l’origine de la fabrication des poteries à Maurice ? Notre interlocutrice n’a pas de réponse à cette question…
Origines
Quelques mètres plus loin, l’on peut visiter l’atelier d’un autre potier, Mardayven Pitchacaren. Instruit de l’histoire de son village, il a eu la chance d’avoir fréquenté les bancs de l’école durant son enfance. Il a aussi été président du Conseil de Village de 1980 à 1982.
Mardayven Pitchacaren a la réponse à notre question, une réponse basée sur la tradition orale et qui est parvenue à ses oreilles grâce à ses aînés : « Les origines de la fabrication de poteries à Maurice remontent à l’époque de la colonisation britannique. En ce temps-là, on construisait le grenier à Port-Louis pour l’entreposage du riz à l’usage de la population. Le contremaître en question avait fait venir des ouvriers de l’Inde pour l’exécution de ce travail important. Pour construire le bâtiment il fallait avoir des briques en grande quantité et ces briques étaient fabriquées à Arsenal par les ouvriers indiens en se servant de la terre d’argile. D’ailleurs, jusqu’à présent, dans les parages de la salle du Conseil de Village, on peut encore voir les restes de ces briques qui y étaient fabriquées à cette époque lointaine. Par la suite, des problèmes surgirent entre les ouvriers indiens et leur contremaître et ces derniers cessèrent de travailler à l’édification du grenier. Cependant, au lieu de regagner leur pays natal, ces Indiens décidèrent de se faire une nouvelle vie à Maurice. Alors, puisqu’ils savaient déjà comment manier la terre glaise, ils se lancèrent dans la fabrication de petits objets avec cette matière et, ensuite, ils les mirent dans le circuit commercial pour gagner leur vie. Voilà l’origine de la fabrication de poteries à Maurice. »
M. Pitchacaren a lui-même appris à fabriquer des poteries dans une ancienne fabrique avant qu’il ne se mette à son propre compte en ce domaine.
Arsenal étant un lieu de passage entre la capitale et les hôtels de la côte nord-ouest, la localité a fini par être dotée de quelques centres commerciaux haut de gamme qui concentrent leurs efforts sur une clientèle huppée, composée notamment de touristes. Le magasin Le Grand Voilier, ouvert depuis trois ans, met en vente une grande variété de maquettes de bateaux dans la fourchette de Rs 3 000 à Rs 150 000. Un préposé nous affirme que le magasin vend une moyenne de trois maquettes par jour.
Le président du conseil de village, Bisoonduth Hurry, ne cache pas que les habitants sont confrontés à divers problèmes dans leur vie quotidienne. Par exemple, le service de voirie y est défectueux car les ordures ménagères ne sont pas enlevées à des intervalles réguliers. D’autre part, il y a un manque évident de loisir pour tous les groupes d’âge et, pour y remédier, M. Hurry suggère au gouvernement d’y faire construire un centre communautaire, pour accueillir des activités récréatives.
Les Forces Vives de la localité, dont le président est Marimootoo Govinden, veulent également faire entendre leurs voix. Ils comptent unir leurs forces à celles du Conseil de Village nouvellement élu en vue d’amener les autorités à accorder une oreille plus attentive aux doléances du village.