Diplal MAROAM

L’insécurité dans le pays inquiète. Il ne se passe pas un jour sans qu’un cas de violence aggravée, de vol avec violence ou d’agression à caractère sexuel ne soit rapporté à la police. Les personnes âgées et celles vivant seules sont les plus vulnérables. À entendre les doléances des citoyens, l’on se demande ce qui a réellement changé dans le domaine de l’ordre et la paix publique depuis la présentation en grande pompe du National Policing Strategic Framework en juin 2011. Même si la police n’est guère responsable de la cause de cet état des choses, c’est à elle, en revanche, qu’il incombe de combattre ses effets selon les procédures établies et le pouvoir qui lui est conféré en vertu des Police Standing Orders et du Police Instruction Manual.

Mais aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître que si ce combat doit être gagné, une restructuration en profondeur de la force policière est indispensable d’autant qu’elle n’a point connu de changement majeur ces dernières décennies, ce qui a suscité, au fil des ans, une épouvantable stagnation de l’institution. D’ailleurs, tous les manifestes électoraux, depuis les années 90, soulignent l’urgence d’un tel changement et celui de l’Alliance Lepep de décembre 2014 ne fait pas exception à la règle, évoquant même une « tolérance zéro pour la criminalité ». Or, à quelques mois de la fin du présent mandat quinquennal, l’on peut, sans l’ombre d’un doute, avancer que nos dirigeants ont lamentablement raté le coche. Et ils ne peuvent feindre d’ignorer cette criante réalité : que le problème de l’insécurité avait énormément contribué à la débâcle magistrale du gouvernement de Navin Ramgoolam quatre années de cela.

Certes, pour redorer le blason de la police, de nombreuses mesures ont été annoncées par le ministre mentor à l’Assemblée nationale le 17 juillet dernier dont la modernisation de l’Anti-Robbery Squad ; la révision du concept de « Hot Spot » et du « Sector-based Policing » ; le renforcement des patrouilles sur toute l’île ; le recrutement de nouveaux effectifs ; l’achat d’équipements modernes… Or, force est de reconnaître que, quelles que soient les mesures prises ou envisagées, l’absence de la conscience professionnelle au sein de la force de l’ordre, comme tel est le cas actuellement, constitue le facteur fondamental de la dégradation de l’ordre et la paix publique à Maurice.

Comment, par exemple, passer sous silence cette réticence flagrante, si souvent constatée, dans les postes de police lorsqu’il s’agit de consigner la déposition d’un membre du public même si celle-ci relève d’une gravité certaine ; les critiques pointant du doigt l’absence d’intervention de la force de l’ordre dans des cas préalablement rapportés, se terminant parfois par des actes de violence aggravée, voire des meurtres ; cette sempiternelle anarchie dans les gares après les heures de classe ; le retour des marchands ambulants à la rue Farquhar et ailleurs au nez et à la barbe des policiers sclérosés ou encore cette pagaille indescriptible à la gare de Rose-Hill suscitée par des travaux liés au Metro Express alors que quelques mètres plus loin, dans l’entourage de la SCB et la MCB où opèrent en toute quiétude des marchands à la sauvette, des policiers font tranquillement la causette…

L’exemple venant toujours d’en haut, l’on se demande si, dans les circonstances actuelles, il n’y a pas lieu d’avoir recours à des appels publics, locaux et internationaux, lorsqu’il s’agit de remplir les postes au plus haut échelon de la hiérarchie de l’institution de la police.

Par ailleurs, le ministre mentor dit ne pas être satisfait des explications données par le commissaire de police eu égard à la disparition de 16 kg de la cargaison record d’héroïne saisie l’an dernier ; qu’en est-il alors de l’escapade nocturne en ville du détenu Lutchigadoo ou encore de l’affaire de passeport octroyé au trafiquant notoire, Mike Brasse, coffré à La Réunion ?

Or, il n’est un secret pour personne que la recrudescence des cas de vol, vol avec violence voire même de meurtres à Maurice est lié justement au problème de la drogue. Et selon Statistics Mauritius, les délits de drogue entre 2016 et 2017 ont augmenté de 10%. L’aptitude de nos dirigeants à assurer la sécurité de la population est, ces jours-ci, sérieusement remise en cause.