1. On est passé à côté de la catastrophe
Je suis à la table des négociations à Agalega quand quelqu’un m’informe que Ramgoolam a annoncé son alliance avec Bérenger. Il me demande si ce sera encore un 60-0. Je lui répond que les gens seront très surpris de ce qui va se passer à partir de l’annonce de Ramgoolam jusqu’aux élections générales. Que tout sera fragile, non définitif et certainement pas un 60-0.
On nous a dit que cette alliance se proposait d’adopter un nouveau système électoral et de passer à la Deuxième République. Ce qui m’intéresse en ce moment est de comprendre les effets des actes de ces deux leaders sur la société mauricienne, qui va grandement dépendre des rapports entre ces deux opportunistes.
Opportunistes puisqu’ils utilisent deux projets émanant de l’action des autres pour assouvir leurs désirs pouvoiristes. Au delà de leurs opportunismes on note une perversion des projets républicains des autres : l’élimination de l’identification communautariste de candidature aux élections générales (Rezistans ek Alternativ) et le projet de la Deuxième République (Mouvman Premie Me).
D’abord je suis heureux que cette alliance ne se fasse pas, du moins pas pour le moment. Les dispositions proposées pour le nouveau système électoral associées au partage de pouvoirs entre Ramgoolam et Bérenger auraient représenté un danger permanent pour notre société sur le plan ethnique et en termes de « partage de pouvoirs » visant l’autocratisme. Les effets auraient été de longue durée et bien pire que la situation actuelle. Au-delà de leurs vies. Ils s’en fichent et c’est là le drame.
Ils proposaient au fond le maintien de la Première République avec deux pas en arrière vers un système éminemment antirépublicain, voire même monarchique. Ils n’allaient que modifier la constitution actuelle. Rien de sérieux de leur part.  J’ai beaucoup dit et fait pour éviter cette situation. Pour moi Ramgoolam doit partir. Mais quand l’opportunisme des uns se combine à l’aventurisme des autres, le résultat ne peut être que catastrophique. Pour moi le problème se pose ici comme ailleurs. C’est un système qui favorise l’autocratisme des leaders et de leurs arnaques politiques.
Mais avant de m’exprimer sur le sujet voyons si quelque part il y avait une dose de bonne foi dans l’action de Ramgoolam et de Bérenger.
Je m’aventure sur ce terrain à partir d’une théorie avancée par Philip Pettit dans son livre « Republicanism. Theory of Freedom and Government”. L’auteur dit ceci : «Il serait utopique de penser que ce qui se passe en politique est fonction des idées normatives qui circulent dans et autour du monde politique. La forme des politiques institutionnelles et la configuration qui marquent la stabilisation de schémas institutionnels procèdent autant des intérêts des parties impliquées, avec leurs manières de considérer les problèmes empiriques – par exemple électoralement et institutionnellement faisable –, que des idées qu’ils se font de la manière dont les choses devraient idéalement se dérouler.»
Pourtant les idées normatives sont de première importance dans la vie politique. Les élus et les acteurs publics ne peuvent obtenir le soutien que requièrent les politiques qu’ils poursuivent que s’ils parviennent à les représenter comme étant motivées par tel ou tel engagement sur lequel est intervenu un accord, plus ou moins grand.»  
Les questions que les lecteurs de Forum doivent se poser sont : De quelle nature était l’accord entre Ramgoolam et Bérenger ? Quelles étaient les idées normatives liées à deux projets accaparés dont les objectifs sont éminemment républicains ? Quelles étaient les intérêts des deux arnaqueurs politiques ? Jusqu’à quand Bérenger va-t-il manipuler le sujet antirépublicain qu’est le rapport entre majorité et minorité ethnique qui est un concept antirépublicain, voire même obscurantiste ? Comment les choses vont se passer maintenant? Les deux vont-ils obtenir quand même le soutien électoral en termes de votes dits éclairés par rapport à l’opposition ou d’abstention consciente des électeurs aux urnes pour s’allier après les élections? Que se passera-t-il en termes de soutiens politiques, autant intellectuels que d’intérêts de classe et en termes de soutien de nature républicaine de la part de la population ?  C’est ce que je vais essayer d’analyser dans les semaines à venir. Elections anticipées (précipitées) ou pas !
2. Je dénonce
Je vais effectivement aborder la plus grande maladie des leaders qui est la schizophrénie ainsi que l’aliénation. Il le faut. Surtout pour faire comprendre à quelqu’un en particulier qui veut entrer dans les chaussures de Bérenger du danger qui guette la population par ses actions manoeuvrières.
Pour l’instant je dois dénoncer le fait que le pays est : 1) victime des phobies de Bérenger, de son manque évident de savoir politique sur la nature de notre société et de son non-rejet de sa stratégie de jeune adulte aux dents de lait de vouloir à tout prix imposer une alliance entre les ethnies divisées entre majorité et minorité par un accord entre leurs dirigeants. Hier entre S. Ramgoolam et G. Duval et aujourd’hui entre leurs héritiers biologiques et politiques. A lire : son texte de positionnement des années 60 ; 2) victimes des dispositions pulsionnelles de puissance de Ramgoolam qui se veut maestro de tout ce qui tombe dans le champ de ses jouissances libidinales à l’excès… Avec son lot de protégés et d’accapareurs et sa vision « Leekwanyewnesque ». Sans être adepte du confucianisme ? Avec sa carte biométrique ? Lire le texte « Confucianisme et Démocratie » de Francis Fukuyama. Un must.
Mais c’est aussi tomber dans l’opposition d’alternance qui se construit autour du MSM qui n’est guère mieux puisque Aneerood Jugnauth se croirait propriétaire de notre République. Avant-hier « enn tigit pli tigit ki tigit », hier « Enn tigit mwins ki Bondie » et aujourd’hui « Enn tigit plis ki so garson». L’avenir est bien sombre.
Peut-on prendre une autre direction ? Ma réponse est définitivement dans l’affirmative. Mais quels sont les obstacles ?
A mon sens, c’est avant tout le fléau antirépublicain du « leader » et de ses subalternes que sont les suiveurs, les exécutants, les agents politiques, les « roderbout », les soumis…  C’est une véritable catastrophe que de maintenir de tels rapports en République. Question : combien de leaders avons-nous à Maurice et quel est le nombre de soumis dans la population ?  
Cela frappe autant la droite que la gauche, ici comme ailleurs, à travers le temps depuis les soubresauts du républicanisme italien, hollandais et anglais jusqu’à aujourd’hui après les grandes révolutions historiques républicaines américaine et française. En passant par toutes les révolutions socialiste ou anticolonialiste et anti-impérialiste de nature républicaine. Essayez de compter combien de leaders de républiques méritent notre respect. J’en n’ai compté que cinq. Trois ont abandonné la politique et deux ont été assassinés. Essayez de déterminer pour votre part le nombre de leaders, depuis la révolution américaine, qui méritent notre respect.
C’est la panoplie de maladies psychiques qui affectent autant les leaders que les suiveurs. J’affirme qu’ils sont psychiquement malades et les maladies qui affectent les suiveurs et les soumis sont tout autant graves. Documentez-vous sur la schizophrénie (sa définition a grandement évolué), le narcissisme, la mégalomanie… Documentez-vous sur l’aliénation… J’en reparlerai. Ceux qui savent ce dont souffrent les leaders doivent en parler eux-aussi.
L’inculture, il s’agit là aussi d’un autre drame. Quand l’inné a une prédominance sur l’acquis, quand le politique demeure dans le cadre du réel de la vie et n’évolue pas philosophiquement, culturellement ou autrement (spirituellement surtout), nous sommes foutus. Quand je parle de spiritualité je ne parle pas de Dieu, je parle de l’Etre et de l’Espace-temps dans des dimensions autrement conçues. C’est un drame, pourquoi ? Parce que presque la totalité de la population mondiale refuse de se retrouver dans une spiritualité autrement conçue.  
C’est enfin l’absurdité dans la démarche de Bérenger. Comment un homme comme Bérenger qui a apparemment étudié la philosophie et l’histoire peut-il se comporter ainsi ? Mettons les deux autres leaders de côté : Ramgoolam fait tout pour son propre plaisir. C’est un hédoniste (dans les deux sens du terme) sans vergogne. Jugnauth fait tout pour sa dynastie. Mais lui qui a bercé d’espoir les jeunes de 1975, que ne fait-il sinon commettre des erreurs d’un adulte aux dents de loup qui est à la veille pourtant de rejoindre le Rien.   
Mais au fond qui sont-ils nos leaders ? Comme les autres à travers l’histoire ne sont-ils tous pas des arnaqueurs politiques ? Je me réfère à un opuscule que j’ai écrit sur un homme politique à Rodrigues, au summum de sa popularité, prédisant sa défaite…