Depuis mon arrivée à Melbourne, dans la première quinzaine du mois d’octobre, on ne parlait que de la Melbourne Cup, la principale compétition hippique de l’Australie qui compte un nombre record d’hippodromes où des courses — pas uniquement de chevaux — sont organisées pratiquement tous les jours. Quand Dominque Barbeau, un Mauricien nouvellement installé à Melbourne, m’a proposé d’aller assister à « La Cup », j’ai évidemment sauté sur l’occasion.
La Melbourne Cup est un évènement sportif assorti d’une dimension fashion unique au monde. Des semaines avant sa tenue, les Australiens qui assisteront à la journée se préparent activement. Ils battent les grands magasins pour trouver la robe ou le costume original qu’ils mettront pour « The Cup » avec les accessoires qui vont avec, dont pour les femmes, le plus que célèbre « fascinator ». Il s’agit d’une grande barrette — ou d’un cercle — sur laquelle sont installés des morceaux de tissus, représentant des fleurs ou des oiseaux que les élégantes portent sur la tête, à la place d’un chapeau, parce que dans cette ancienne colonie britannique, il n’est pas question d’aller à la Cup sans un « couvre-chef « . Dès le matin du 4 novembre,  tous les trains qui convergent vers Flinders Street, une des principales gares de Melbourne, sont remplis d’Australiens bien habillés — encore que dans certains cas, il y a pas mal d’exagération en ce qui concerne les formes et les mélanges de couleurs ! Et, il est bon de le souligner, cela concerne aussi bien les hommes que les femmes. La station de Flinders Street, d’où l’on prend le train qui dessert uniquement Flemington, ressemble ce matin à un immense catwalk où chacun essaye de jouer, avec plus ou moins de succès, au mannequin et se fait photographier. La station est une véritable ruche colorée où, curieusement, toutes les femmes vont faire un tour à la pharmacie du coin. Une précaution contre le soleil qui s’annonce radieux et la température qui devrait être de 30° ? Je comprendrai plus tard la raison de ce détour en pharmacie.
Le train qui va à Flemington a des allures de carnaval et tout se passe — il est important de le souligner — dans la bonne humeur et la discipline. Cette impression de carnaval est multipliée par cent quand on arrive à Flemington, « dans la plaine », alors que les gradins de l’hippodrome à plusieurs étages se remplissent rapidement. Le spectacle est partout dans la foule et personne ne regarde les écrans géants qui retransmettent en direct les émissions de télévision dans lesquelles des commentateurs donnent les pronostics du jour. Une fois l’entrée passée, il s’agit d’aller se ravitailler, pour ceux qui n’ont pas apporté leur panier. C’est aussi une des caractéristiques de La Cup : beaucoup d’Australiens s’y rendent avec un panier contenant un pique-nique complet : boissons et amuse-gueules en tous genres pour passer la journée. Ceux qui n’ont pas apporté de panier pique-nique vont acheter à boire et à manger en faisant la queue devant des stands spécialisés. Et, encore une fois, tout se passe dans la discipline, chacun attendant son tour dans la queue, personne n’essayant — comme c’est trop souvent le cas à Maurice — de casse contour ou de passer devant son voisin. La boisson nationale pour cet événement est une bouteille de mousseux, glacée au départ, que l’on savoure pendant toute la course dans des coupes en plastique. D’autres préfèrent la bière, en packs de six cannes et très peu choisissent de la limonade. Une fois les provisions faites, chacun cherche une place dans la plaine. Ceux qui sont venus avec le pique-nique étalent leur nappe, ouvrent leurs paniers et commencent à manger, les autres marchent dans la plaine pour regarder — et se faire voir. La parade de mannequins, commencée à la station de Flinders Street, continue, de plus belle, à Flemington.
« The race that stops a nation »
Mais rapidement on se rend compte qu’il est plus facile de marcher sur plusieurs centimètres de talon sur l’asphalte que sur la pelouse, par ailleurs superbement entretenue de l’hippodrome. Et c’est là que je comprends le pourquoi de la visite du matin des élégantes à la pharmacie : elles sont allées acheter des « dancing shoes », des ballerines, pour les troquer contre leurs chaussures à Flemington. Et subitement la plupart des élégantes perdent quelques centimètres en changeant de chaussures et en gagnant en confort. Une autre preuve du sens pratique des Australiennes qui veulent bien être belles mais sans trop souffrir sur des talons  aiguilles. C’est donc plus confortablement que les élégantes se promènent sous le soleil brûlant en faisant des allers-retours entre l’hippodrome et les échoppes pour se ravitailler en boissons, plus ou moins fraîches. Des turfistes, qui comme tous les mordus de course du monde entier, affirment avoir le bon tuyau, font la queue pour aller parier sur un des vingt-quatre chevaux qui prennent part à la course principale. Et puis arrive l’heure de la Melbourne Cup qui provoque un frémissement dans la foule. Les écrans de télévision retransmettent la parade des chevaux en insistant bien — publicité oblige — que la Cup est patronnée par  Emirates — qui avec le Quatar —, semble avoir pris le contrôle des principaux évènements sportifs de la planète. Et puis le départ est donné et comme cela se passe sur tous les hippodromes, les gens sautent, crient pour accompagner les chevaux qui courent sur une ligne droite. Quand le peloton passe personne ne sait qui est qui et il faudra attendre les résultats donnés par la télévision pour connaître le nom du vainqueur de la Melbourne Cup édition 2013 : le favori Fiorente, monté par le jockey Damien Olivier.
Après la Cup, la principale attraction de la journée, Flemington se vide. Les élégantes, chaussures à la main, « dancing shoes » aux pieds, reprennent le train, toujours avec discipline. Prochaine destination : les bars de Melbourne. Parce que selon une tradition, respectée, la Melbourne Cup ne se termine pas avec la course. Elle continue par une tournée des bars où jusqu’à tard dans la nuit on continue à célébrer, dans la joie, la bonne humeur et les excellents vins australiens « The race that stops a nation ».