La conférence de l’IAS sur la science du VIH est la plus grande conférence scientifique ouverte sur les questions liées au VIH et au sida. Cette année, l’IAS 2017 a eu lieu du 23 au 26 juillet 2017 au Palais des Congrès à Paris, en France. Plus de 6 000 professionnels du monde entier se sont réunis pour examiner les derniers développements scientifiques dans le domaine de la recherche liée au VIH.
Lors de cette édition, l’accent a notamment été mis sur le besoin de combattre la stigmatisation et la discrimination envers les populations clés – celle qui vivent avec le VIH et celles qui sont les plus exposées au virus, à savoir les personnes vivant avec le VIH, les travailleuses du sexe, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, les personnes qui s’injectent des drogues, les personnes transgenres et les détenus. Linda-Gail Bekker, présidente de l’IAS, a également souligné la nécessité de développer des approches innovantes pour augmenter l’efficacité de la réponse envers les jeunes, qui restent vulnérables : “L’impact du VIH sur les nourrissons, les enfants et les adolescents est le plus grave en Afrique subsaharienne. Pourtant, le financement, la capacité et le leadership de la recherche sont souvent concentrés loin du coeur de l’épidémie”, a-t-elle déclaré.
D’un point de vue scientifique cette conférence est venue confirmer l’efficacité des différents protocoles de PREP, (Pre-Exposure Prophylaxis), à savoir qu’il existe désormais un traitement que l’on peut prendre pour se protéger d’une potentielle transmission et qui est efficace à plus de 97%.
Un des points phares de cette conférence a été la publication de la Déclaration communautaire de Paris. Ce document, compilé par 80 activistes venus de cinq continents, traduit l’urgence des populations clés qui demandent à être impliquées dans toutes les sphères et à tous les niveaux de la lutte, se basant notamment sur les principes de Denver (« Rien pour nous sans nous ») et les principes GIPA (Greater Involvement of People living with aids). Les revendications formulées s’adressent aux acteurs clés de la lutte ; les organisations internationales, les leaders politiques et les gouvernements, la communauté scientifique, la communauté médicale, les industries pharmaceutiques, les financeurs, et les communautés elles-mêmes.
Une déclaration qui interpelle l’engagement de toutes les parties dans la réponse, est qui n’est que plus vibrante au coeur de la polémique suscitée par l’absence du président français, Emmanuel Macron, à l’ouverture de la conférence. La présidence a néanmoins tenu à réaffirmer son engagement dans la lutte, en recevant certains des organisateurs de la conférence à l’Elysée et en réitérer l’engagement de la France dans la recherche, l’innovation, l’accès aux traitements et la coopération internationale, pour une meilleure prise en charge des personnes les plus fragiles et les plus exposées au virus.
À Maurice, les chiffres sont inquiétants. Sur une estimation de 8500 personnes vivant avec le VIH, 6500 ont été dépistées et seules 2955 sont adhérentes au traitement. Sachant qu’une personne avec une charge virale indétectable depuis au moins 6 mois et qui n’a pas d’infection sexuellement transmissible ne transmet plus le virus, cela implique qu’environ 65% des personnes vivant avec le VIH à Maurice peuvent potentiellement transmettre le virus. Une situation ahurissante, quand on sait que, théoriquement, il n’y aurait plus de nouvelles contaminations si toutes les personnes vivant avec le VIH étaient testées et traitées adéquatement, ce qui est faisable à l’île Maurice.
ll s’agit d’un défi d’envergure régional, car la situation est encore plus inquiétante à Madagascar où, en 2016, sur 31000 personnes vivant avec le VIH (estimation), seul 1659 étaient sous traitement.
Le retrait du Fonds Mondial à l’île Maurice annoncé pour 2022 indique également le besoin de trouver de nouveaux mécanismes de financement pour pérenniser le travail communautaire et continuer à tester, traiter et maintenir les personnes vivant avec le VIH dans le soin.