La Saint-Valentin est le moment idéal pour faire son stock en chocolat. Mais attention toutefois de ne pas devenir accro, car le chocolat, consommé sans modération, peut entraîner une certaine dépendance. Raison pour laquelle il est souvent assimilé à une « drogue ». Mais est-ce vraiment le cas ? Le « petit carré noir » représente-il vraiment un danger ? Éléments de réponse.
« Il a tout pour plaire : à la fois sucre, amer, doux, onctueux, tendre et craquant », dixit B. Waysfeld. Le chocolat, quoi de meilleur, surtout en cette période de Saint-Valentin. Pourtant, trop en consommer pourrait engendrer une certaine dépendance. Mais s’agit-il d’une « drogue » pour autant ? Avant d’y répondre, il serait intéressant de revenir sur la composition du chocolat. Et, l’exercice effectué, de reprendre la définition de « drogue ».
En fait, la composition de la fève de cacao change tout au long de sa vie par les différents traitements qu’elle reçoit (cueillette, écabossage, fermentation, séchage, nettoyage, torréfaction, concassage, broyage, raffinage, conchage et tempérage). Aussi les nutriments du chocolat varient en fonction des ingrédients utilisés pour sa fabrication, dépendant aussi du chocolat consommé (noir, au lait ou blanc).
Le chocolat n’est pas un « bonbon » qui, lui, est composé à 100% de sucre. C’est en effet un aliment à part entière. Pour preuve, il comprend notamment protéines, glucides, lipides, fibres, sels minéraux, oligo-éléments, vitamines et polyphénols (qui ont plusieurs effets physiologiques et agissent comme antioxydants). Mais le chocolat comprend aussi des bases xanthiques, qui donnent du tonus et remettent en forme, en l’occurrence de la caféine, connue pour son effet stimulant au niveau cérébral, de la théobromine, dotée de propriétés psychostimulantes et d’amélioration des performances musculaires, et la théophylline, qui potentialise l’effet de la caféine et de la théobromine. Mais ce n’est pas tout, car le chocolat recèle encore d’autres substances, à savoir :
– La phényléthylamine (PEA), qui est un neuromédiateur impliqué dans la régulation de fonctions telles les comportements alimentaires et sexuels, le sommeil, la douleur ou l’anxiété. Elle augmente aussi la sécrétion d’endorphines (substances apaisantes, comme une morphine interne);
– Le salsolinol, neuromodulateur qui agit comme un antidépresseur et qui potentialiserait l’effet de la PEA et augmenterait la sécrétion d’endorphines au niveau cérébral;
– L’anandamide, neuromédiateur qui se fixe sur les mêmes récepteurs du cerveau que le THC, principe actif du cannabis;
– La sérotonine, qui procure une sensation de bien-être;
– La tyramine, qui stimule le système nerveux et améliore la concentration et l’adaptation au stress;
– L’histamine;
– L’acide oxalique.
Ainsi, la constitution du chocolat laisse penser qu’il ne représente pas uniquement une source de plaisir gustatif, mais engendre aussi un surcroit de plaisir, de bien-être et d’excitation. Ces conclusions nous amènent tout naturellement à nous interroger : les effets psychotropes du chocolat transforment-ils cet aliment en une drogue et favorisent-ils la dépendance ?
Avant d’y répondre, intéressons-nous à la définition même du concept de dépendance, tel que décrit par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 1995. « Le concept de dépendance est un état psychologique et parfois physique, résultant de l’interaction entre un organisme vivant et une substance, se caractérisant par des réponses comportementales qui incluent toujours une compulsion* à prendre et à consommer la substance de façon continue ou périodique, pour ressentir ses effets psychiques et parfois éviter l’inconfort de la privation. La tolérance** peut être présente, mais n’est pas nécessaire. »
Bien que les addictions regroupent plusieurs formes de dépendances, le mécanisme reste toujours le même. Tout commence par l’usage. Usage simple, curieux ou convivial, et sans aucune nocivité. L’usager n’était à ce moment-là qu’à la recherche de nouvelles sensations, d’expériences ou de plaisirs inédits. C’est ce qu’on appelle le « liking ». Cette phase ne comporte aucun risque. Le problème vient avec le deuxième stade : l’abus. Ce dernier va modifier l’état de l’individu, qui présentera un « moins-être » et recherchera alors les effets d’un produit ou d’un comportement pour améliorer sa vie de tous les jours (« wanting »).
La dépendance s’installe par la suite brutalement ou progressivement. On n’a plus le choix, on passe de l’envie au besoin (« needing »). Mais comment passe-t-on du « liking » au « needing » ? En fait, le cerveau est composé de deux régions principalement impliquées dans cette évolution : le premier, qu’on nomme « petit cerveau », et le second, le « grand cerveau ». Dans le premier cas, il s’agit du cerveau des émotions, où naissent nos réactions cérébrales les plus primaires, dépourvu de raison mais habité d’envies et de besoin. C’est donc ici que naissent nos émotions liées à l’addiction. Le second, le « grand cerveau », est le cerveau où sont localisés notre raison, nos valeurs, notre moral, etc. C’est lui qui ordonnera au consommateur de ne pas prendre de drogues. Et évidemment, c’est le « petit cerveau » le plus puissant. Et pour cause puisque c’est lui qui renferme la plupart des neurones à dopamine du cerveau, qui est neurotransmetteur et régule l’ensemble de nos émotions. Quand elle est violemment augmentée par une substance ou un comportement qui peut se révéler addictif, elle amplifie nos émotions, ce qui modifie notre équilibre initial. On ressent alors plaisir et apaisement. Et par un besoin compulsif, on a envie de renouveler l’expérience pour retrouver le plaisir ressenti. On comprend ainsi la dépendance psychique.
Pour autant, que les amateurs de chocolat se rassurent : il faudrait en manger plus de… 4,5 kg par jour pour espérer obtenir un résultat addictif, car le chocolat contient en effet des éléments pouvant provoquer des effets psychoactifs, mais en quantité beaucoup trop faible pour avoir une action sur le cerveau. Par ailleurs, certaines de ces molécules sont présentes dans de nombreux aliments sans pour autant avoir des effets compulsifs. De plus, les endorphines sécrétées ne sont pas spécifiques à la consommation du chocolat, elles sont aussi mises en jeu par d’autres aliments gras sucrés et par des activités agréables pour l’individu.
Ainsi, le sentiment de « reviens-y » associé au chocolat est tout simplement dû à son bon goût et au plaisir qui l’accompagne. « Je ne pouvais ôter ma bouche des bords délicieux de sa tasse. Un chocolat à s’en faire mourir, moelleux, velouté, parfumé, grisant », disait Guy de Maupassant. Aussi, comme le disait cette fois le duc de La Rochefoucauld : « Aimez le chocolat à fond, sans complexe ni fausse honte, car rappelez-vous : sans un grain de folie, il n’est point d’homme raisonnable. »