Autrefois lieu de recueillement privé aménagé par la famille Bizela, la grotte Notre Dame du Grand Pouvoir est vite devenue un lieu de culte très célèbre et très fréquenté. Depuis une cinquantaine d’années, nombreux sont les Mauriciens – d’appartenances religieuses diverses – qui, passant par la rue Jemapes dans la capitale, viennent se recueillir devant la statue de la Vierge Marie. Rencontre avec quelques-uns d’entre eux à l’occasion de la fête de l’Assomption…
Les jours de semaine, pendant les heures d’ouverture, il est rare que la grotte Notre Dame du Grand Pouvoir soit peu fréquenté. Même si c’est en petits groupes, l’espace étant exigu. Mais les allées et venues sont constantes. La porte franchie, le dévot est accueilli par des bottes d’anthurium et de marguerite soigneusement déposées en signe de grâce par des fidèles les ayant précédés. Mais, il est surtout accueilli par la statue de Notre Dame du Grand Pouvoir. Dans son manteau bleu et blanc, la Vierge Marie tient dans son bras gauche l’enfant Jésus et dans le bras droit un sceptre, symbole de son pouvoir sur le monde entier. L’enfant Jésus, tient lui, une boule en or dans la main, symbole du globe de l’univers. En effet, sont bienvenues des personnes de toutes confessions religieuses.
La présence de ce lieu de culte marial remonte à une cinquantaine d’années, d’après les souvenirs du fils des Bizela – aujourd’hui en France – qui ont fait construire la grotte. « Maman est très pieuse. À l’époque, on habitait à côté. C’était au départ une grotte privée. Les gens ont commencé à demander l’autorisation de venir s’y recueillir et petit à petit, catholiques et non catholiques sont venus en affluence jusqu’à aujourd’hui ».
Parmi les faits ayant marqué l’existence de la grotte, notre interlocuteur dit retenir une coutume qui est née au fil des ans : les jeunes femmes et les enfants venant déposer leur couronne à la grotte après leur mariage et leur première communion.
Au-dessus de la statue de la Vierge, une prière spéciale à Notre Dame du Grand Pouvoir pour aider les fidèles dans leur recueillement. Des plaques de remerciements des deux côtés de la grotte attestent des faveurs obtenues par ceux qui sont venus implorer l’aide de la Sainte Dame.
« Deziem mama »
Cela fait dix ans que Kumari Issur vend des fleurs devant la grotte. Des prières exaucées, des grâces obtenues, elle en a été souvent témoins, dit-elle. « Boukou ki vini rakont moi kouma mama Grand Pouvoir inn tir zot dan problem. » Cette grotte, est pour elle, « mo deziem mama ». « Depuis ces dix années que je suis ici, j’ai réussi tout ce que j’ai entrepris. Où que je sois, je pense toujours à ma mère, Notre Dame du Grand Pouvoir. Je rêve d’ailleurs souvent d’elle. C’est un bien précieux dans ma vie ! »
Sa dévotion à la Vierge, Kumari Issur l’exprime aussi par son dur labeur. Chaque jour, hormis les dimanches, cette habitante de Crève-Coeur se réveille à 3 h du matin pour apporter ses fleurs à la rue Jemapes à 5 h 30. « Je m’occupe de l’ouverture et du nettoyage de la grotte. Je repars vers 11 h ». Les fleurs qu’elle vend, elle les plante elle-même.
« Eksploze dan moi »
« La grot finn fer mirak pou moi. Mo ti zoue boukou dan boutey » ,  dit avec certitude M.B, ancien alcoolique. Ancien locataire à la rue Jemapes, il y a une trentaine d’années, le jeune père de famille d’alors se rendait chaque matin à la grotte. Faisant aujourd’hui son autodérision, il se souvient non moins de ce sérieux fléau : « Toule matin, mo dir la Vierge du Grand Pouvoir tir moi ladan, toule soir, mo retom dan boutey… » Avec des enfants, surtout une jeune fille à la maison, être père alcoolique n’apporte guère de stabilité dans le foyer. M. B le reconnaissait déjà à l’époque. « Ma fille avait environ 15 ans. Un jour, elle m’a retenu avant de me faire la morale, me disant : “Papi mo rekonet to travay dir lizour ek asoir. Ki to pe konpran, to pe fatige, to pe don nou bon manze me to pa pe resi partaz sa avek nou. Ki lekzanp to pe don nou ?” Quand votre fille de 15 ans qui vous dit de telles paroles… c’est dur ! Monn finn sorti lakaz, mo finn santi moi eksploze dan moi », se remémore M.B. Sa foi en Marie, ces paroles de sa fille, couplées à un événement dans sa vie où, à cause de l’alcool, il a failli, malgré lui, à sa responsabilité professionnelle, l’ont mené à sortir de l’alcoolisme.
Une dame de foi hindoue rencontrée à la grotte témoigne pour sa part des « curieuses coïncidences » ayant trait à ce lieu de culte et qui l’« émerveillent » encore aujourd’hui. Alors qu’elle comptait se rendre à la grotte de la rue Jemapes un jour, elle se voit proposer un lift par une amie pour se rendre à Quatre-Bornes. « En route, l’amie me demande si ça ne me dérange pas si elle s’arrête un moment. Et, il s’est avéré qu’elle se rendait à la grotte de Notre Dame du Grand Pouvoir de Quatre-Bornes… J’ai dit à la Vierge : c’est merveilleux comme je me suis retrouvée devant ta porte ». Deuxième coïncidence : le même jour, lors d’un trajet en autobus. « Une dame avait laissé tomber une feuille de papier. Je l’ai ramassée et c’était une prière à Notre Dame du Grand Pouvoir. La dame m’a dit : “ce que vous avez entre les mains est très puissant et elle m’a aussi parlé de Saint-Jude. Le lendemain, j’ai eu l’occasion de me rendre à Port-Louis et à la grotte, une dame déposait devant moi une neuvaine à Saint-Jude. Ces correspondances m’ont apporté du réconfort. Depuis, à chaque fois que je passe ici, je viens m’y recueillir ». Notre interlocutrice ajoute que dans sa famille, « même si on est hindou, on croit que toutes les religions mènent vers un même chemin ».