PIERRE DINAN

Voilà bien une phrase que la plupart d’entre nous hésiteraient à appliquer à notre pays. Et pourtant, c’est le Cardinal Piat, évêque du Diocèse de Port-Louis, qui n’hésite pas à l’écrire dans la Lettre pastorale qu’il a, selon la tradition, rédigée dans le cadre du carême de l’année 2020. Notre pays en guerre ? Certes non, si on pense en termes de déploiement de soldats armés de mitraillettes !

Et pourtant, le Cardinal a bien raison d’écrire que notre pays, pardon, notre société, a un urgent besoin de paix.

– Paix dans les cœurs rongés par la jalousie et l’envie, paix dans les familles disloquées par des conflits entre époux.

– Paix chez les jeunes esclaves déjà de la cigarette, de l’alcool et de la drogue.

– Paix chez ceux qui souffrent des discriminations ethniques au travail et dans la société.

– Paix chez les mal-logés.

– Paix chez les victimes des inégalités de revenus.

– Paix chez les apprenants obligés de suivre des cours auxquels leur cerveau n’est pas adapté.

– Paix enfin chez ceux qui, au nom d’une démocratie véritable, souhaitent que les découpages des circonscriptions soient faits de manière rationnelle et que la répartition des sièges à l’Assemblée nationale se rapproche davantage de la répartition des voix obtenues aux urnes.

Tous ces exemples d’absence de paix, le Cardinal les décrit comme des « violences sourdes », lesquelles hélas finissent par éclater au grand jour, comme notre société mauricienne en fait la douloureuse expérience depuis plusieurs mois et à un rythme accéléré.

Quoi faire devant ces constatations ? 

Le Cardinal commence par faire appel à l’engagement et l’initiative personnels de l’individu car «  une personne qui n’est pas en paix avec elle-même arrivera difficilement à la diffuser autour d’elle ».

Mais il poursuit – et c’est cela qui a des résonances importantes pour notre société entière – en évoquant la règle d’or pour le vivre ensemble : « Ce que tu voudrais que les autres fassent pour toi, fais-le aux autres d’abord ». Cette règle d’or est prêchée par la plupart des traditions religieuses, comme le souligne le Cardinal. Et il poursuit logiquement : « Pour construire la paix, nous avons besoin aussi du soutien et de l’apport des citoyens de différentes communautés, cultures et religions. »

Voilà ce qui est diagnostiqué. Faire la paix dans notre société, c’est l’affaire de tous. La Lettre pastorale évoque les rôles respectifs des familles, des écoles et des ONG (Organisations non gouvernementales), mais toutes ces actions doivent être appuyées par les institutions au niveau national :

– celles qui relèvent des responsabilités de l’État (les ministères concernés : Jeunesse et Sports, Éducation, Droits de la Femme, Sécurité sociale, ainsi que l’Ombudsperson pour les Enfants),

– aussi bien que celles qui relèvent des différentes religions pratiquées dans ce pays. Voilà bien un champ d’action important pour le Conseil des Religions.

Devant toutes ces violences qui assaillent notre société, il faut réagir au niveau national. La Lettre pastorale a le mérite de mettre le doigt sur la plaie et de proposer des changements d’attitude personnelle et la pratique d’une fraternité agissante. Mais il faut que ce message atteigne la population entière. Seules des assises nationales, organisées par les autorités compétentes, seront susceptibles d’avoir des répercussions sur la nation entière, afin qu’elle prenne conscience des enjeux et se décide à promouvoir dans notre pays cette paix durable si essentielle au développement harmonieux de notre société mauricienne.

Des assises nationales sous l’égide de la Présidence du pays et rassemblant les ministères concernés, les représentants des religions et de la société civile, ceux du secteur privé et des syndicats, les professionnels de la communication, les légistes et les forces de l’ordre : voilà ce qui devrait être mis en route par les autorités.  Il faut agir sans tarder. Il y va de cette paix durable que souhaite la Lettre pastorale.