Les propos, dans le Week-end du 3 juin, du Gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing Bheenick, sur la situation dans la zone euro et la tendance de la parité euro-roupie s’apparentent à un « Il y a le feu ». La situation doit donc être réellement inquiétante. Alarmante même ? La situation est celle-ci : la perspective d’un euro à Rs 35 alors qu’en juin 2011 la monnaie européenne s’échangeait à Rs 39 un euro. Soit une appréciation de la roupie de 9 % en un an. Si nous n’arrivons pas à gérer cette problématique, toute notre résilience, qui a fait notre force jusqu’ici, risque de voler en éclats. La présente situation exige une compréhension à la fois globale et pointue, nourrie d’une intelligence de situation afin de dégager des initiatives fortes pour rassurer et assurer.
Le Gouverneur s’est jusqu’ici fait un point d’honneur, face à certaines analyses perçues comme pessimistes, de rassurer, de se montrer optimiste. Il a toujours rappelé la bonne tenue des fondamentaux de l’économie mauricienne pour afficher une certaine sérénité. Dimanche dernier il a toutefois tenu à tirer la sonnette d’alarme sur les conséquences des profonds bouleversements que connaît le marché des devises. L’économie mauricienne subit actuellement le fameux effet des ciseaux dans l’évolution de la parité dollar-euro. Sur le marché des devises, le dollar – monnaie d’échange d’une bonne partie de nos importations – est en train de s’apprécier face à l’euro, devise en laquelle nous payons 70% de nos exportations. Certes il faudrait, dans le temps, faire évoluer l’architecture de notre économie – dépenses et revenus, marchés – pour intégrer le déplacement du centre de gravité de l’économie internationale. Cependant, dans la présente conjoncture le fait brutal demeure que la roupie mauricienne n’est plus compétitive. Ceci a pour conséquence directe la fragilisation financière, plus ou moins grave, de beaucoup de nos entreprises sur fond d’une augmentation du chômage. La priorité actuelle, c’est d’abord la sauvegarde des emplois.
Si la tendance actuelle de la parité euro-roupie se poursuit, le pays s’enfoncera à coup sûr dans une grave crise économique et sociale. Ce n’est donc pas le moment pour un débat théorique sur le rôle de la banque centrale et l’équilibre à trouver entre le contrôle de l’inflation et la croissance. Le bon sens plaide pour la croissance et l’emploi. Mieux vaut un peu plus d’inflation que des pertes d’emplois avec comme conséquence zéro pouvoir d’achat pour les familles se retrouvant sur le pavé. En attendant les stratégies qu’il conviendrait de mettre en place pour l’avenir, il y a urgence d’agir sur le facteur vital du moment : la valeur de la roupie. Il faut tout simplement la rendre compétitive.
Le Gouverneur a expliqué l’étroitesse de sa marge de manoeuvre, a averti les banques et leur a demandé de prendre les initiatives appropriées. Mais ce n’est pas suffisant. C’est au gouvernement de fixer la valeur de la roupie et d’oeuvrer pour une roupie compétitive. Notre banque centrale est une institution indépendante ayant un rôle et une responsabilité dans l’élaboration de la politique monétaire. Au-delà des intérêts divergents des uns et des autres sur la question de la parité, ce qui est en jeu aujourd’hui est la survie de pans importants de l’économie nationale. De nos entreprises travaillant pour l’exportation et de celles qui en dépendent. Quand il y a le feu, on ne se complaît pas dans des postures. Certaines dynamiques indiquent une sérieuse aggravation de la situation économique et sociale. Il faut aussi compter sur les fortes incertitudes. Ne prenons pas le moindre risque de laisser pourrir la situation. Évitons que la casse sociale ne se développe de manière irréversible. Soyons proactifs. Il n’y a pas 36 000 solutions. Dans l’immédiat il faut une roupie compétitive. Aux techniciens de trouver la formule. Le temps presse !!