Le mastodonte chinois Huawei, déjà ostracisé par nombre de gouvernements, subit un nouveau coup dur avec l’arrestation au Canada de sa directrice financière, fille du fondateur de l’équipementier en télécoms.

L’arrestation, à la demande des États-Unis, intervient dans un climat très tendu entre Pékin et Washington. Elle apparaît comme un nouveau round du bras de fer entre Américains et entreprises de technologie chinoises, dont un autre géant, ZTE, a pâti cette année.

La responsable du groupe, Meng Wanzhou, a été arrêtée à Vancouver le 1er décembre, le jour même où les présidents américain et chinois, Donald Trump et Xi Jinping, convenaient d’une fragile trêve dans leur guerre commerciale.

Les États-Unis ont requis son extradition car ils soupçonneraient Huawei, entreprise privée et non cotée, fondée en 1987 par un ex-ingénieur de l’armée chinoise, Ren Zhengfei, 74 ans, d’avoir enfreint les sanctions américaines contre l’Iran.

Le sénateur américain Ben Sasse s’est réjoui sur sa page internet de l’arrestation de la responsable « d’un géant chinois des télécoms ayant violé les sanctions contre l’Iran ».

La Chine a fermement protesté de l’innocence de Mme Meng et exigé sa remise en liberté, menaçant de « prendre toutes les mesures pour résolument protéger les droits et les intérêts légitimes des citoyens chinois ».

Si l’incident « ne devrait pas » empêcher les négociations commerciales bilatérales prévues la semaine prochaine à Washington, il va contribuer à « affecter l’atmosphère de ces discussions et en amenuiser les chances de succès », estime le cabinet de conseil Eurasiagroup, dans une note.

Cette affaire « constitue une escalade nouvelle et majeure dans une suite d’efforts des États-Unis pour que les entreprises chinoises soient tenues responsables de violations de la loi américaine, parfois vieilles de plusieurs années », souligne-t-il.

– Revers en cascades –

En avril, Washington a prohibé toute vente de composants électroniques américains à ZTE pour sanctionner le groupe chinois d’avoir violé des embargos contre l’Iran et la Corée du Nord.

Fautes de puces, ZTE et ses 80.000 employés avaient alors dû cesser la majeure partie de leurs activités. Le conflit s’est soldé avec le paiement par ZTE d’une amende d’un milliard de dollars.

Si les violations des sanctions par Huawei, numéro deux mondial des smartphones, sont avérées, « cela fera comme avec ZTE mais avec encore davantage d’impact vu la taille de Huawei », prévoit Kitty Fok, directrice générale du cabinet IDC (recherche).

Plus généralement, certains élus du Congrès américain voient dans les entreprises chinoises une « menace pour la sécurité des États-Unis ».

« Parfois, l’agression chinoise est explicitement soutenue par l’État et, parfois, elle est blanchie à travers bien des entités soi-disant du secteur privé qui sont dans le même lit que le Parti communiste de Xi », affirme Ben Sasse.

« La Chine travaille avec créativité à miner nos intérêts de sécurité nationale. Les États-Unis et leurs alliés ne peuvent rester sur la touche », estime-t-il.

Le gouvernement américain a demandé officiellement en début d’année à ses opérateurs télécoms de ne pas s’équiper de produits chinois. Et il fait pression pour que le Canada ne s’engage pas avec Huawei pour le déploiement de la 5G (internet mobile à très haut débit), selon le journal canadien Globe and Mail.

Tout cela « va avoir un impact direct sur Huawei dans la 4G et la 5G et sur ses affaires », commente Mo Jia, analyste chez Canalys.

L’équipementier, devenu un leader mondial, a essuyé une pluie de revers dernièrement, certains occidentaux ou asiatiques lui fermant leurs réseaux de 5G, jugés trop stratégiques.

Dernier en date, le groupe britannique de télécoms BT a annoncé mercredi qu’il se défaisait d’équipements du chinois en téléphonie mobile. Précédemment, l’Australie avait exclu Huawei et ZTE du déploiement de la 5G, puis la Nouvelle-Zélande a invoqué une incompatibilité technologique pour écarter l’entreprise de Ren Zhengfei.

Mo Jia souligne que jusqu’à présent les restrictions frappant Huawei émanent principalement « de pays anglophones ou proches des États-Unis comme le Japon et la Corée du Sud ».

« Mais si les opérateurs français ou allemands devaient s’y joindre, cela aurait des conséquences profondes et durables » sur le chinois, ajoute-t-il.