• Des chercheurs américains ont identifié ce nouveau phénomène  climatique auquel l’océan Indien pourrait aussi être exposé

L’océan Indien, tout comme l’Atlantique et les pays du Pacifique, connaissait déjà les cyclones et autres ouragans qui, comme l’avait déjà prévenu le climatologue et scientifique James Hansen depuis le début des années 1980, deviennent de plus en plus violents à cause du réchauffement climatique mondial, mais un nouveau danger pourrait s’y ajouter pour le plus grand malheur de ses habitants. Des scientifiques américains viennent en effet d’identifier une nouvelle catastrophe naturelle qu’ils ont dénommée stormquakes. C’est-à-dire des tremblements de terre qui surviennent lors de passages de cyclones très, très intenses (ndlr : type Carol, Gervaise, Hollanda et Fantala).

Il ne s’agit pas de développer de la paranoïa ni de céder à la panique, mais les îles des Mascareignes, dont Maurice et surtout Rodrigues, où de temps en temps des secousses telluriques sont ressenties, ont intérêt à ne pas ignorer le danger potentiel et de s’y préparer. Selon Bryan Lynn, reporter américain spécialisé dans le domaine scientifique et technologique, c’est en octobre de l’année dernière que des chercheurs de son pays ont élaboré davantage sur des tremblements de terre susceptibles de se produire durant le passage d’ouragans et autres tempêtes océaniques puissants, et qu’ils ont alors surnommé stormquakes.

Ces chercheurs ont choisi ce nom après avoir étudié des événements sismiques notés sur le sol marin durant le passage de ces ouragans. Ils avaient constaté que les secousses pouvaient se répéter durant plusieurs jours et pouvaient atteindre une magnitude de 3,5 sur l’échelle de Richter. Mais en réalité, les chercheurs concernés n’avaient fait qu’approfondir des études déjà entreprises depuis une dizaine d’années par une équipe de l’université d’État de Floride menée par Wenyuan Fan, un professeur et sismologue. L’équipe de ce dernier avait déjà fait énormément d’efforts entre septembre 2006 et le début de l’année dernière pour identifier de possibles stormquakes. À la fin, elle avait publié un rapport dans la revue Geographic Research Letters.

Constats de dix années d’études

Le rapport laissait entendre que l’énergie intense dégagée par les ouragans et autres tempêtes sévères pouvait générer de très grosses vagues dans l’océan. Ces vagues interagissent alors avec des fonds marins solides, causant ainsi de fortes secousses sismiques.

Selon le professeur Fan, « on peut avoir des sources de tremblement dans l’océan semblables à celles qui provoquent des secousses sur la croûte terrestre. À la différence que lorsque les tremblements sont causés par le passage d’ouragans et autres tempêtes sévères, ils peuvent durer des heures, voire des jours, tandis que les tremblements sur terres fermes ne durent que brièvement, tout en causant toutefois des dégâts matériels et humains conséquents. »

L’équipe du professeur Fan affirme détenir des preuves que plus de 10 000 stormquakes se sont produits entre 2006 et 2019 sur les régions côtières des États-Unis et du Canada. D’autres activités sismiques similaires ont également été enregistrées auprès des côtes de la Floride, de la Nouvelle-Angleterre et du Golfe du Mexique. Au Canada, des preuves du phénomène ont aussi été obtenues près des côtes de la Nouvelle-Écosse et de Terre Neuve, aussi bien que près de la Colombie britannique sur la côte ouest près du Pacifique.

Il a été trouvé que les stormquakes surviennent le plus souvent autour des plateaux continentaux ou sur les sols marins plats ou encore peu profonds. Les chercheurs ont vérifié si les stormquakes étaient causés par d’autres faits climatiques. C’est la raison pour laquelle ils se sont concentrés sur les jours de tempêtes en écartant délibérément les jours où un tremblement de terre avait été enregistré. Même si beaucoup de preuves avaient été réunies que les stormquakes se manifestaient, ce n’est que tout récemment que les scientifiques ont été convaincus de leur existence. Pendant longtemps, en étudiant les tremblements de terre classiques, ils avaient pris les grosses vagues causées par une secousse sismique pour un bruit arrière.

Les recherches de l’équipe du professeur Fan ont pu confirmer que les puissants cyclones qui ont frappé les côtes américaines ont produit nombre de stormquakes. Un des exemples avait été l’ouragan Bill qui a sévi dans l’océan Atlantique il y dix ans. Bill avait atteint la catégorie de cyclone d’intensité 4. Certes, il s’était par la suite affaibli en une tempête tropicale aux abords de Terre Neuve, mais les chercheurs ont néanmoins relevé que Bill avait été la cause de plusieurs secousses près des côtes du Nord-Est américain et du Canada. En 2008 et en 2011, les ouragans Ike et Irène avaient produit les mêmes effets dans le Golfe du Mexique et dans le sud de la Floride…

Amélioration de l’observation des ouragans

Les scientifiques soutiennent que tous les ouragans et tempêtes sévères ne provoquent pas nécessairement de stormquakes. Le professeur Wenyuan Fan est d’avis que le phénomène est fortement influencé par l’aspect physique de la surface du sol marin et des conditions qui y prévalent. Il concède qu’il y a encore beaucoup à connaître du phénomène, mais il soutient que le fait même d’en avoir fait la découverte permet à l’homme d’atteindre un nouveau niveau de compréhension des vagues sismiques. Pour le professeur, « il y a l’espoir que la découverte va permettre l’amélioration du système d’observation des ouragans et tempêtes sévères, lesquelles observations dépendaient jusqu’ici principalement des satellites depuis le ciel. Désormais, nous pouvons traquer le phénomène, du moins en partie, tant dans l’océan que sur la terre ferme. »

La chance que pourraient avoir les îles comme Maurice, La Réunion et Rodrigues d’échapper à un stormquake réside dans le fait qu’elles se trouvent perchées sur des pics et que les fonds marins les entourant plongent assez profondément dans l’océan Indien. Toutefois, il faut compter sur les inconnus du phénomène que même le professeur Fan avoue ne pas pouvoir cerner à ce stade.