Entré en vigueur depuis vendredi dernier, le permis à points vise à réduire le nombre d’accidents sur la route. Depuis l’annonce et la mise en place de ce système, beaucoup de voix se sont élevées contre. Sur les routes, bien que mécontents, les automobilistes avouent être plus vigilants…
De prime abord, tous les chauffeurs que nous avons interviewés disent qu’ils constatent un ralentissement général au niveau de la circulation. “Cela devient compliqué pour les chauffeurs. Un chauffeur doit avoir l’esprit tranquille quand il roule. Je ne suis pas tranquille. J’ai toujours à l’esprit que je pourrais perdre des points et ne plus pouvoir exercer”, souligne Sezad Hossenboccus, chauffeur de bus.
Au ralenti.
Certains chauffeurs trouvent que la circulation est beaucoup plus lente depuis vendredi dernier à certains endroits. “La route est beaucoup plus bloquée. Je passe souvent du côté du rond-point de St-Jean et je peux voir que ça roule au ralenti depuis ces quelques jours”, souligne Ally, chauffeur de taxi. D’autres trouvent que la circulation et l’attitude des chauffeurs n’ont pas changé. “Pena okenn sanzman dan mantalite bann sofer. Bann se ki abitie roul brit ankor fer li”, confie Benoît, chauffeur de taxi basé à Flic en Flac.
Certains conducteurs, comme Gael Deschezeaux, accueillent favorablement le permis à points. “Je suis l’un de ceux qui aimeraient que l’on soit plus sévère contre ceux qui enfreignent la loi. Si les gens ont peur, ils rouleront plus prudemment. Si le permis à points peut prévenir des accidents, c’est une bonne chose. C’est le prix à payer pour la vie.”
Prudence.
Un autre conducteur estime que les gens sont plus respectueux du code de la route. “Avec le nombre de radars, je suis un peu plus prudent que d’habitude. Je trouve qu’il y a beaucoup moins de chauffeurs qui commettent des infractions, comme dépasser sur les lignes blanches ou téléphoner au volant”, confie Emmanuel Vaillant, conducteur.
Benoît, lui, trouve que certains aspects associés à ce système sont bizarres. “De Flic en Flac à Port-Louis, ils ont installé cinq radars. Or, de Flic en Flac à Rivière Noire et au-delà, il n’y en a pas un seul. C’est très bizarre quand on sait à quel point les chauffeurs roulent vite dans ces régions et le nombre d’accidents qui s’y sont produits par le passé.”
Emmanuel Vaillant soutient que des radars sont inutiles à certains endroits où la police les a installés. “À hauteur de Le Hochet, sur l’ancienne route qui va vers le nord, il y a un radar. À mon avis, cela ne sert à rien puisque la route ne permet pas de rouler vite de toute façon. Il aurait été plus avisé d’en mettre un à hauteur de Riche Terre sur l’autoroute où les chauffeurs ont tendance à aller vite.”
Manque à gagner.
Certains chauffeurs de taxi estiment que les problèmes de circulation qu’ils ont constatés représentent un manque à gagner pour eux. “Quand la route est bloquée, on avance lentement. Admettons que je prenne 30 minutes de plus sur chaque course. Cela représente un gros manque à gagner pour moi dans la mesure où j’aurais pu avoir beaucoup d’autres clients pendant ce temps perdu”, soutient Ally. Il soutient que cela peut devenir un problème pour les clients également. “Disons que je dois emmener une vieille personne qui a du mal à marcher chez un médecin. Si jamais il y a une double ligne jaune devant le cabinet de ce dernier, je vais devoir choisir entre la déposer à un endroit où c’est permis, donc plus loin du cabinet, ou risquer de prendre des points en l’arrêtant devant le cabinet.”
La mise en vigueur du permis à points risque de créer des situations délicates. Beaucoup de conducteurs pensent que les policiers vont en profiter pour tenter de corrompre les contrevenants. “On sait tous que certains policiers ne se gênent pas pour demander de l’argent à ceux qui commettent des délits sur la route. À mon avis, ils seront plus actifs puisque les conducteurs ont désormais plus peur. Avant, il fallait juste payer une amende. À présent, les conducteurs vont avoir peur de perdre leur permis s’ils ont déjà beaucoup de points de pénalité.”
Vitesse.
Le fait que chaque conducteur doive être en permanence en possession de son Driving Licence Counterpart pose problème, selon Georges Ah-Yan, travailleur social. “Comment le policier peut-il être juge et partie ? À mon avis, cela va poser problème. Le policier pourra mettre pression sur les conducteurs. Je pense surtout aux chauffeurs de taxi maron, qui rencontrent déjà beaucoup de difficultés pour gagner leur vie.”
Par ailleurs, des voix se font entendre sur l’état de nos routes. “Les routes ne sont pas bonnes à Maurice. En prenant un virage, on peut faire des accidents. Selon moi, il aurait fallu résoudre le problème des routes avant d’aller de l’avant avec le permis à points.” Les limitations de vitesse sont jugées extrêmement strictes. “Dans les autres pays, quand une route est limitée à 60 km/h par exemple, le conducteur a une marge de dépassement. S’il roule à 61 ou 62 km/h, on considère qu’il ne dépasse pas la limite par exprès, mais par accident. Ici, dès que vous faites du 61 km/h, vous être pris en contravention.”