Dans un communiqué bien ficelé envoyé à la presse, faisant la promotion de son projet, le groupe Currimjee Jeewanjee présente Le Chaland Resort. Ce projet hôtelier estimé à  Rs 2,7 milliards – que les promoteurs décrivent comme un concept novateur qui s’inscrit dans le respect de son environnement social, économique et naturel – sera développé sur une portion de terrain actuellement occupé par le centre d’entraînement de la National Coast Guard (NCG), non loin de la plage publique de La Cambuse. Il sera entrepris avec la collaboration du groupe étranger Minor International Pcl, qui contribuera à hauteur de Rs 310 millions.
“Avec le Chaland Resort,  le groupe Currimjee Jeewanjee s’engage à développer un concept novateur qui s’inscrit dans le respect de son environnement social, économique et naturel. Ainsi, plusieurs investissements seront effectués par les promoteurs dans le but d’améliorer les aménités publiques et de protéger l’équilibre écologique du site”, annonce le dossier de presse.
Le communiqué met l’accent sur le fait que le site du Chaland Resort n’empiète pas sur la plage publique, soulignant par là-même que les promoteurs financeront l’amélioration des infrastructures de la plage publique de la Cambuse dans le but de développer un projet hôtelier intégré à son environnement social. Il est prévu qu’un poste de surveillance de garde-côtes de 135m² serait aménagé, de même qu’une aire de stationnement en retrait de la mer, de nouveaux kiosques pour remplacer ceux complètement abîmés qui s’y trouvent en ce moment et de nouvelles toilettes publiques. Ces aménagements que le promoteur entend faire “au bénéfice de la communauté” devraient, selon son plan, être connectés à la station d’épuration des eaux usées du complexe touristique pour protéger le parc marin, ce qui n’est pas le cas en ce moment.
 “La dune de sable sera protégée”
Voulant “faciliter l’accès” des Mauriciens à la plage publique de La Cambuse, le groupe Currimjee Jeewanjee financera une nouvelle route à hauteur de Rs 70 millions. Une nouvelle route goudronnée – construite sur une portion de terrain privé mais qui sera remise dans le domaine public à terme – fera 7 mètres de large sur une distance de 1,2 km, des réserves pour les piétons, plusieurs terre-pleins, ainsi que l’éclairage de nuit sont prévus pour de futurs arrêts de bus, précise le communiqué.
Les promoteurs assurent que la dune de sable de La Cambuse, qui a fait l’objet d’un débat avec les organismes de protection de la nature et a été un issue de l’EIA dans le passé, fera cette fois l’objet de protection: “Cet atout naturel est primordial pour le projet et plusieurs mesures visant à la protection de la dune seront appliquées, en accord avec la licence EIA.” Ainsi, selon le communiqué, en premier lieu, le développement comportera une zone tampon de 100 mètres à partir du niveau de la mer à marée haute (High Water Mark). Les promoteurs se veulent rassurants: “Aucune construction ne sera entreprise dans cette zone afin de préserver la crête de la dune.” Cherchant à convaincre que le projet aura un impact positif sur l’environnement de la Cambuse, les promoteurs ont sollicité Pierre Baissac de Diospyros Ltd, consultant en écologie, sur cet aspect du projet. Celui-ci a réalisé une première étude d’impact suite à quoi il a élaboré un plan de restauration progressive de la flore endémique qui ornait cette côte originellement. À travers ce plan de restauration de la forêt endémique, les promoteurs visent à la stabilisation et la conservation de la dune.
Le groupe Currimjee Jeewanjee est convaincu que ce projet contribuera à redynamiser durablement l’économie dans cette partie de l’île, notamment en termes d’emploi. “En ce qui concerne Le Chaland Resort, quelque 300 emplois directs et 600 emplois indirects seront créés, et le recrutement donnera, à compétences égales, la priorité aux habitants de la région. Par ailleurs, durant la construction de l’hôtel, jusqu’à 800 emplois seront créés.”
Selon les promoteurs, les professeurs Françoise et Geoffrey D. Summers ont réalisé un Cultural Heritage Impact Assessment à destination du National Heritage Fund (NHF), permettant de dater les ruines (des réminiscences de postes de garde de la Seconde Guerre mondiale) et de les identifier comme n’ayant pas de valeur historique significative.
Dans un souci de préserver l’environnement, le compostage des déchets verts est prévu ainsi que le tri des autres déchets recyclables. Les eaux usées seront traitées et réutilisées pour l’irrigation. Pour ce faire, des spécialistes, dont le Dr Alan Sam-Soon, consultant en environnement et spécialiste de la gestion des eaux, ont planifié l’installation d’une station d’épuration qui prévoit la déphosphatation et la dénitrification, traitements qui permettent d’enlever les composantes polluantes que sont les nitrates et le phosphore afin de rendre les eaux propres à l’irrigation. De même, dans un souci de respecter la vie marine, les promoteurs ne prévoient pas l’exploitation d’activités nautiques requérant des bateaux à moteur.
Ce projet colossal qui pourrait doper l’activité économique du Sud de l’île a vu son rapport Environment Impact Assessment être remis aux autorités avant d’obtenir le go-ahead du gouvernement. Et ce, bien que Xavier-Luc Duval, vice Premier ministre et ministre du Tourisme, avait annoncé le voeu des autorités de geler les projets hôteliers sur la demande de l’AHRIM et s’était même dit en faveur d’un “moratoire” pour contrecarrer la surcapacité hôtelière. Par ailleurs, il n’est pas à écarter que Le Anantara Chaland Ressort suscitera encore des débats, que le public souhaite éclairés et non démagogiques de la part des personnes oeuvrant pour la préservation de l’environnement.