« Inertie générale au ministère de la Santé », « manque complet de leadership », « inaction »… C’est en ces termes que s’est exprimé un syndicat nouvellement formé, à savoir la Federation of Health Services Union (FHSU), créé pour regrouper les syndicats du secteur. Son président, Ram Nowzadick, ainsi que d’autres membres de la fédération ont animé hier un point de presse à l’hôtel Saint-Georges, Port-Louis. Reconnaissant les capacités du ministre de la Santé Anil Gayan, ils estiment néanmoins que celui-ci est « mal conseillé ». La FHSU se dit ainsi prête à collaborer pleinement avec le ministère, « mais pour cela, il faudrait qu’il soit à l’écoute ». Cependant, si aucune solution n’est trouvée à la série de problèmes soulevés, la FHSU prévoit une marche pacifique de deux heures le 20 novembre.
« Inertie du ministère », « retard dans les rémunérations des infirmiers », « absence d’un “nurses’ mess” à l’hôpital Jeetoo », « mauvaise gestion du stock de médicaments coûteux », « chaos à la School of Nursing Training ». Tels sont quelques-uns des problèmes soulevés par la FHSU lors d’un point de presse hier à l’hôtel Saint-Georges. Pour le président du syndicat, « ces derniers temps, il règne une inertie totale au ministère de la Santé, qui vient du ministre lui-même en passant par ses hauts fonctionnaires », ajoutant qu’il y a « un complet manque de leadership ».
La FHSU dénonce également un « retard considérable » dans la rémunération (bank nurse allowance) des infirmiers et des Health Care Assistants (HCA). « Ceux qui ont travaillé comme intérimaires n’ont pas été rémunérés depuis deux à trois ans. Des fonctionnaires, dans chaque hôpital, ont de fait entamé un “go slow” faute d’avoir eu leurs “overtimes”. Cela crée une grande frustration. » La FHSU indique avoir écrit au ministère à ce sujet, en vain. « Nous pensions qu’avec le nouveau régime au pouvoir, il y aurait eu un nouvel élan. Mais nous sommes complètement déçus. Nous donnons au ministère deux semaines pour régler ce problème de rémunérations. »
Autre objet de frustration, cette fois à l’hôpital Jeetoo : « Les infirmiers sont en rognes car leurs droits sont bafoués. L’ancien régime avait répondu positivement à notre demande d’un “nurse’s mess”. On avait d’ailleurs alloué des fonds pour un espace récréatif. Malheureusement, un Regional Health Director de l’hôpital Jeetoo pense que le ministère est entre ses mains et a repris notre “nurses’mess” sous prétexte qu’il manque d’espace pour la dialyse. » Se basant sur des règlements, la FHSU dénonce ainsi  : « D’après la Health and Safety Act, quand il y a plus de 100 employés, un “mess” est obligatoire. Le Regional Health Director ne respecte pas cette loi. Nous lançons un appel au ministère pour qu’on nous rende notre “mess”. » Ram Nowzadick fait par ailleurs état de l’existence « d’un dortoir étroit à l’hôpital sans aucune ouverture », ajoutant : « Nous avons 400 infirmiers à l’hôpital Jeetoo. Nous avons besoin d’un “common mess” pour les infirmiers. »
S’agissant de la gestion des médicaments coûteux dans les hôpitaux régionaux, Jeewuth Bholanath, vice-président, explique que, depuis le 31 juillet, « nous avons reçu une circulaire disant que, dorénavant, nous devons remplir un “Store form V” que nous utilisons d’habitude pour demander des médicaments pour un mois ». Et de poursuivre : « Nous avons écrit au ministre Gayan pour lui dire que nous ne sommes pas d’accord avec la manière dont la pharmacie est gérée, mais nous n’avons pas pu avoir de réunion avec lui. Les infirmiers ne peuvent devenir des “Store Managers” Nous devons nous occuper des malades, comment pourrons-nous nous gérer aussi les médicaments. Cela pourrait donner lieu à de la corruption et à un manque de relevé ou de transparence. » Pour la FHSU, les salles ne peuvent devenir des “stores” de médicaments, d’autant qu’elles ne sont pas climatisées. Le syndicat dit son désaccord que la section pharmacie soit “shiftée” sous la responsabilité des infirmiers. « C’est la population qui en souffrira, car les médicaments seront de mauvaise qualité, les salles n’étant pas équipées pour les stocker. De plus, la responsabilité de “storekeeper” ne figure pas dans les “core duties” des infirmiers. »
Autre problème récurrent : la School of Nursing. « C’est le chaos. Dans une classe, il y a parfois 80 élèves tandis que les enseignants, eux, ne sont que huit », témoigne Ram Nowzadick. Depuis 2013, indique-t-il, « nous avons rehaussé le niveau du “certificate” à celui de “diploma” ». Il poursuit : « Notre objectif pour accomplir cela était 2016. Mais, nous sommes en 2015 et nous avons encore 2 000 infirmiers à “upgrade”. Le ministre a annoncé que le cours de “Nursing Diploma” prendrait désormais deux ans. Un “certificate” prenait 3 ans. Aujourd’hui, avec les nouvelles maladies qui sont apparues, le curriculum est devenu plus “bulky”. Comment donc préparer un “diploma” en deux ans ? Même en Afrique, la formation minimale pour devenir infirmier est un BSC en Nursing. D’ailleurs, nous avons un “benchmark” à la MQA sur le nombre d’heures qu’il faut accomplir. Si la formation est bâclée, c’est la population qui en souffrira. »
Selon la FHSU, si le ministère ne trouve pas de solutions à ces problèmes au plus vite et « que nos droits ne sont pas rétablis, nous organiserons une marche pacifique le 20 novembre à 10 h au Champ-de-Mars. » Et de conclure : « Nous aurons une permanence à l’hôpital. Quelque 2 000 infirmiers y participeront pendant deux heures pour dénoncer l’inertie du ministère de la Santé. »