Si la dégradation des valeurs ainsi que la recrudescence des fléaux sociaux tels l’inégalité et l’exclusion constituent  un milieu fertile pour la prolifération de l’extrémisme et l’intégrisme, les profondes divergences au niveau de la politique mondiale handicapent sérieusement toute tentative de concertation pour combattre efficacement le terrorisme transfrontalier. Tous les dirigeants qui ont participé à la marche républicaine à Paris le 11 janvier, ne s’accordent forcément pas sur la définition de la liberté d’expression mais, dans le cas de certains leaders africains, leur présence à cette manifestation ne représentait qu’un symbole de reconnaissance envers la France pour son aide contre les groupes intégristes qui veulent déstabiliser le gouvernement dans leurs pays respectifs. Pourtant, que ce soit en Europe, en Afrique ou en Asie, les États développés possèdent les moyens plus que nécessaires pour mettre, une fois pour toutes, hors d’état de nuire les Boko Haram, État Islamique, Talibans, Al Qaïda, etc. Mais le terrorisme, étant un phénomène mondial, requiert, par conséquent, une solution mondiale. En revanche, des réponses isolées et spontanées pour réprimer les auteurs des actes meurtriers, comme ceux perpétrés contre le journal Charlie Hebdo, ne pourraient que produire un effet boumerang. Car pour les djihadistes et fondamentalistes, il ne saurait y avoir d’actes plus dignes et héroïques que ceux commis au nom d’Allah.
 Dans ce contexte, l’intervention militaire américaine en Irak après les événements du 11 septembre 2001, n’a fait que provoquer l’émergence de multiples groupes radicaux dans ce pays. Si l’objectif d’éliminer Saddam Hussein a effectivement été atteint, par contre, la sécurité dans ce pays, de même qu’en Afghanistan où les Talibans demeurent toujours la plus sérieuse menace au gouvernement de Kaboul après le retrait des troupes américaines, n’a jamais été restaurée. Idem en ce qui concerne la situation ces jours-ci en Libye. La France de même, terre d’immigration, est aujourd’hui rongée par le problème de l’insécurité, dont le FN a fait un de ses chevaux de bataille. Si, selon la déclaration du Premier ministre, Manuel Valls, « la France est en guerre contre le terrorisme », il convient toutefois de faire ressortir que la vraie guerre aujourd’hui est celle menée de façon totalement irresponsable, contre la planète dans son ensemble. Une guerre qui puise ses racines dans une économie en totale défaillance quant au respect des valeurs sociales, éthiques et écologiques. D’ailleurs « le véritable coût de la catastrophe écologique qui nous guette ne se mesurera pas en dollars mais en millions voire milliards de vies », estime l’ONG britannique Oxfam, qui appelle, par conséquent, tous les pays industrialisés à oeuvrer de manière concertée « pour sauver la planète ». En effet, la croissance à tout prix de la richesse aveuglante produit simultanément une croissance correspondante des inégalités, de pauvreté et des dégâts environnementaux irréversibles. Et lorsque l’instinct de la violence est éveillé par ces fléaux calamiteux, des scènes de terreur ne peuvent être écartées.
  La paix avec la terre implique d’abord et surtout un impératif de survie autour duquel doivent évoluer toutes les priorités des activités humaines. Mais de quelles priorités peut-il réellement en être question lorsque l’industrie la plus budgétivore et polluante, celle des armes, qui avait copieusement alimenté l’existence de la guerre froide pendant plus d’un demi siecle, n’a, à proprement parler, jamais connu une décroissance significative attendue après novembre 1989. Ce alors que, selon la FAO, le seuil symbolique d’un milliard de personnes souffrant de la faim a été franchi en janvier 2012. En juin de cette même année,  manifestement pour se faire bonne conscience, le G8 réuni à Camp David prenait la décision de sortir 50 millions de personnes de la pauvreté. Or, 2 jours plus tard, le 21 juin 2012, le sommet de l’OTAN – organisation regroupant la majorité des pays du G8 – à Chicago, décidait d’aller de l’avant avec le bouclier antimissiles en Pologne et République Tchèque. Et il va sans dire que la promesse de Camp David n’a jamais été réalisée.
 Le monde se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Les enjeux sont énormes. Le message envoyé par la crise économique de 2008 a tout bonnement été balayé d’un revers de la main par les décideurs de la politique globale. Au sommet du G20 à Londres en avril 2009, le choix était pourtant clair mais les divergences entre partie américaine et européenne étaient palpables ; la première étant favorable à plus de relance alors que la seconde optant pour plus de régulation. La raison du plus fort étant toujours la meilleure, le système économique fut alors relancé par une injection de 1000 milliards de dollars, puisés majoritairement des fonds publics. Ainsi, ceux qui avaient fait vaciller le système, loin d’être sanctionnés, furent tout simplement récompensés. Or, il est connu que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets mais qui peuvent se manifester de manière imprévisible.