Nicolas Némorin, non-voyant depuis l’âge de 13 ans, vient de lancer son premier EP de quatre titres intitulé Mo messaz. Une sorte de vitrine pour montrer son talent et sa palette musicale et qui sert de tremplin à un album plus complet. Une manière aussi de conjurer le sort et de montrer qu’un handicap n’est pas une fin en soi. Nous l’avons rencontré chez lui à Palma, où il vit avec sa femme, également non-voyante.

Nicolas Némorin

Quelques notes de guitare pour nous accueillir et le voilà prêt à ouvrir une fenêtre sur son quotidien et celui de sa famille. Nicolas Némorin, 37 ans, est heureux de réaliser enfin un rêve d’enfant : lancer un album. “Je le prépare depuis plusieurs années. J’ai finalement pu voir la lumière au bout du tunnel”, dit-il en plaisantant. À côté, Sweety, sa femme, également non-voyante, joue avec leur fils de 11 mois. Un rayon de soleil dans leur quotidien sans lumière. Le couple s’occupe du petit bout de chou sans aucun problème. “Nous devons prendre des précautions avec le bébé, prendre plus de temps et faire attention aux objets autour, mais on s’en sort plutôt bien.”

Cet album, Nicolas Némorin le désire depuis toujours. Compositeur dans l’âme, il a déjà écrit de nombreux morceaux qu’il souhaite faire découvrir. En attendant, il propose un petit avant-goût à travers Mo messaz. Il s’agit d’un opus de quatre chansons brassant plusieurs styles. Nous y découvrons Arreter, un reggae revendicateur qui dit halte à la violence dans le monde. “Mo’nn fatige ar tann lager partou, tro boukou inosan pe mor”, confie le chanteur.

À travers, Ser mwa for, un zouk très romantique, il lance un message d’amour à sa femme. “J’ai composé ce morceau dans lequel je lui dis : mersi a twa mo lady ki finn tir mwa dan lobskirite.”

Multi-instrumentiste.

Vizaz maske est un seggae dénonçant l’hypocrisie, avec des passages d’une flûte de Pan façon orientale. “Ce morceau est destiné à tous les hypocrites qu’on voit partout, même dans notre cercle d’amis.” L’album se termine par Zil natal, un séga qui se veut une ode au patriotisme. “J’ai eu envie de dire aux Mauriciens de vivre dans l’harmonie. C’est un morceau rassembleur qui incite à accepter la diversité.”

Écrire ces morceaux a été un réel plaisir pour Nicolas Némorin. “Je suis multi-instrumentiste. J’ai appris à jouer de la guitare auprès d’un non-voyant. Je me suis intéressé à l’accordéon, un instrument qui me plaît particulièrement. Je sais également jouer de la ravanne, d’autres percussions ainsi que l’harmonica.”

Non-voyant depuis l’âge de 13 ans, l’habitant de Palma a surmonté beaucoup d’obstacles avant de lancer cet album. Des coups bas de personnes de confiance et un manque de soutien financier l’ont obligé à mettre de côté son projet. “Cela n’a pas été facile. J’ai galéré mais je suis content d’avoir réussi à lancer ce premier album en puisant de mes propres fonds et avec l’aide de quelques amis. Cela va me permettre de montrer ce que je sais faire. Je souhaite à présent sortir un album plus complet.”