Pendant que la population fête le réveillon en famille, d’autres, affectés aux services essentiels, doivent travailler la nuit de la Saint-Sylvestre. Policiers, pompiers, médecins, infirmiers, agents de sécurité et receveurs de bus, entre autres, sont en effet « on duty » pour assurer un bon passage vers la nouvelle année. Mais comment passent-ils cette nuit, normalement très animée, sur leur lieu de travail, loin de leurs proches ? Témoignages…

FORCES DE L’ORDRE

Sergent Mahabirsingh : « C’est la routine pour moi »

Le sergent Anil Mahabirsingh, 45 ans et habitant de Khoyratty, est affecté au poste de police des Line Barracks. Il est l’un des policiers qui sera de service dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. « Durant mes 18 années de service comme policier, j’ai travaillé plusieurs fois pendant la nuit du réveillon. Du coup, c’est devenu chose normale pour moi », dit-il. Il explique ainsi qu’il sera « on duty » à partir de 23h15 le 31 décembre jusqu’à 7h30 le lendemain, soit le 1er janvier. Comment passe-t-il cette nuit au travail ? « Nous effectuons des patrouilles dans la capitale. C’est une nuit très animée et l’ambiance est grandiose à Port-Louis. Donc, nous devons redoubler d’efforts et de vigilance », dit-il.
Anil se souvient qu’en 2013, alors qu’il était affecté à un poste de police du Nord, un accident (“hit and run”) s’est produit vers 00h15. Heureusement, il n’y avait pas de blessé. Mais les policiers ont fait face à de grosses averses.

 

En ce qui concerne sa famille, le sergent Mahabirsingh confie que ses deux enfants, âgés de 7 et 13 ans, sont tristes de savoir que leur papa ne sera pas avec eux pour le réveillon. « Heureusement que je bénéficie du soutien de mon épouse, qui est au chevet de mes enfants pendant cette nuit festive. Toutefois, j’essaie de rattraper le temps perdu le lendemain. Nous allons à Grand-Bassin en famille pour les prières et nous organisons un déjeuner en famille », dit-il.

Manish Hookoom : « Je me prépare physiquement et moralement »

Ce jeune policier de 23 ans travaillera pour la deuxième fois pendant la nuit du réveillon depuis qu’il s’est joint à la force policière. Cet habitant de Vallée-des-Prêtres compte trois années de services et est actuellement affecté aux Line Barracks. « Je me souviens qu’en 2016, une dispute entre voisins a éclaté juste après les pétarades. J’étais alors affecté à Pointe-aux-Sables. C’est la première fois que j’ai vécu le réveillon différemment. D’abord, au lieu d’être en compagnie de ma famille, je suis avec mes collègues. Puis j’ai dû aller calmer les esprits chez des gens. Au départ, c’était difficile. J’avais le cœur à la maison. Mais je me suis préparé moralement et physiquement pour cette nuit », dit-il.

Manish ajoute qu’avant de venir travailler, il profite d’un bon moment en famille. « Nous organisons un dîner entre famille et voisins. J’en profite pleinement mais je ne consomme pas d’alcool parce que je dois être en service dans la nuit. Et je dois me préparer physiquement et moralement pour les prochaines huit heures au travail », avance-t-il.

Le jeune policier souligne qu’il souhaite que « rien de mauvais ne se produise » la nuit du réveillon. Toutefois, il se prépare à toute éventualité. « Quand nous prenons notre service, nous oublions que c’est la période festive. Nous travaillons comme si c’était un jour normal. Il n’y a ni fête ni ambiance festive au poste. C’est le sérieux total. Si nous ne sommes pas sur le terrain, nous souhaitons bonne année à nos collègues. C’est ainsi que se passe notre réveillon au travail », indique Manish.

HÔPITAUX

Reshma Larka : « Une nuit comme les autres »

Pour le personnel hospitalier, qui travaille du 31 décembre au 1er janvier, la nuit du réveillon est une nuit ordinaire. Reshma Larka, 36 ans et habitant Petite-Rivière, compte 15 années de service comme infirmière. Elle a été appelée à travailler la nuit du réveillon une dizaine de fois. Cette année encore, elle passera la nuit aux côtés de ses collègues et des patients.

« Parfois, la nuit du réveillon est plus ou moins tranquille à l’hôpital. Mais j’ai aussi connu des nuits très mouvementées. Je me souviens qu’une fois nous étions sur nos pieds jusqu’à trois heures du matin. Nous n’avons même pas eu le temps de souhaiter bonne année à nos proches ni aux collègues », relate l’infirmière. Mère d’un petit garçon de 7 ans, Reshma avance que son fils est triste quand il réalise que sa mère ne sera pas avec lui pour le réveillon. « Son papa et ses grands-parents sont avec lui et s’assurent qu’il profite bien de cette nuit festive. Je suis tranquille sachant mon fils est bien entouré. Mon époux est aussi infirmier mais il ne travaillera pas cette nuit-là. Donc il sera au côté de notre fils. Mais il est déjà arrivé que mon époux et moi devions travailler tous les deux la nuit de la Saint-Sylvestre. Notre enfant était alors resté avec ses grands-parents », relate Reshma.

Westley Boudeuse : « Ce n’est pas facile de travailler la nuit du réveillon »

Louis Westley Boudeuse, 32 ans et infirmier depuis 11 ans, trouve « dur » de travailler pendant la nuit du réveillon. « Ce n’est pas facile du tout. Mon épouse et mon bébé d’un an et huit mois restent seuls à la maison alors que je dois venir travailler. Mon épouse est originaire de Rodrigues. Elle n’a pas de proches à Maurice. Donc quand je dois travailler, elle ne peut s’amuser seule », raconte Westley. Ce dernier explique que c’est « encore plus difficile » quand il entend le son des pétards à l’extérieur. « C’est difficile de travailler quand je pense que je devrais être aux côtés de ma famille en ce moment. Mais après, je me dis que j’ai choisi ce métier et que je dois accepter toutes les conditions qui viennent avec », dit-il.

Westley est affecté dans une petite salle d’opération. Il explique qu’il reçoit souvent des blessés la nuit du réveillon. « Il y a des gens qui viennent avec de petites brûlures causées par des pétards. D’autres viennent après un petit accident. Il y a toujours du travail pour nous à l’hôpital cette nuit-là », fait-il ressortir.

Le Dr Valentina Sheik Hassan : « Je me suis habituée »

Le Dr Valentina Sheik Hassan, responsable de l’hôpital Brown Séquard et Duty Manager à l’hôpital Jeetoo, travaillera 24 heures d’affilée du 31 décembre au 1er janvier. Elle sera affectée à l’hôpital civil pour assurer le bon fonctionnement des opérations pendant la nuit du réveillon.

« J’exerce comme médecin depuis 32 ans. Et pour moi, travailler la nuit du réveillon n’a rien d’anormal. C’est devenu une routine tous les ans. Mes enfants sont mariés et vivent à l’étranger. Donc, au niveau de la famille, cela ne pose aucun problème. Mon époux passe la nuit devant sa télé tandis que moi, je suis au boulot », dit-elle. Elle dit profiter de cette nuit en compagnie de ses collègues et des patients admis dans les salles. « Pendant le contrôle régulier dans toutes les salles, je m’assure de dire des paroles encourageantes au personnel qui travaille ainsi qu’aux patients, qui sont sûrement tristes d’être loin de leur famille. Cette année, la tradition se poursuivra. A minuit, nous souhaitons les meilleurs vœux à nos collègues et aux patients. »

POMPIERS

Ram Narain Muttur : « Une coutume pour moi »

Ram Narrain Muttur, 59 ans et habitant Vieux-Grand-Port, compte 34 ans de service au sein du Mauritius Fire and Rescue Service (MFRS). Il nous confie que travailler la nuit du réveillon est devenu une « coutume » pour lui, vu le nombre de fois qu’il a été appelé à travailler cette nuit particulière.

« Quand j’étais jeune, j’arrivais difficilement à digérer le fait que je doive travailler pendant le réveillon. Mais par la suite, je me suis habitué. Mon épouse et mes enfants également. Ils fêtent le réveillon entre eux en attendent que je revienne le lendemain. Les célébrations vont alors continuer », relate Ram Narain.
Ce dernier explique que le réveillon à la caserne des pompiers est « sérieux ». D’autant que, souvent, la brigade de nuit est appelée à procéder à des interventions. « Il y a des accidents, des incendies causés par les pétarades, des animaux qu’on doit secourir car ils sont partis se cacher loin des pétards à minuit. J’ai d’ailleurs une petite anecdote. En 1987, un incendie s’était déclaré dans une étable et les pompiers ont dû se ruer sur place. C’était une des missions les plus mémorables s’étant déroulées pendant la nuit du réveillon », explique le sapeur-pompier.

Rashid Mohabuth : « On doit rester toujours en alerte »

Rashid Mohabuth, 61 ans et pompier depuis 38 ans, explique que les pompiers doivent rester toujours « en alerte » la nuit du réveillon. « Alors que le public s’amuse, nous devons assurer leur sécurité. D’ailleurs, nous expliquons à nos enfants ce que le métier que nous pratiquons implique. Quand je suis en congé, nous rattrapons alors le temps perdu en famille », dit-il.

Cet habitant de Rose-Belle se souvient avoir été sollicité dans le passé pour secourir un chat qui s’était réfugié dans un arbre en entendant les pétards. « C’était le chat de l’épouse d’un élément de la SMF. Elle nous a appelés pour nous dire que son chat s’était caché sur un arbre et qu’il n’arrivait plus à descendre. Nous avons dû intervenir et aller le chercher pour le remettre à son propriétaire », dit-il. Et d’ajouter que le réveillon, au boulot, est aussi l’occasion de « consolider l’amitié entre collègues » et de partager des moments de bonheur avec eux. « Nous sommes surtout au chevet des jeunes recrues. Nous essayons de leur remonter le moral pour qu’ils ne soient pas tristes en cette occasion », dit-il.

TRANSPORT

Amina Sahye : « Je rencontre des gens sans manière »

Amina Sahye, 32 ans et habitant Grande-Rivière, exerce comme receveuse d’autobus pour la compagnie United Bus Service (UBS) depuis plus de cinq ans. Cette année, comme les trois années précédentes, elle sera appelée à travailler pendant la nuit du 31 décembre. Elle risque fort de terminer son service après minuit. « Je prendrai mon service vers 11h pour terminer vers 00h30 ou 1h du matin le 1er janvier. Je travaillerai sur la ligne de Port-Louis/Curepipe », dit Amina.

Cette mère d’un petit garçon de huit ans dit avoir accepté de pratiquer ce métier avec les conditions impliquées. « Je ne trouve pas ce métier dur même si je suis appelée à travailler pendant la nuit. Je ne crois pas que je m’expose à des risques car mes collègues sont là si un incident se produit. Il y a le chauffeur et les collègues, qui sont de garde à la gare. Si j’ai un souci, ils viendront me soutenir », continue-t-elle. Amina raconte avoir croisé des personnes « insignifiantes » lors des nuits de réveillons pendant lesquelles elle a travaillé. « Nous recevons surtout des passagers saouls, qui sont insignifiants. Certains ne veulent pas payer leur ticket tandis que d’autres font des bêtises. Mais personne n’a été agressif envers moi jusqu’à ce jour. La nuit de dimanche à lundi sera plus ou moins similaire. Et je me prépare pour travailler jusqu’à fort tard », dit-elle.

La receveuse ajoute que son fils attend qu’elle revienne du travail pour profiter de ce qui reste de la nuit du réveillon en sa compagnie. « Il ne va pas dormir tant que je ne suis pas à la maison. Il est triste sans moi mais nous essayons de rattraper les moments perdus après », précise-t-elle.

SÉCURITÉ

Kailash Hurkoo : « Pas de fête pour moi »

Kailash Hurkoo, 50 ans et habitant Congomah, à D’Epinay, exerce comme agent de sécurité depuis trois ans. Pour lui, la nuit du réveillon est « une nuit comme toutes les autres ». Il ajoute : « Il n’y a rien de spécial. Je viens travailler à 16h pour terminer à 6h45 le lendemain. Je regarde la télé mais je reste vigilant car la responsabilité d’un bâtiment repose sur moi », précise Kailash Hurkoo. Après son service de nuit, Kailash rentre alors chez lui. Il accompagnera sa famille pour les prières dans la matinée. Ensuite, il participera à un déjeuner familial et profitera du premier jour de la nouvelle année en compagnie de ses proches.

HÔTELLERIE

Mooroogun Coopen : « Ma famille doit comprendre que je travaille »

Mooroogun Coopen, 46 ans et habitant Saint-Antoine, exerce comme chef de cuisine depuis une trentaine d’années. Il a travaillé pendant la nuit du réveillon pendant 30 années consécutives, sans exception. « Ma profession est ma passion. Toutefois, j’aurais bien aimé rester avec ma famille pour un réveillon », dit-il. Sa famille, d’ailleurs, le soutient et comprend l’implication de son métier. « J’exerce dans l’hôtellerie depuis que j’ai 18 ans. Quand j’ai rencontré celle qui allait devenir ma future épouse, je lui ait fait comprendre que je dois travailler pour les réveillons de Noël ainsi que du Nouvel an. Par la suite, j’ai fait comprendre la même chose à mes enfants, qui sont aujourd’hui âgés de 18 et 16 ans », dit-il. Ce professionnel de l’hôtellerie fait toutefois de tout son mieux pour être auprès de sa famille avant les 12 coups de minuit. « Généralement, je parviens à rentrer à 23h30. Mais il m’est déjà arrivé de rentrer à 00h05 et je n’étais pas content », avance-t-il. L’ambiance, à l’hôtel, est cependant très festive, ajoute-t-il. Aussi il en profite pleinement avec ses collègues et amis.