L’année du Dragon reprend ses droits mais calmement. La plupart des commerçants sino-mauriciens de la capitale, qui ont célébré lundi la fête du Printemps, n’ont pas encore repris le chemin de leur boutique.
L’on connaît la contribution de la communauté sino-mauricienne au foisonnement du commerce dans le pays. Le Quartier chinois, avec ses « antiquités de boutiques » et bâtiments historiques, parle de lui-même. La tradition « aste- vende », satisfaire le client, « kas-negosye » et travailler dur se perpétue, sauf quand sonne l’heure du repos… C’est alors Port-Louis qui prend un coup de vieux, surtout avec la fête du Printemps. Le métronome de la capitale s’enraye. Et au troisième jour de l’an chinois, seuls quelques commerces ont repris.
C’est donc un Port-Louis calme que l’on retrouve à la mi-journée aujourd’hui. Sur la route Royale, en direction du Quartier chinois, les automobilistes sont moins stressés. Moins de piétons. Moins de marchands ambulants. Le Nouvel an chinois aura, pour ainsi dire, passé l’envie à l’économie underground de montrer le bout de son nez.
Ville fantôme. Pas exactement. Port-Louis était plutôt détendu. Le supermarché Wong Min, non loin du Marché Central, est fermé. Idem pour les enseignes mythiques de Chinatown comme Win Tai Cheong, Albert Trading ou Li Wan Po. Nombre de commerces affichent d’ailleurs « On reprend le jeudi 26 ». D’autres poussent jusqu’au lundi 30.
Des plus petits commerces parviennent toutefois à égayer le paysage à l’instar de la papeterie Corner House à l’angle de la route Royale et de la rue Bourbon. Le propriétaire M. Ng explique que « nou ti pe vann liv lontan. Nou pa ti kontan penaliz bann zenfan lekol akoz lane sinwa. Akoz samem nou finn garde sa tradition ouver deuxiem zour lane. Lerla, nou fer inpe partaz ek bann clients. Nou donn zot gato lasirr, sipek. Hier ti ena loulou sinwa ». M. Ng pense que la grande majorité des magasins devraient rouvrir d’ici vendredi. « Dapre tradition meyer zour pou ouver magazin la li vendredi. »
La tradition, encore et toujours. À la quincaillerie Ken Trading, plein centre du quartier, la propriétaire nous accueille. « Ouver magazin li depann lor ki zour ki liv dir nou meyer pou ouver. Akoz sa mem ou kapav trouv enn magasin ouver nek pou enn ti-moman pou tir petar. Bokou pe kampe. Zot pa dan Port-Louis. »
L’on aura noté par ailleurs que bon nombre de quincailleries sont ouvertes. « Pa plis ki labitid », soutient la propriétaire de Ken Trading. Chez Lam Po Tang et Lising, c’est « business as usual ».
Que dira l’année du Dragon ? « Difisil », estime M. Ng. Et pour combien de temps le Quartier chinois restera encore « chinois » avec ces boutiques et cette ambiance particulière ? « Bann zenfan nepli anvi repran biznes, déplore M. Ng, nou trouv bokou dimounn emigre… » Et de se poser la question : pendant combien de temps encore Port-Louis fonctionnera au ralenti pour le Nouvel An ? En attendant profitons de l’accalmie.