La nouvelle carte d’identité nationale a, de nouveau, été la cible du leader du MSM, hier, lors de sa conférence de presse. Soutenant qu’en demandant aux Mauriciens de remettre leurs empreintes digitales ainsi que leur photo biométrique à une banque de données gérée par une compagnie privée, c’est aller à l’encontre de la Constitution, car atteinte et menace à la liberté des citoyens. Pravind Jugnauth déplore le dessein derrière ce nouveau système qu’il qualifie « d’instrument que le gouvernement fasciste PTr compte utiliser pour surveiller la population. »
Après le jugement de la Cour suprême, la semaine dernière, à l’effet qu’il avait jusqu’au 15 septembre 2014 pour soumettre ses empreintes digitales pour la Biometric ID Card, Pravind Jugnauth revient sur la question de la nouvelle carte d’identité nationale. Y accordant la majeure partie de sa conférence de presse d’hier au Sun Trust, le leader du MSM maintient que ce nouveau système est « une machinerie infernale orchestrée pour établir une surveillance rapprochée de tous les citoyens mauriciens. » Selon lui, des amendements ont été apportés par « ti coup ti coup » à la loi afin de parfaire l’agenda du gouvernement PTr dans sa démarche. Il rappelle qu’en 2009, suivant un exercice d’appels d’offres, les services de la compagnie SAGEM avaient été retenus pour les nouvelles cartes d’identité au coût de Rs 300 M. « Mais Navin Ramgoolam pa ti daccor avec sa procédure transparent là », dit-il, ajoutant que le Premier ministre a stoppé net ce développement et s’est rendu à Singapour et, sans que personne ne sache la teneur des discussions ni des négociations, a décidé de l’allocation de ce contrat à une firme singapourienne. « Jusqu’ici, personne ne connaît le montant exact que l’État déboursera », s’indigne Pravind Jugnauth. Et de faire ressortir que si, au départ, il s’agissait de « governement to government corporation », aujourd’hui, il s’agit de « gouvernment of Mauritius and private company corporation. » Une compagnie privée qui a, d’ailleurs, sous-contracté le projet. « Cela déjà va à l’encontre du Data Protection Act », dit-il, faisant ressortir qu’il s’agit d’une infraction à la loi lorsque les données confidentielles et personnelles de chaque Mauricien sont manipulées par des gens du privé.
Oath of secrecy
Indiquant que les officiers de l’État civil prennent eux un « oath of secrecy » et ont un devoir de confidentialité, le leader du MSM met en doute la discrétion des personnes qui auront accès aux données personnelles des Mauriciens. Faisant une sortie contre le Project Director Rao Ramah, il rapelle ses relations avec le PTr, indiquant qu’il est connu pour être un agent du PTr et de Nita Deerpalsing et a, entre autres, participé à la campagne pour les élections générales, sans compter qu’il est derrière la conception du website du PTr. Pour Pravind Jugnauth, ces informations démontrent que « pe tiss enn latoile d’arraignée pou kapav control tou dans enn l’État PTr avec méthodes gestapo kot la population finn déjà pris en otage. » Le leader du MSM s’inquiète, par ailleurs, qu’avec la nouvelle carte d’identité, plus particulièrement la photo biométrique, l’État pourra se servir des photos de foules, plus précisément des rassemblements politiques, pour obtenir toutes les informations confidentielles d’un individu. Ce qui serait une réelle atteinte à la liberté de mouvement, de rassemblement et d’opinion de chaque citoyen. Il soutient, de même, qu’avec les empreintes digitales, « si zot envi, kapav monte enn case lor enn dimoun avec so lempreinte ki zot ale deposé lor enn lieu de crime, par exemple. Et après, c’est innocent ki pou bizin ale expliqué couma so lempreinte lor sa lieu du crime-là. »
Victoire
Revenant sur le jugement de la Cour suprême, la semaine dernière, Pravind Jugnauth crie trois fois victoire. 1. Alors que dans deux affidavits, l’État soutenait qu’il était dans la légalité, le leader du MSM rappelle que des regulations ont été apportées en catimini jeudi 3 octobre soir avec effet rétroactif à compter du 16 septembre en vue de valider les cartes émises dans l’illégalité depuis le 1er octobre. 2. Le pamphlet informatif autour de la nouvelle carte d’identité induit la population en erreur, dit le leader du MSM. Alors que la Cour suprême indique qu’il a jusqu’au 15 septembre 2014 pour se soumettre, Pravind Jugnauth tombe, selon le pamphlet, dans la catégorie des citoyens devant s’enregistrer d’avril à mai 2014. Et 3. Le communiqué émis par le bureau du PM après le jugement de la Cour suprême, serait contradictoire.
Pour le leader du MSM, son objectif a été atteint et il logera bientôt en Cour suprême le main case relatif à la carte d’identité nationale. Disant que sa fille, qui vient de fêter ses 18 ans, a décidé de ne pas se faire enregistrer pour la nouvelle carte d’identité biométrique, il demande – comme le leader du MMM, Paul Bérenger – à la population d’attendre avant de s’enregistrer pour l’obtention de la nouvelle carte d’identité. Donnant la réplique au ministre des TIC, Tassarajen Pillay Chedumbrum, qui a remis en doute sa crédibilité et soutenu que le leader du MSM était déjà au courant de la mise sur pied de la nouvelle carte d’identité et avait accordé une allocation budgétaire à ce projet lorsqu’il était ministre des Finances en 2010, Pravind Jugnauth le renvoie à son discours du 18 décembre 2009 dans lequel il mettait en garde contre ce projet.
Le leader du MSM a profité de ce point de presse pour évoquer la situation économique du pays, estimant que le départ de l’ex-secrétaire financier Ali Mansoor n’a pas été volontaire, contrairement à ce qu’a soutenu le ministre des Finances, Xavier Duval.  « Si volontairement il partait, l’aurait-il fait à la veille d’un exercice budgétaire? », demande-t-il. Et de souligner que la population a pu témoigner de la guerre de pouvoir entre le ministre des Finances et le directeur de la Banque Centrale, mais aussi de la tension entre Manou Bheenick et l’ex- secrétaire financier. « Sans oublier les frictions qui existent entre Xavier Duval et Navin Ramgoolam… », dit-il, soulignant que Xavier Duval a lui-même avoué qu’il regrette le départ d’Ali Mansoor. Pour le leader du MSM, le départ d’Ali Mansoor ne résoudra pas la situation, car c’est un fait que Xavier Duval et Manou Bheenick ont des opinions divergentes. Il profite de l’occasion pour mettre en garde le nouveau secrétaire financier, Dev Manraj, lui demandant « de ne pas cautionner des décisions irresponsables qui hypothéqueront l’avenir du pays. »
Pour le MSM, l’économie est en péril. Il faut une nouvelle équipe avec une vision pour relancer la machinerie et instaurer un climat de confiance. Pravind Jugnauth approuve, par ailleurs, le mécontentement des syndicats quant à la compensation salariale, estimant que cela ne fait aucunement justice aux travailleurs. Et de déplorer que les fonctionnaires se retrouvent aujourd’hui victimes des amendements apportés au PRB qui ne leur donnent pas droit à cette compensation. Il profite pour revenir sur les propos tenus par le ministre Xavier Duval qui s’est désengagé de cette décision, en renvoyant la population aux propos du PM. « La mem nou trouvé ki relations ena entre Navin Ramgoolam ek Xavier Duval », sourit Pravind Jugnauth.