Pour ne pas changer, à la question parlementaire du député Mahen Jhugroo sur les cas de tricheries liés aux jockeys et à l’industrie des courses, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, est venu affirmer ce que nous savions déjà. À plus d’un titre, le chef du gouvernement a donné la nette impression, guidé par cette main invisible dont parlait le député Rajesh Bhagwan tout récemment dans cette même Assemblée, d’avoir cherché à mettre les points sur les « i » et, ainsi, essayé de recentrer les débats et acculer le Mauritius Turf Club (MTC), qui faute d’un bon capitaine à la barre, est devenu le « punching ball » de ce gouvernement.
À bien voir, la question du député de la circonscription N°12 n’avait rien d’anodin dans un univers qui se veut convulsif entre le MTC et l’État, par le biais de la Gambling Regulatory Authority (GRA). Appelé à donner des éléments de réponse à cette question, le Premier ministre n’a rien apporté de nouveau à ce dossier, si ce n’est de confirmer ou réaffirmer la posture adoptée par la GRA dans l’affaire Noel Callow. C’est sans peine que sir Aneerod Jugnauth a de nouveau jeté le blâme sur le MTC. Comme quoi, l’information à l’effet qu’il y a bien eu une réunion entre les stakeholders des courses pour laisser partir Noel Callow, a laissé d’importantes cicatrices qui peinent à disparaître
Mais nous n’allons pas épiloguer encore une fois sur le départ de Noel Callow, qui a surpris tout le monde. Week-End a eu l’occasion de démontrer, preuve à l’appui, que toutes les parties concernées — y compris la GRA et la Police des Jeux — étaient d’accord sur un point : même si une action avait été initiée contre Callow, elle n’aurait pas abouti puisque ni le MTC ni la GRA ni la police n’ont les compétences et les structures requises pour prouver qu’il y avait « cheating » dans ce cas. Cette question avait d’ailleurs été évoquée lors d’une réunion où étaient présents Madame Ringadoo, CEO de la GRA, et les deux Britanniques Ben Gunn et Paul Scotney.
Donner raison ?aux Britanniques
Dans sa réponse mardi dernier, le Premier ministre a affirmé qu’il y a eu dix cas de « cheating », dont sept ont été rapportés par le MTC à la police. À ce jour, sept cas sont en suspens devant une cour de justice.« Three cases have been shelved, the reasons being that one case has been filed, the second case has been dismissed by the Court, and in the third cas, the DPP has advised no further action », a souligné sir Anerood Jugnauth dans sa réponse. Sans doute, ceux qui ont « draft »cette réponse du Premier ministre ne se sont pas rendu compte qu’une telle affirmation venant du chef du gouvernement de Maurice donne entièrement raison aux deux Britanniques George Ben Gunn et Paul Scotney. Ces derniers ont toujours soutenu haut et fort que les lois mauriciennes ne pourront jamais prouver quoi que ce soit en matière de« cheating », tant que l’État ne mettra pas en place les structures adéquates et nécessaires. Leurs recommandations vont d’ailleurs en ce sens, comme nous le savons tous.
En sus, sir Anerood Jugnauth confirme pour la seconde fois dans sa réponse la position adoptée dans ce qu’on nommera « la réunion Callow » : « Dans la pratique, il est très difficile de soutenir devant une cour de justice les suspicions de « cheating » en raison d’une absence d’expertise et d’évidence ». Si ce n’est pas se tirer une balle dans les pieds, cela s’en apparente grandement vu que le Premier ministre donne l’étrange impression de balancer aux membres de l’Assemblée nationale toute réponse qu’on lui tend.
Pourquoi l’État ne?commence-t-il pas à sévir…
Car en outre, sir Anerood Jugnauth fait preuve d’ignorance dans sa réponse et une telle démarche ne peut que s’avérer dangereuse. Le Premier ministre a ainsi affirmé que : « From the Stewards Reports, since 2013 to date, it is noted that there have been 251 cases of breaches of the Rules of the MTC, as follows : 44 cases (both fines & suspensions), 104 cases (fines only), 100 cases (suspensions only) and 3 cases (minor offences) ». Même si on peut ne pas être d’accord avec certaines décisions ou actions du Board des Commissaires des courses, ces propos du Premier ministre viennent dire que ce même Board ne se croise pas les bras et essaie tant bien que mal de protéger les turfistes. Ce que ne peuvent malheureusement pas dire la GRA et la Police des Jeux, dont les actions se terminent toujours par des flops.
Ils ne peuvent toujours pas confirmer qu’il y a eu des interpellations et des arrestations. Toutefois, posons-nous la question pour savoir si quelqu’un a déjà fini sa course derrière les barreaux. Nous parlons, certainement, sous la correction du président de la GRA, Me Raouf Gulbul, qui est très bien placé pour confirmer ou nier cette information. Si l’objectif du Premier ministre et de ses Conseillers était de prouver que les courses à Maurice sont pourries et truquées, le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ont choisi la plus mauvaise démarche possible. Car la question essentielle à poser doit mener à savoir qui permet que les courses soient truquées à Maurice?? Si ce n’est pas l’État, sur qui repose cette responsabilité??
Le Premier ministre a voulu encore une fois rassurer les turfistes en déclarant : « GRA is in the process of setting up an integrity and Intelligence Unit which would be provided with the necessary expert resources and logistics to be able to probe further into matters relating to cheating and eventually initiate Police enquiry and subsequent legal action ». Nous n’allons pas jusqu’à dire que sir Anerood Jugnauth a choisi de faire dans la démagogie sur ce dossier, mais, en attendant la mise sur pied de cette fameuse unité, nos politiques auraient pu commencer par sévir contre ceux dont les noms avaient été cités dans le Rapport Intérimaire Parry. Ils sont cinq « magouilleurs » à avoir été dénoncés par Richard Parry et ses assesseurs, mais jusqu’ici, au lieu d’agir et de « netoye » — comme il l’avait promis —, le gouvernement n’a fait que « cover up ».
Menace à peine voilée
Pourquoi cette protection et, surtout, au bénéfice de qui?? Qui dispose d’un « hidden agenda » au sein de ce gouvernement ou parmi les Conseillers du Premier ministre?? Si le gouvernement veut vraiment « clear-up the mess », c’est à ce niveau qu’il faut commencer. Car quatre des cinq personnes citées dans ce rapport sont encore en service dans le monde hippique et font leurs petits ménages au vu et au su des autorités, y compris la Police des Jeux. Pourquoi cette inaction??
Au lieu de chasser les « cheaters », les corrupteurs et les corrompus, dont on sait ô combien ils sont nombreux au Champ-de-Mars, les autorités ont décidé de mener la vie dure au MTC. Le Premier ministre a même brandi cette menace à peine voilée à l’égard du MTC dans sa réponse mardi dernier : « The GRA is looking into any action warranted in such cases of non compliances ». Il est désormais évident que certains ont déclaré la guerre à l’organisateur des courses. Allez comprendre pourquoi…
Au train où vont les choses nous ramènent étrangement à ce qui se passe dans le monde de la drogue synthétique. Alors que nos jeunes et nos enfants sont menacés et exposés à ce fléau dévastateur et meurtrier, certains trouvent que — pour reprendre les propos d’Anil Gayan, ministre de la Santé — « la situation n’est pas alarmante » et que ce sont les parents qui sont les fautifs. Comme quoi, il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir?!