Il a 17 ans, est étudiant et issu d’une « bonne famille » : « Mon père et ma mère travaillent tous les deux. Nous n’avons pas plus de problèmes que les autres… », confirme le principal concerné. Pourtant, quand le « Salvia » arrive sur nos côtes, en 2013, il succombe à la tentation, bien qu’ignorant tout du produit qu’il allait « goûter » et qui allait lui faire dire : « Mo pe fer enn criz cardiak ! » Trois ans après avoir consommé « Wazabee », « C’est pas bien », « Volkan » ou encore « Mary Joyce », ce jeune qui avoue connaître aussi très bien les psychotropes et le gandia, est d’avis qu’il ne parviendra pas à décrocher des drogues synthétiques… Explications.
« Mo pa pou kapav arete… » Celui qui souhaite témoigner sous le pseudonyme de Ronaldo a 17 ans seulement et compte déjà un parcours de polytoxicomane d’un peu plus de trois ans. « Bien que je sache que, dans le long terme, ces produits vont sérieusement affecter ma santé et m’apporter des complications, je ne peux me résoudre à arrêter de les prendre. Décrocher ? Non. Je n’en serais pas capable. »
Raisons invoquées par Ronaldo : « J’ai quelques soucis et je ne peux parler à personne de ça. Alors quand je prends ces produits, ils m’aident… Ils me procurent un certain soulagement. Ils m’aident à ne pas y penser. Je me sens relax, je décompresse. » Le jeune homme explique qu’il a « définitivement noté des changements… j’ai beaucoup maigri. J’ai des maux d’estomac de plus en plus souvent et d’autres trucs encore, comme la diarrhée, fréquemment. » Mais malgré « le fait que j’ai frôlé un arrêt du coeur, des palpitations qui m’ont fait penser que j’allais mourir », notre interlocuteur n’envisage aucunement de ne plus prendre de drogues synthétiques.
« Une autre raison, c’est que ça décuple mon énergie », avoue Ronaldo. « Kan mo pran Mary Joyce ou Wazabee, sirtou, mo senti moi lib… Si mo dan enn difikilte, mo bliye li. » Mieux encore, confie ce jeune homme qui fréquente une institution vocationnelle et cumule des petits boulots pour se faire un peu d’argent de poche, « sa bann zafer la fer moi gagn enn lot lafors ek mo dimann bourzoi la donn moi travay en plis, tou… »
Son « premier contact » avec les drogues synthétiques, Ronaldo le fait par l’entremise du « salvia », en 2013. Le produit vient de faire son entrée à Maurice et les médias en ont déjà parlé. « Un ami m’a appelé et m’a demandé si j’avais quelques sous, histoire de « mett enn nissa »… On avait besoin de Rs 100. » Le jeune homme rencontre son ami et ensemble, ils vont s’approvisionner et rentrent préparer le produit : « Je voyais que quelque chose n’était pas normal. Habituellement, quand on prépare une cigarette pour fumer du gandia, il y a le tabac et le gandia ; ce sont deux couleurs. Mais là, tout était marron… » Hésitant à demander des explications à son ami, Ronaldo se laisse faire, « ignorant, même à ce stade, tout du produit que j’allais consommer. J’avais entendu parler des drogues synthétiques, mais je ne savais pas que c’en était une… »
Après une première taffe, concède notre interlocuteur, « pann gagn narien. Mo cam dir moi, be ris enn lot… Et c’est là que tout a commencé à tourner autour de moi. J’ai senti mon cerveau s’embrouiller rapidement. Je ne savais même plus où j’étais… J’avais l’impression d’être hors de mon corps et je me regardais. » Le jeune homme continue : « D’un coup, j’ai senti ma gorge se nouer, mon cou raidir et le sang circuler rapidement dans mes veines… Je me souviens que j’ai dit à mon ami que j’allais faire une crise cardiaque. Monn dir li mo pou mor la… »
Ce « plaisir », explique encore Ronaldo, « dure, tout au plus, une heure. C’est la différence avec les drogues synthétiques. Alors que les effets des comprimés ne se dissipent qu’après plusieurs heures, en revanche, une prise d’une drogue synthétique ne dure pas plus qu’une heure au maximum. » Et c’est pour cette raison, continue notre interlocuteur, que « nombre de jeunes sont tentés de prendre plusieurs taffes ou alors consommer plus d’une cigarette. C’est là qu’est le danger… » Car explique-t-il, « ces produits ont des composantes qui sont modifiées et aux dosages changeants, à chaque fois, on ne connaît pas les effets sur notre métabolisme. On risque ainsi un tas de complications en prenant plus d’une taffe ou une cigarette. »
Un autre « bad trip », Ronaldo l’a fait avec le « C’est pas bien » : « Vremem, li napa bon sa ! , s’exclame-t-il. Tou vinn ensam ek extra vite ! On sent tous les effets d’un seul coup, comme s’ils étaient concentrés. »
Pour en revenir au fait qu’il ne compte pas décrocher, Ronaldo est d’avis que « les dealers mélangent sûrement du « Brown sugar » dans ces produits… Sinon, on ne deviendrait pas accros à ce point. »