Les services de santé publique et privée d’Allemagne sont confrontés à un manque aigu de « certified nurses ». De fait, ce pays aura besoin, dans les trois années à venir, d’environ 80 000 nouvelles paires de bras. La compétence des infirmiers mauriciens dans les hôpitaux anglais faisant forte impression, c’est tout naturellement que des recruteurs allemands font des propositions intéressantes aux Mauriciens. Depuis deux mois, ils discutent avec les responsables du Board of Investment et la Nursing Association en vue de l’emploi d’un premier groupe de 90 « qualified nurses » cette année.
Le président de la Nursing Association confirme au Mauricien l’intérêt des services de santé allemands pour l’embauche d’infirmiers mauriciens ainsi que la tenue de discussions officielles à ce sujet ces deux derniers mois au BoI avec des recruteurs allemands par visioconférence. « Les Allemands ont fait appel au BoI pour ce projet de recrutement et cet organisme a ensuite contacté la Nursing Association, étant donné qu’elle est affiliée à l’International Council of Nurses. Ce syndicat est donc reconnu au niveau international », explique Ram Nowzadick au sujet de l’implication de ce syndicat dans ces discussions pour l’exportation du savoir-faire mauricien en “Nursing” vers l’Allemagne.
Les infirmiers mauriciens intéressés doivent obligatoirement détenir au moins un “Diploma in General Nursing”. Voilà la principale exigence des recruteurs allemands. Bien sûr, les années d’expérience comptent aussi, même s’ils ne précisent pas spécifiquement le nombre d’années dans les critères à l’embauche. Pour l’heure, près de deux tiers des 3 200 Qualified Nurses travaillant dans le secteur public de la Santé détiennent un “Diploma in Nursing” et un bon nombre d’entre eux possèdent aussi un “BSC in Nursing”. Le temps d’un “Certificate in Nursing” est donc révolu. Depuis 2013, la formation des aspirants infirmiers à la School of Nursing mène en effet à un “Diploma in Nursing”. Pour leur part, les plus anciens dans le service ont bénéficié d’un “top-up course” à l’Université de Maurice pour l’obtention de cette qualification universitaire.
L’offre aux “qualified nurses” mauriciens est intéressante : 3 000 euros comme salaire de base, soit une somme d’environ Rs 120 000, tandis que le billet d’avion ainsi que le logement sont à la charge de l’employeur. Pour faciliter la communication et l’intégration des infirmiers mauriciens dans leur nouvel environnement professionnel et dans la vie de tous les jours en Allemagne, les futures recrues suivront un cours élémentaire en langue allemande avant leur départ et, une fois sur place, ils auront droit à un autre cours d’un niveau plus elevé. « Pour le premier “batch” de 20 infirmiers, qui partent au mois de septembre, ce cours commence au mois de juin », indique Ram Nowzadick.
D’après les discussions, l’agence de recrutement allemande souhaite avoir 90 “qualified nurses” cette année et 300 infirmiers mauriciens par an durant les prochaines années. De bouche-à-oreille, la nouvelle des opportunités d’emploi immédiat en Allemagne commence à se répandre dans les hôpitaux et dans des cliniques privées. Selon le président de la Nursing Association, il y a déjà une cinquantaine de personnes travaillant dans les deux secteurs de la santé sur une première liste de candidatures.
Le président de la Nursing Association dit avoir constaté « un grand engouement » pour l’offre allemande, d’abord parmi les jeunes « qualified nurses » et, ensuite, parmi les plus âgés, mais qui ont moins de 55 ans. « Les grands pays européens suscitent toujours un attrait à cause du niveau de vie. Ceux qui sont intéressés à partir avancent les mêmes raisons que ceux qui ont émigré dans les années 90’ en Angleterre. Ils seront mieux payés et peuvent économiser et envoyer de l’argent à leur famille. Les parents partent pour l’éducation de leurs enfants », explique Ram Nowzadick.
Cependant, la Nursing Association craint un effet domino dans les services de santé publique et privé après le départ des 90 infirmiers cette année. « Je ne crois pas que le ministère de la Santé ne soit pas au courant que l’Allemagne s’intéresse aux compétences des infirmiers mauriciens. Il y a, valeur du jour, un manque d’infirmiers avec la mise en opération de nouveaux départements dans les hôpitaux. Et si le ministère va de l’avant avec son intention d’abolir la “retention allowance” introduite dans le sillage des départs des infirmiers vers l’Angleterre, il y a un gros risque que ce manque s’accentuera très vite au détriment de la qualité des services », prévient le président de ce syndicat.
Par ailleurs, outre l’Allemagne, d’autres pays – tels l’Australie et Bahreïn – ont aussi ouvert leurs frontières aux infirmiers mauriciens. « Ces pays étrangers sont pleinement satisfaits avec le contenu de cours pour la formation des infirmiers à Maurice. Le fait que nous soyons bilingues est aussi un atout pour les infirmiers qui veulent travailler à l’étranger », estiment plusieurs professionnels de la santé, du public comme du privé.