Zibya Issack

Quand on parle de chômage aujourd’hui, on l’imagine comme un fléau, une calamité qui déstabilise, démoralise. On s’endette, on s’éclipse en terre étrangère, on s’éloigne de son confort familial pour finalement revenir en errant. L’idée même de poursuivre des études supérieures ailleurs qu’à Maurice représente une possibilité d’amélioration de l’identité sociale.

Elle renvoie à un champ de reproduction d’un idéal de réussite. Il incombe de se reconstituer ailleurs pour se sécuriser et se revaloriser. Les jeunes s’en vont « chercher l’oxygène » afin de donner un nouveau sens à leurs vies. Le hic c’est que ce rêve se brise très vite pour beaucoup d’entre eux. La gloire qu’apporte l’éducation se heurte à la réalité cruelle du chômage. Qui dit chômage dit non-reconnaissance des efforts fournis pendant tant d’années de sacrifice et de dur labeur. Il est question d’un traumatisme psychologique qui peut déboucher sur un état de stress post-traumatique tel qu’on l’observe après un accident ou une agression.

On postule, on reprend goût à la vie et puis rien, plus rien. On tourne en rond, on attend pendant qu’on regarde les autres travailler. Idem pour ceux qui ont perdu leur emploi. C’est l’heure de ranger chemises, pantalon, garde-manger pour faire face à une nouvelle réalité. On est à la recherche d’un équilibre de vie permanent. On cherche une nouvelle voie, une porte de sortie. On poireaute et on commence à douter de ses capacités. Arrivent alors les questions existentielles : « quel est le sens de LA vie » ?  et « quel est le sens de MA vie » ? « quelle direction prendre ou même, comment définir le Nord » ?  Pour se reprendre, il faut alors se dire que l’équilibre permanent n’existe pas. Et que le bonheur reste malgré tout, entre ses mains. À croire Socrate, « la chute n’est pas un échec. L’échec est de rester là où on est tombé ». En tant que simple pion sur l’échiquier de la vie, il faut s’armer de patience pour endurer une difficulté passagère.