En matière d’écologie et de protection de l’environnement, Maurice a fait d’indéniables progrès ces dernières années. Mais cela ne suffit pas. Entre l’absence de poubelles, l’incivisme chronique de certains et la pollution grandissante, notre pays a encore du chemin à faire. Pourquoi pas en prenant exemple sur le Costa Rica ?
Contrairement aux idées reçues, Maurice se la joue plutôt “bon élève” en matière de “propreté”. C’est en tout cas ce qui ressortait du dernier rapport de l’Environmental Performance Index (EPI), établi en 2010 par des chercheurs américains et prenant en compte notre pays. À l’époque, Maurice était classée sixième pays le plus propre du monde, derrière notamment l’Islande, la Suisse et le Costa Rica. Une fierté pour Maurice qui, ce faisant, devenait le premier pays africain du classement, loin devant Djibouti, 2e du continent, à la… 75e place.
Mais cela remonte à deux ans. Et en deux ans, les progrès n’ont pas été spectaculaires à Maurice. Un petit tour dans les villes suffit pour s’en rendre compte : constructions sauvages, pollution croissante, manque flagrant de poubelles dans les rues, espaces verts réduits… Sans compter, bien entendu, l’incivisme légendaire des Mauriciens et l’augmentation de terrains laissés à l’abandon, transformés, pour beaucoup, en immenses dépotoirs. Face à ce constat, la satisfaction du classement de Maurice à l’EPI 2010 a laissé place à une amertume légitime des activistes de la cause verte.
Eco-attitude.
Pour que “Maurice Île Durable” ne devienne pas qu’un concept creux, lancé et entretenu pour la forme – pour rester politiquement en accord avec les nouveaux préceptes écologiques – , il convient de faire bien mieux que de briguer de quelconques lauriers d’un classement international. Et pour cela, rien de tel que de “regarder ce que font les autres”, en l’occurrence les nations qui sont de meilleurs élèves que nous. Comme c’est notamment le cas du Costa Rica, intéressons-nous à lui.
Avec une superficie 27 fois plus grande que celle de Maurice, ce pays n’en reste pas moins un État minuscule en Amérique centrale. Une petitesse toutefois relative, dans la mesure où s’il ne représente que 0,03% du territoire mondial, le Costa Rica possède en revanche une faune et une flore uniques, représentant environ 5% de la biodiversité terrestre. Des espèces endémiques qui non seulement ne sont pas en danger, mais qui sont même protégées par les autorités.
Car au Costa Rica, on ne joue pas sur le registre du “politiquement correct” et on ne badine pas avec la nature. La préservation est appliquée à la lettre, la protection de l’environnement étant même couverte par un arsenal juridique unique au monde. Ainsi, au Costa Rica, pas question de couper un arbre sans en avoir reçu l’aval des autorités. De même, les réserves naturelles constituent un quart de la superficie du pays. Les Indiens, autrefois payés pour abattre des arbres, sont payés pour “entretenir les forêts”. Des compagnies de transport du pays, y compris aériennes, compensent leurs émissions de gaz carbonique… Et ce n’est qu’une partie des initiatives prises par ce pays résolument avant-gardiste en termes de protection de l’environnement.
Miser sur la nature.
Que l’on ne s’y trompe pas cependant : le Costa Rica n’est pas le “modèle parfait”. De même, Maurice, elle, est plutôt sur le bon chemin. Reste que le pays d’Amérique centrale pourrait être source d’inspiration pour beaucoup de nations, y compris la nôtre. À l’instar du projet costaricain “zero carbon”, qui prévoit d’éliminer en moins de dix ans toute trace de carbone du pays, en misant essentiellement sur l’hydraulique et l’éolien. Ou encore la très bonne gestion de l’eau dans ce pays, saluée dans le monde entier.
De notre côté, des progrès significatifs ont été accomplis, notamment en termes de biodiversité, même si un grand nombre d’espèces endémiques ont disparu au fil des siècles. À Maurice comme à Rodrigues aujourd’hui, le plus souvent grâce à des organisations de protection de la nature, on replante, on protège. On fait “renaître” même. À l’instar d’une espèce d’arbre endémique, replantée l’an dernier alors qu’il n’en restait que sept exemplaires au monde.
Mais la situation reste dramatique : aujourd’hui, seulement un cinquième du territoire mauricien reste boisé. La forêt primaire a disparu. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, sur 194 espèces d’arbres indigènes à Maurice, pas moins de 41 sont en “danger critique d’extinction”, alors que 14 autres sont dites “en danger”, et neuf sont jugées “vulnérables”. Quant à notre réseau d’eau, inutile d’en parler, tant celui-ci fait régulièrement l’objet de critiques. Preuve qu’il est grand temps d’agir, pourquoi pas en commençant par légiférer. Et qu’à l’instar du Costa Rica, Maurice déclare enfin la “paix” à Dame Nature !