L’observatoire national des drogues a, dans son premier rapport diffusé hier, tiré la sonnette d’alarme contre la proportion que prennent les drogues synthétiques dans le pays. Il est réclamé que des mesures urgentes soient prises par les autorités dans la mesure où elles affectent un grand nombre de jeunes. L’observatoire national des drogues a été institué en en novembre 2015 sous la présidence du Dr K. Pauvaday, directeur général des services de santé au ministère de la Santé. Son but est de suivre et d’évaluer la situation des drogues dangereuses dans le pays, ainsi que de développer des stratégies appropriées pour traiter efficacement ce problème.  L’observatoire national des drogues présente essentiellement les faits, sans porter aucun jugement.  
Dans son introduction, le ministre de la Santé, Anil Gayan, reconnaît que la consommation de drogues, quelles que soient leurs formes ou variétés, est un problème international et souligne que cette problématique concerne tout le monde. « It is incumbent on anyone who knows anything about drug trafficking and drug related information to alert the authorities as it is only then that we can effectively deal this terrible source », observe-t-il. Ce dernier précise que le combat contre le trafic de la drogue est une priorité nationale. « Toutefois, le gouvernement ne peut remporter seul cette bataille. Nous avons la responsabilité collective de travailler ensemble et de partager toutes les informations afin que nous puissions protéger nos jeunes car nous voulons qu’ils participent à la construction d’une île Maurice moderne », a-t-il ajouté.
Après avoir passé en revue les différents aspects de la consommation et du trafic des drogues à Maurice, de même que les mesures prises pour la réhabilitation des usagers de drogues, le rapport, d’après des observations générales, relève que le cannabis et l’héroïne restent les deux principales drogues illicites consommées et faisant l’objet de trafics à Maurice. Toutefois, les drogues synthétiques gagnent du terrain et nécessitent des mesures urgentes de la part des autorités locales dans la mesure où elles affectent bon nombre de jeunes. Un total de 189 personnes, suspectées d’avoir consommé de la drogue synthétique, ont ainsi été admises dans les services hospitaliers entre janvier et juin de cette année, alors que 131 personnes avaient été admises pendant toute l’année 2015. De ce nombre, 38% des patients admis sont âgés de 15 à 19 ans, constate le rapport.
Au chapitre des drogues injectées par intraveineuses, le rapport souligne qu’elles touchent principalement les hommes, soit 93% des victimes, contre 7% de femmes. On constate par ailleurs que 80% des victimes sont âgées entre 20 et 49 ans. Les drogués par voie intraveineuse bénéficient d’un programme d’aide depuis 2006 et, depuis janvier 2016, un programme de désintoxication, basé sur le Suboxone et le Naltrexone a été introduit à leur intention. Le rapport rappelle qu’à un certain moment, les drogués connaissent des problèmes de santé, notamment mentale, ainsi que des troubles comportementaux. Quelque 225 patients ont été admis à l’hôpital Brown Séquard en raison de consommation de drogues durant le premier semestre, comparé à 292 durant toute l’année dernière. Entre 2011 et 2014, la moyenne de drogués admis à l’hôpital Brown Séquard était de 86 par an.
Concernant les écoles, il est relevé qu’en 2015, 18 étudiants ont été rapportés comme étant suspectés d’avoir consommé des drogues au sein des établissements scolaires. Dix écoles d’États et trois écoles privées sont concernées, tandis que 56% des cas reliés aux drogues dans les collèges étaient suspectés d’être en rapport au cannabis. Durant le premier semestre 2016, 43 étudiants ont été rapportés comme suspectés d’avoir utilisé des drogues à l’école, dont 32 fréquentaient le même collège d’État. Pour 2016, 39 de ces 43 étudiants sont suspectés d’être en liaison avec les drogues synthétiques, soit 91% d’entre eux.
Selon les estimations, quelque 10 000 personnes se droguent par voie intraveineuse et sont âgés de 15 ans et plus. Quelque 6 800 individus étaient traités dans le cadre du programme de méthadone depuis 2006. En juin de cette année, 4 591 personnes suivaient le programme de substitution à la méthadone. Le programme de distribution d’aiguilles continue sur 36 sites placés sous la responsabilité du ministère de la Santé et 11 sous celle de CUT. Depuis janvier 2016, un “opioid detoxification programme”, utilisant le Suboxone, a commencé à l’hôpital de Mahébourg. Au 30 juin de cette année, 109 personnes (102 hommes et 7 femmes) ont été admises pour un programme résidentiel de deux semaines. Par ailleurs, 72 patients ont été introduits à la thérapie Naltrexone. Au 20 juin, 50 patients étaient encore traités avec cette substance. Finalement, en 2015, 17 cas de décès liés à la drogue ont été enregistrés tandis que l’on en dénombre quatre entre janvier et mai de cette année.