Hier soir, douze présumés pirates somaliens âgés de 20 à 45 ans ont débarqué à Maurice sous forte escorte venant de Djibouti à bord d’un appareil 5Y – BRX, spécialement affrété, qui a fait escale à Madagascar en cours d’après-midi lors de ce trajet de six heures environ. Cette opération s’est déroulée selon le protocole établi dans le cadre de la European Union Operation ATALANTA dans le cadre de la lutte contre la piraterie dans cette partie de l’océan Indien, notamment au large des côtes de la Somalie.
Un important dispositif de sécurité, dont pas moins d’une centaine de membres de différentes sections de la force policière, a été déployé dans l’enceinte du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport dans la soirée d’hier. Deux observateurs étrangers, le lieutenant commandant de la Royal Navy John Simpson, Liaison Officer pour Maurice et les Seychelles, basé à Mahé, et le Logistics Manager du Counter Piracy Programme du United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC), ont fait le déplacement à Maurice à la fin de la semaine pour assurer la supervision des opérations de transfèrement de détenus somaliens.
L’avion, un Dornier, transportant les présumés pirates somaliens a atterri à l’aéroport après 18 h, avec presque une heure d’avance sur l’horaire prévu. À bord de cet appareil se trouvait également le coordonnateur mauricien de la lutte contre la piraterie dans l’océan Indien, le sergent Narain, qui était parti à Djibouti en vue de récupérer les exhibits saisis lors de l’opération menée par des Marines américains de l’USS Halyburton. Des spécialistes du Forensic Science Laboratory et du Scene of Crime Office font également partie du déploiement en vue de prendre possession des exhibits à des fins d’analyse.
Aussitôt l’appareil militaire immobilisé sur le tarmac, les hommes de la Maritime Piracy Police placés sous la double supervision des assistants commissaires de police du Central CID, Pregassen Vuddamalay et Heman Jangi, devaient se mettre en action pour diriger les opérations. Le commissaire de police Dhun Iswur Rampersad et le Deputy Commissioner of Police Ravine Sooroojebally étaient également présents à l’aéroport pour suivre le déroulement des opérations. D’abord, les douze ressortissants somaliens ont été pris en charge par des limiers du Central CID selon des procédures établies à l’avance avec l’octroi de dossards de couleur orange portant les numéros 1 à 12 en vue de faciliter leur identification.
Inculpations provisoires
Les autorités bénéficient des services de deux interprètes somaliens, qui sont arrivés à Maurice au cours de la semaine pour les premiers contacts avec les présumés pirates. Ces derniers ont été informés en leur langue maternelle de leurs droits aussi bien que des charges qui pèsent sur eux suite à des traductions par ces interprètes. Ils ont pris également connaissance de leur inculpation provisoire sous la loi internationale contre la piraterie et de leur lieu de détention provisoire jusqu’au début de leur procès. Cet exercice s’est déroulé dans des bureaux spécialement aménagés par les services d’Airports of Mauritius Limited.
Ces ressortissants somaliens ont subi également des premiers examens médicaux menés par les médecins du ministère de la Santé à leur arrivée au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport avant leur transfert sous forte escorte de membres de la Special Supporting Unit au QG du Central CID dans la nuit d’hier. Ensuite, ils ont été placés en détention policière dans des cellules réservées à l’Alcatraz Detention Centre.
Les procédures prévoient que les détenus somaliens devront être interrogés à partir de ce week-end par une escouade d’enquêteurs de la police ayant déjà eu accès au dossier à charge, comprenant les témoignages des Américains lors de l’opération du 5 janvier de même qu’un enregistrement vidéo des événements autour de l’attaque du navire cargo MST Jasmine, et la contre-attaque des Américains contre eux. Vu qu’il n’y a que deux interprètes somaliens, un calendrier de travail a déjà été établi par le tandem Vuddamalay/Jangi. Mais très peu d’indications étaient disponibles hier soir au sujet de la comparution de ces détenus devant la Cour pour leur inculpation provisoire et le prolongement de leur détention policière.
Du côté de l’Office of the Director of Public Prosecution, qui a joué un rôle de premier plan dans le processus de transfèrement des présumés pirates somaliens à Maurice, l’on se dit confiant de voir le procès devant le tribunal spécial présidé par le juge Pritviraj Feckna démarrer dans environ deux semaines.
Le protocole stipule que pendant les premiers jours de détention, les Somaliens seront gardés en cellule à l’Alcatraz Detention Centre avant d’être transférés dans une section spécifique à la Prison Centrale de Beau-Bassin pour le reste de leur séjour forcé à Maurice.
Le projet de transfèrement et de procès des pirates somaliens à Maurice a bénéficié du financement et de l’assistance technique de l’Union européenne, qui à travers l’European Union Naval Force représente un fer de lance dans la lutte contre la piraterie au large de la Somalie.